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Les Turcs pleurent leurs soldats, les kurdes déclarent l’autonomie

lundi, 18 juillet, 2011 - 13:24

Treize soldats turcs et sept rebelles kurdes ont été tués jeudi lors d'un accrochage dans le Sud-Est de la Turquie. Le même jour, les députés pro-kurdes, qui boycottent toujours l'Assemblée, ont déclaré l'autonomie de la ville de Diyarbakir. Les accrochages s'étaient multipliés depuis les élections législatives, largement remportées par le parti du Premier ministre Erdogan.

C’est au cri du slogan "les soldats ne meurent pas, la patrie ne se divise pas" que plusieurs milliers de Turcs ont manifesté ce week-end pour dénoncer l’organisation armée kurde du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan). Jeudi 14 juillet, 13 soldats turcs et 7 rebelles du PKK ont tués lors d'affrontements, dans une zone semi-forestière près de Diyarbakir (Sud-Est du pays).

D’après l’état major, ces soldats seraient morts dans un incendie causé par l’envoi de grenades. En réponse à cette attaque, la plus meurtrière pour les forces armées turques octobre 2008, une contre offensive a été lancée dans la zone. Un sommet extraordinaire des forces de sécurité a été organisé dès jeudi soir à Ankara et, vendredi, les trois principaux partis politiques ont adopté un texte pour dénoncer la violence et soutenir l’action sécuritaire du gouvernement.

Le monde entier et l’organisation terroriste (du PKK) doivent le savoir: notre État ne se soumettra jamais à ce type de chantages et de violence,

a déclaré le président Abdullah Gul. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a de son côté lourdement critiqué, sans le nommer, le parti pro kurde du BDP (parti pour la paix et la démocratie) en évoquant les "relais politiques" du PKK qui "n’ont que la violence à proposer".

Retour de la question kurde

"Les choses ne seront plus comme avant. Nous ne montrerons plus de bonne volonté envers PKK et ses relais politiques", a-t-il déclaré. Le Premier ministre avait annoncé avant les élections législatives de juin dernier qu’il n’y avait plus de question kurde.

Pour le parti du BDP, les accusations du premier ministre sont "injustes" et "sans fondement". Son co-président Selahatin Demirtas estime que ce drame est avant tout la "conséquence du manque de courage" du gouvernement pour résoudre la question kurde qui a fait plus de 40 000 morts depuis le lancement de l'insurrection du PKK en 1984.

Il a aussi appelé le gouvernement à mener une enquête sur le déroulement de l’attaque et sous-entendu que l’incendie dans lequel sont morts les soldats n'aurait pas pour cause des grenades du PKK mais des bombardements d’avions militaires turcs.

Une version aussitôt démentie par l’armée, qui a néanmoins ouvert une enquête pour faire la lumière sur les circonstances de l'affrontement. Des sources militaires affirment par ailleurs que de nombreuses erreurs ont été commises lors de ces heurts. Les soldats, en manque de sommeil, auraient été épuisés par plusieurs jours de combats et auraient été surpris lors de leur pause déjeuner.

Tensions politiques

Depuis le drame de jeudi, l’émoi populaire s’est parfois transformé en acte de vengeance vis-à-vis du parti pro-kurde dont la base est très attachée au PKK. Plusieurs de ses locaux ont été attaqués et des affrontements ont été évités de justesse entre sympathisants kurdes et nationalistes turcs dimanche à Istanbul. "L’été kurde tourne au cauchemar", constate la journaliste Nuray Mert dans les pages du quotidien Hurriyet.

Depuis les élections législatives du 12 juin, la tension n’a cessé de monter. Les 36 députés du parti pro-kurde du BDP refusent de siéger à l’Assemblée tant que 6 de ses candidats, élus il y a un mois, ne seront pas libérés de prison. Ils sont poursuivis pour leurs liens supposés avec l’organisation armée du PKK.

L’attaque de jeudi est précisément intervenue quelques heures après l’échec de négociations à ce sujet. Le PKK de son côté a rejeté la responsabilité des affrontements sur l’armée turque qui ne "respecte pas" le cessez-le-feu unilatéral annoncé par le groupe armé:

Ceux qui attaquent ne sont pas membres du PKK mais des soldats (turcs).

L’organisation kurde évoque la mort de 43 de ses membres depuis les trois derniers mois.

Déclaration d'autonomie

Autre ironie du calendrier, ce même 14 juillet, un peu avant la mort de ces 13 soldats, une plateforme qui regroupe plus de 850 personnes, membres de partis politiques et d’associations pro-kurdes (Congrès pour une société démocratique, DTK) a déclaré l’autonomie du peuple kurde et appelé les kurdes à se "présenter comme citoyens d’un Kurdistan autonome et démocratique".

Une enquête judiciaire a aussitôt été ouverte par le procureur général de Diyarbakir tandis que le Premier ministre Erdogan rappelait que "jamais (son gouvernement) n’autoriserait une "opération chirurgicale" sur la région".




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