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L’épidémie de puces intelligentes menace l’Europe

lundi, 11 juillet, 2011 - 13:58

Un milliard de "puces intelligentes" sont activées en Europe. Dans la poche ou sous la peau, elles peuvent transmettre bien des informations sur votre vie privée. Une traçabilité permanente inquiétante. Enquête en Belgique.

Les puces électroniques sont aujourd’hui devenues si banales que nous n’y prêtons plus attention. Elles sont partout : dans nos ordinateurs, nos appareils ménagers, mais aussi, sur nos cartes bancaires, cartes de sécurité sociale, cartes d’identité en Belgique, pass de transport, sur nos animaux domestiques…

Comme d’autres pays européens, la Belgique généralise la carte d'identité dotée d'une puce RFID (Radio-frequency identification). Tous les citoyens la reçoivent désormais en remplacement de leur ancienne "carte d'identité nationale". En plus de la puce, un code barre au dos permettra de devenir éventuellement une carte unique à usages multiples: carte-médicament, carte de crédit et de débit, voire, carte-privilèges.

De la bouteille d’eau, en passant par tout le règne animal, jusqu’à l’humain, la recherche de "traçabilité" est générale et les cartes électroniques, d’identité ou autres, pourraient être la dernière étape avant la micro-puce sous-cutanée!

Greffes de puces

Ce n'est plus de la science-fiction. Des puces dites "intelligentes" de la petite taille d’un grain de riz implantées sous la peau peuvent délivrer une multitude d’informations.

Amal Graafstra, un informaticien américain, s’est, ainsi, fait implanter deux puces VeriChip dans les mains et s’en sert pour démarrer sa voiture ou ouvrir la porte de son appartement. Avec cette petite intervention bénigne, Amal prétend s’être grandement facilité la vie car, outre le fait qu’il n’a plus de clés en poche, toutes ses données personnelles y sont enregistrées, y compris son dossier médical.

Loufoquerie isolée? Pas si sûr. Consentirons-nous un jour à être tous "pucés" ?

Ce n’est pas tant le fait que les puces soient sous-cutanées qui pose problème mais plutôt les données personnelles collectées et l’usage que l’on peut en faire.

Autre question importante: celle du choix, du libre arbitre de chacun. Aurons-nous vraiment la possibilité de refuser d’être "pucé" quand de cette acceptation dépendra peut-être l’accès à une entreprise, à un service ou à un produit? Saurons-nous d’ailleurs nous y opposer, si les avantages nous paraissent supérieurs aux inconvénients?

Libre-arbitre

On le sait, les nouvelles technologies s’imposent souvent par ce biais : on se met à les utiliser (ordinateur portable, SmartPhone, GPS…) car elles nous font gagner du temps et nous facilitent la vie, sans prendre en compte leurs conséquences pour notre libre-arbitre.

Imaginons par exemple, que l’on “puce” les travailleurs pour aider le gouvernement à identifier les immigrants et les illégaux. Les immigrants auront-il la liberté de refuser de se faire "pucer" si c'est la contrepartie incontournable à un permis de séjour?

Autre cas de figure, plus léger, mais illustrant le risque de dérive : au Baja Beach, une discothèque de Barcelone, il est proposé aux clients de remplacer leur carte VIP par une puce électronique injectée sous la peau à l’aide d’une seringue hypodermique. Pour 125 euros l’injection, plus besoin de faire la queue ou de sortir sa carte de crédit puisque cette puce permet d’entrer dans la boîte mais aussi de payer les consommations. Et ça marche! C'est si hype: "moi je me suis fait pucé au Baja et toi?"

"Seniors désorientés"

Pire encore, et qui tend à démontrer que le "puçage" systématique des humains n’est vraiment pas loin: certains politiques belges ont récemment suggéré de "pucer" les "seniors désorientés", autrement dit les personnes les plus âgées qui n'ont plus toutes leurs facultés intellectuelles. Officiellement pour leur plus grand bien.

Et selon Alain Remue, responsable de la Cellule Disparition de la Police Fédérale, l’idée pourrait faire son chemin :

puisque la technologie le permet, pourquoi ne pas mettre en place un système qui permettrait de retrouver plus facilement certaines personnes âgées et vulnérables qui se perdent et ne retrouvent pas le chemin de leur maison de retraite. Cela permettrait diminuer la multiplication inquiétante des cas de disparitions".

Ainsi, avec les meilleures intentions du monde on passe outre sans coup férir au respect de la personne et de son intégrité.

Suivi à la trace

"Bienvenue dans le monde MOBIB" proclame le site de la régie des transports publics de Bruxelles. Un monde où l'on surveille tous vos déplacements dés lors que vous prenez un bus ou le métro en utilisant la carte RFID de transport "MOBIB".

Après la STIB, c’est les TEC (Transport En Commun en Wallonie) qui adopteront ce pass électronique dès 2013 et la SNCB (la SNCF belge) dès 2015. Le but des gestionnaires du réseau: “facilité l’accès aux transports et améliorer leur efficacité". Plus de transactions financiers donc. En outre, l’analyse du flux de voyageurs permettra "d’affiner l’efficacité opérationnelle sur certaines lignes", selon les responsables.

Que des avantages. Pas vraiment. La Ligue des Droits de l’Homme a récemment estimé que

l'analyse du système mis en place par la STIB révèle plusieurs carences, d'une part, en matière de protection des données personnelles et, d'autre part, dans la nature et la quantité des données récoltées au regard des objectifs annoncés par la STIB, à savoir, entre autres, la lutte contre la fraude et une meilleure gestion de la clientèle".

En effet, en matière de traçabilité, toute récolte d’informations doit être strictement nécessaire à l’exercice de la mission recherchée. La collecte de données ne peut pas être "invasive", afin d’éviter la fuite de données d’ordre privé. Un principe fondamental rappelé, ce 22 juin, en Commission Infrastructure au Parlement Bruxellois.

Pour atteindre ses objectifs d’efficacité, la STIB n’a pas besoin de savoir que Monsieur Jean Dupont, a pris le métro à Schuman à 10h32, qu’il a tiré 20,00 euros à l’ATM de la Rue de le Loi à 10H55 et qu’il a pris une nouvelle fois le tram à la station "Georges Henri" à 14H52.

La STIB n’aurait d’ailleurs pas besoin de savoir du tout que son voyageur s’appelle Jean Dupont. Ces données personnelles lisibles sur les cartes de transport (comme le nom, l’adresse et les trois derniers trajets de l’usager) permettent en outre à la STIB se constituer une base de données. Même si la STIB affirme aujourd’hui ne pas utiliser ces informations, cela pose, de nouveau, le problème du respect de la vie privée.

Protection des consommateurs

En avril dernier, la Commission européenne inquiéte de la généralisation de ces puces traçantes. a  annoncé la signature d'un accord volontaire avec l'Industrie et l’Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l'information (ENISA) pour protéger la vie privée des consommateurs lors de l'usage, au sein de l'Union, d'étiquettes électroniques RFID.

Les signataires de l'accord, parmi lesquels figurent de grands groupes de distribution tels que Carrefour et Metro, s'engagent à

s'assurer que les problèmes de protection des données soient réglées avant que des produits portant une puce RFID soient mis sur le marché".

C’est un premier pas, estiment les associations de protection des consommateurs. Mais n'est-ce pas trop tard alors que plus d'un milliard puces intelligentes sont déjà activées aujourd’hui en Europe, tous produits et services confondus?

Dans la poche ou sous la peau, les puces RFID doivent donc véritablement être appréhendées avec beaucoup de réserves, confirme l’Union Européenne, car sous le couvert de nombreux avantages pour les services publics, les entreprises et les produits de consommation, elles peuvent accroître le risque d’atteinte à l’intégrité des personnes.

Mais finalement, n'est-ce pas aux citoyens de ne pas céder en connaissance de cause à la facilité en n'utilisant qu'avec la plus grande parcimonie ces cartes en apparence magiques? Quant à ceux qui acceptent une greffe de puce pour entrer dans une discothéque, ce sont des cas, de toute façon, désepérés!


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