Très polémique, la position exprimée par Eva Joly sur la suppression du défilé militaire du 14 juillet n'est pas infondée. Cette parade militaire, par son ampleur, est unique en son genre dans les démocraties européennes. Seul Moscou rivalise avec Paris.
Depuis 1880, l'armée française est à la parade sur les Champs Elysées à l'occasion de la fête nationale française (Le "Bastille day", vu d'Amérique). "La plus ancienne et la plus imposante au monde après la parade annuelle de l'Armée Russe sur la place Rouge" dixit Wikipedia. Cette singularité de la France au sein des démocraties européennes peut donner matière à débat. C'est ce qu'a fait jeudi Eva Joly, la candidate de "Europe Ecologie-Les Verts" (EELV) à la présidentielle, en proposant la suppression du défilé militaire et son remplacement par un "défilé citoyen".
La proposition remet certes en cause une tradition ancienne. Et personne ne peut s'offusquer qu'elle fasse polémique. Cela dit, on peut s'étonner quand même de la violence des réactions à l'encontre d'une position qui n'est pas sans logique. Alors que le premier ministre français François Fillon souligne que la candidate de EELV "n'a pas une culture très ancienne des valeurs françaises", on ne compte plus les déclarations très hostiles voire injurieuses à l'égard de la sortie d'Eva Joly.
De Manuel Valls (candidat à la primaire socialiste) : "une expression de mauvais goût", à Bernard Accoyer (Président UMP de l'Assemblée nationale) : "un projet choquant et indigne", en passant par Henri Guaino (Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy): "pathétique et irresponsable" et en allant jusqu'à Marine Le Pen : "absolument consternant", la classe politique française a montré une fois de plus son incapacité à échanger calmement des arguments lorsqu'un sujet est sensible.
Pourtant, la question de la grande parade militaire tricolore ne saurait être un sujet tabou. Notamment en ces temps de rigueur budgétaire. Une comparaison avec les autres fêtes nationales en Europe montre en tout cas que la "pompe" française n'a pas d'équivalent autre que le défilé de l'armée russe sur la place Rouge, héritage des temps soviétiques.
(De nos archives) Au Royaume Uni, il n’y a pas de fête nationale à proprement parler. Si l’Irlande et l’Irlande du Nord célèbrent avec faste la St Patrick (le 17 mars) et l’Écosse la St Andrew (le 30 novembre), tous deux jours fériés, leurs équivalents gallois (la St David, le 1er mars) et anglais (la St George, le 23 avril) suscitent, quant à eux, guère d’enthousiasme officiel et populaire : ni célébrations, ni défilés en Galles comme en Angleterre à l’inverse de l’Écosse et dans les deux Irlande ainsi que dans certaines grandes métropoles de par le monde, notamment à New-York, où les communautés scottish et irish sont importantes.
En revanche, le jour d’anniversaire de la reine (ou du roi) est considéré comme l’équivalent de la fête nationale britannique, notamment par toutes ses représentations diplomatiques à l’étranger. Même si la reine Elizabeth est née le 21 avril, son anniversaire est officiellement fêté le premier, le second ou le troisième samedi du mois de juin depuis le début du XXe siècle. Ainsi en avait décidé le roi Edouard VII (1841-1910) qui ne supportait plus que le froid et la pluie s’invitent systématiquement à son anniversaire, le 9 novembre.
Ni chars, ni véhicules modernes ne prennent part à la parade devant la souveraine: seules l’infanterie et la cavalerie défilent, ce qui en limite largement le coût pour le contribuable, même si la cérémonie est clôturée par le passage de plusieurs appareils de l’armée de l’air.
En Allemagne, la fête nationale est, depuis 1990, le 3 octobre, jour de l’unité allemande. Elle célèbre la date officielle de la réunification voici vingt et un ans. L’enthousiasme populaire autour de cette fête nationale est très limité, c’est avant tout un jour férié comme un autre. Quelques manifestations officielles sont cependant organisées, dont la plus importante se déroule dans la capitale du Land qui préside le Bundesrat. On y célèbre un service religieux œcuménique, les Länder ont leurs pavillons et il y a des manifestations diverses, notamment autour du thème de la réunification. Mais ni défilé militaire, ni grande fête populaire.
En Espagne, la "Fête de l’Hispanité" qui a lieu tous les 12 octobre en Espagne commémore l’arrivée en Amérique de Christophe Colomb et la naissance de l’Empire espagnol, qui a achevé de disparaître au cours du 19ème siècle. Comme en France, un défilé militaire est organisé à Madrid, mais depuis 2009, du fait de la crise économique, le nombre de militaires mobilisés à cette occasion a été notablement réduit.
Pour la petite histoire, José Luis Rodriguez Zapatero, alors secrétaire général du parti socialiste, avait fait scandale en 2003 en refusant de se lever au passage du drapeau des Etats-Unis, pour protester contre l’invasion de l’Irak à laquelle participait l’armée espagnole sous le Gouvernement d’Aznar. En 2008, c’est Mariano Rajoy, le président du principal parti d’opposition de droite, le Parti Populaire, qui avait fait parler de lui, en jugeant "chiant" le défilé militaire... sans savoir que des micros l’enregistraient...
Au Portugal, c'est le 10 juin, le "Jour du Portugal, de Camoens et des Communautés". Les cérémonies officielles ont lieu chaque année dans une ville différente (les commémorations officielles sont souvent délocalisées au Portugal). L’heure étant à la plus stricte rigueur budgétaire, le nombre de soldats des trois forces armées qui ont défilé cette année a été réduit au minimum. Le chef de l'état reçoit les corps diplomatiques et remet des médailles. Les commémorations durent une matinée, et se terminent par un banquet offert par la mairie qui accueille.
En Italie, la fête nationale c’est officiellement, le 2 juin, la fête de la République. Les Italiens ayant par référendum préféré la République et à la monarchie le 2 juin 1946. Ils reprochaient alors au roi Victor-Emmanuel III d'avoir laissé Mussolini arriver au pouvoir et d'avoir abandonné Rome aux Allemands après l'armistice du 8 septembre 1943. Mais, depuis, la République a connu bien des vicissitudes et le modeste défilé militaire sur la via dei Fori imperiali ne mobilise guère les foules.
Ironie de l’Histoire, les fascistes défilaient sur cette même avenue. La République italienne a, semble-t-il, oublié que c’est le Duce qui avait fait percer la Via dei Fori Imperiali de 1931 à 1933. Il voulait une avenue assez large pour faire défiler ses troupes. Ces marches triomphales étaient sa marotte et quoi de mieux que ce lien symbolique entre le siège du parti fasciste Piazza Venezia et le Colisée symbole de la puissance romaine antique !
Ainsi, chaque année au début de l'été, les militaires continuent à marcher au pas cadencé dans l'indifférence quasi générale. On est loin de la foule des Champs Elysées. Il est vrai que Paris est à près de 200 kilomètres de la mer alors que de les Romains préfèrent profiter des beaux jours pour aller sur les plages, à moins d’une heure du centre de Rome.
(Actualisé le 16 juillet à 14h)


















