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Quand la Colombie menaçait des députés européens

mercredi, 20 juillet, 2011 - 08:52

"Opération Europe", le nom de code est un peu facile. Mais les services secrets colombiens ne manquaient pas d'imagination quand il s'agissait d'espionner, d'intimider et de discréditer des ONG mais aussi le Parlement européen. Le tout sous le contrôle direct de l'ancien président Alvaro Uribe.

Écoutes téléphoniques, interceptions de communications par internet, surveillance, harcèlement, menaces et vols d’information… Voici une liste des agissements illégaux du Département administratif de Sécurité (DAS), le service de renseignement politique colombien, qui ont été mis en lumière à partir de 2009.

La collecte des informations organisée par ces services de renseignements avait pour but non l’alerte, la prévention du risque ou de la menace, mais l’organisation de la déstabilisation de tout qui se mettait en travers du Président (Uribe)",

écrit Isabelle Durant, un des 14 vice-présidents du Parlement européen, sur son site internet. Selon la parlementaire belge, le but était clair: mettre les opposants au régime colombien "hors d’état de nuire"

"Opération Europe"

Les personnes visées étaient des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes et des politiques d’opposition mais également des magistrats de la Cour suprême et des membres de l’ONU.

Mais le DAS ne s’est pas arrêté là: il est allé jusqu’à lancer l’"Opération Europe" visant à espionner le Parlement européen et à discréditer sa sous-commission des Droits de l’homme.

Mais qui est le marionnettiste ?

La question que tout le monde se pose est de savoir qui était à la baguette.

Qui est derrière cela ? Trois détectives du DAS ? Ne me faites pas rire !"

s’était exclamé le directeur de l’information de la radio colombienne RCN, en avril 2010, repris par Le Monde Diplomatique.

Était-ce l’ex-président Uribe ? Isabelle Durant semble le suggérer.

Il est impossible de penser qu’[Uribe] ne savait pas",

a-t-elle dit lors d’une conférence de presse à Bogota le 18 juillet.

Guéguerre sur twitter

Cette sortie lui a valu une volée de bois vert de la part de l’ex-président, à travers son compte twitter.

Isabelle Durant abuse grâce à ses amitiés avec les FARC [Forces armées révolutionnaires de Colombie] (…). Infâme".

La vice-présidente du Parlement européen indique que c’est une méthode typique du DAS que de tenter d’associer les opposants du régime aux révolutionnaires FARC pour les discréditer.

Quoi qu’il en soit, en octobre 2010, la Chambre d’Accusation de l’Assemblée Nationale colombienne a ouvert une enquête contre celui qui fut président de la Colombie de 2002 à 2010.

Mme Durant a peur qu’il soit difficile d’incriminer M. Uribe mais veut néanmoins que lumière soit faite, autant que possible, sur ce scandale et que les coupables soient amenés devant la justice. Au total, environ 40 fonctionnaires du DAS, dont 4 dirigeants, ont fait l’objet d’investigations.

Impunité et asile

La justice colombienne en a déjà envoyé certains sous les verrous. C’est le cas de l’ancien directeur de contre-espionnage du DAS, Jorge Alberto Lagos, qui a été condamné à 8 ans de prison, en août 2010, après avoir reconnu les faits publiquement.

Mais d’autres "fonctionnaires" tentent d’échapper à la justice en demandant l’asile dans des pays voisins. Maria del Pilar Hurtado, ex-directrice du Département administratif de Sécurité, a ainsi pu filer au Panama, en novembre 2010.

"Cet asile est vraiment un problème", estime la vice-présidente du Parlement européen.

Plainte belge

Parallèlement, plusieurs ONG et deux autres personnes ont déposé plainte auprès de la justice belge en octobre 2010.

"Plusieurs gouvernements ainsi que diverses ONG et particuliers, européens ou colombiens, établis en Europe ont été touchés par les actions du DAS (…) Ces organisations, et des individus qui travaillent ou ont travaillé pour elles, ont été victimes de menaces, ainsi que d’écoutes téléphoniques, d’interceptions de courriers, de cambriolage en vue de soustraire des fichiers informatiques,

explique la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH).

Pour les avocats des plaignants, les opérations menées par le DAS en Belgique ne sont pas conformes au droit belge. Elles auraient visé aussi à discréditer la sous-commission des droits de l'homme du Parlement européen. Les membres du service de renseignement colombien ne disposaient pas, selon les plaignants, d'autorisation de la part de leurs homologues belges pour agir sur le territoire belge,

rapportait le quotidien La Libre Belgique, daté du 30 novembre 2010.

Accéder aux informations de la Justice colombienne

Si Mme Durant est allée en Colombie, c’est tout d’abord qu’elle voulait envoyer un signal de soutien aux victimes du service de renseignement colombien.

Second objectif: maintenir la pression sur le gouvernement actuel, dirigé par Juan Manuel Santos depuis 2010, afin que les procédures judiciaires extra-colombiennes puissent avoir accès aux informations nécessaires pour aboutir. Angelino Garzón, le vice-président colombien, a, dans un esprit de coopération, accepté, à l’invitation de Mme Durant au Parlement européen.

La parlementaire belge a loué, par ailleurs, l’attitude du nouveau gouvernement colombien.

On sent une volonté du gouvernement colombien d’ouvrir les portes vers une relation avec la communauté internationale meilleure".

Depuis fin 2009, le démantèlement du DAS est annoncé mais pas encore acté. Reste encore à mettre en œuvre les décrets d’application d’une nouvelle loi sur les services de renseignement.


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