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La coopérative berlinoise où seules les femmes dirigent!

D.R.

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12.07.2011 | 17:33

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Si c’est une femme qui est à la tête de l’Allemagne, rares sont les femmes à la tête d'entreprises, sauf à la Weiberwirtschaft de Berlin. Avec soixante-dix entreprises dirigées par des femmes, cette coopérative est la plus grande pépinière d’entreprises féminines d’Europe.

Si vous passez devant le numéro 38 de l’Anklamerstrasse à Berlin, vous risquez de trouver la population bien féminine. Mais le fait que cette énorme bâtisse de briques rouges soit une ancienne usine de rouge à lèvre n’a rien à voir avec l’absence de chromosome Y dans les parages. Le bâtiment abrite la plus grande pépinière d’entreprises féminines d’Europe : la Weiberwirtschaft, soit littéralement, "la maison de l'économie des bonnes femmes".

Ouverte en 1996, cette coopérative accueille 70 sociétés, allant de la librairie à la kinésithérapeute, en passant par le cabinet d’avocates et l’agence de DJ. L'immeuble a été financé par les contributions (alors de 200 deutschemarks minimum, soit 103 euros) de ses membres, entrepreneuses ou simples sympathisantes - aujourd'hui au nombre de 1 650.

"La coopérative est une forme d'organisation très stable, dans laquelle on travaille en équipe et il n'y a pas un chef qui décide tout seul, en haut" explique la présidente de la Weiberwirtschaft, Katja von der Bey.

Utopie

Ce projet relevait presque de l’utopie quand il a germé dans la tête de quelques étudiantes féministes à la fin des années 80. Elles ont créé, dans un premier temps, l'association "Weiberwirtschaft" qui avait pour but d'aider les femmes à se lancer dans la vie active en indépendantes alors qu'il était à l’époque quasi-impossible pour le beau sexe de devenir entrepreneuses en Allemagne.

Moins de ressources, moins de capitaux propres… Sans parler de l'image, ancrée dans la culture allemande, de la femme : au foyer, un fer à repasser dans une main, la tétine de bébé dans l’autre: Kinder, Kirche, Küche -enfant, cuisine, église-. Celle qui délaisse sa progéniture encoure le risque de se faire traiter de "Rabenmutter", la mère corbeau.

Et selon Katja, rien n’a vraiment changé:

C’est encore difficile aujourd’hui pour les femmes de monter leur entreprise. Les conditions ne sont pas les mêmes que pour les hommes. Un entrepreneur masculin a toujours une femme qui remplit le frigo et qui repasse sa chemise. Mais leurs alter ego femmes, sont en fait des 'alter pas égales'. Elles doivent tout faire elles-mêmes".

Loyer à moitié prix

Une étude de la banque allemande KfW le confirme. Dans son rapport annuel sur les créations d’entreprises elle souligne que "les femmes sont largement sous-représentées dans l’entreprenariat". Chaque année seule 28% des sociétés créées le sont par des femmes.

Mais les fondatrices de la Weiberwirtschaft sont bien décidées à changer cela. C’est pourquoi tout est fait pour faciliter la vie des nouvelles entrepreneuses. Que ce soit pour louer un simple bureau ou un grand atelier, le loyer est réduit de 50% les six premiers mois, et de 25% le reste de la première année. Et pour simplifier le quotidien, chaque créatrice a une place dans la crèche située au rez-de-chaussée du bâtiment. Les bambins peuvent y rester jusqu’à 19h, un horaire tardif bien rare en Allemagne.

Mais le plus important pour la présidente de la Weiberwirtschaft, c’est le réseau au sein de la pépinière. Barbecues, fêtes de Noël, déjeuners… Toutes les occasions sont bonnes pour rencontrer les autres pensionnaires. C’est d’ailleurs ce qui a séduit Solange. Cette Française de 44 ans a installé ici son cabinet d’étude de marché en 2006 :

Ce que j’apprécie c’était une ambiance, le fait de ne pas me retrouver seule, surtout quand on est en phase de création De pouvoir descendre la cour et de pouvoir en parler à des femmes qui partagent les mêmes difficultés."

Se retrouver pour combattre l’isolement des débuts. Mais aussi pour développer des relations commerciales. "Plusieurs petites entreprises peuvent travailler sur de gros contrats si elles se mettent ensemble", insiste Katja.

Véritable entraide

L’ambiance est conviviale. Tout le monde se salue dans les couloirs et la terrasse à la cafétéria est animée en permanence. Mais curieusement, il arrive d’entendre une voix masculine, les hommes n'étant pas interdit de séjour dans ce bastion féministe. Mais attention, le mot chef ne se décline ici qu’au féminin. La gente masculine n’y est tolérée que parmi les employés.

Les garçons sont pas nombreux, assure Katja. Mais ils ont l’air d’apprécier ! Ils sont un peu comme les coqs de la basse-cour !"

Une opinion confirmée par Bernhard, directeur des ventes chez Lotus, une petite entreprise d’imprimerie sur textiles:

Je dois avouer qu’au début c’était un peu étonnant. Je ne savais pas ce qui m’attendait… Mais cela a été une bonne surprise. C’est très agréable de travailler à la Weiberwirtschaft. Et je pense que cela fait une différence d’être employé par une chef ou par un chef. On remarque que l’empathie joue un rôle plus important dans les relations et je trouve cela plus détendu."

Un engagement

Comme le souligne Katja, "les entrepreneuse s’engagent dans la mesure du possible à former des femmes et des jeunes filles." Car un des buts de la Weiberwirtschaft est, notamment, d’inciter les femmes à s’engager dans des carrières réputées "atypiques" pour elles.

Depuis sa création en 1996, la Weiberwirtschaft a vu naître plus de 300 entreprises. Certaines ont même du quitté le nid pour voler de leurs propres ailes. "Une femme qui a monté seule son entreprise de verrerie ici au début, a aujourd’hui dix employés, trois apprentis, et deux enfants!" se souvient Katja. "Elle a déménagé l’année dernière par manque de place."

Mais même si certaines libèrent de l’espace, la liste d’attente est encore longue pour s’installer dans la pépinière. Du coup, l’heure est aux projets d’expansion. Katja aimerait notamment exporter le concept dans le Land voisin du Brandebourg.

Evidemment, cette fois encore, deux chromosomes X seront nécessaires pour s’acquitter du droit d’entrée.



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