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La Belgique plie mais ne rompt pas

jeudi, 21 juillet, 2011 - 13:37

Drôle de jour de fête nationale belge! Pour célébrer quoi en ce 21 juillet? Un pays sans vrai gouvernement depuis 403 jours? Les Belges ne savent plus s'il faut en rire ou en pleurer. Explication du schmilblick belge sur fond de micmac européen.

C'est un peu vexant d'être Belge en ce 21 juillet 2011. Les médias du monde entier ont des envoyés spéciaux à Bruxelles pour couvrir le sommet extraordinaire de la zone euro, mais pas un seul s'intéresse à la fête nationale belge. Il est vrai qu'après 400 jours d'impasse, aux rebondissements trop nombreux, les médias étrangers se sont lassés.

Plutôt que d'en pleurer, le caricaturiste le Kroll du quotidien Le Soir préfère en rire. Ses dessins font grincer des dents. Cette semaine, il croque Albert II préparant son discours pour la fête nationale. A chaque fois, la même chute revient : "Non, De Wever va se moquer". De Wever, leader nationaliste flamand que les Wallons ont pris l'habitude de tourner en dérision depuis un an. Le lecteur francophone en sourit, mais le front du Belge se plisse d'inquiétude.

Fiction ou réalité?

Il a bien conscience que cette interminable crise politique et institutionnelle entérine définitivement une incontournable réalité: Wallons et Flamands ne savent plus vivre ensemble. Dans le discours prononcé ce matin, le roi des Belges, Albert II, estime que cette crise sans précédent

risque de développer une forme de poujadisme dangereuse et néfaste pour la démocratie. Certes, mais aussi pour l'avenir de son royaume".

Pour autant, scinder, le pays s'annonce plus compliqué encore que de former un gouvernement de coalition avec un parti de gauche (PS) et un parti d'extrême droite (NVA).

Dés 2006, La RTBF annonçait fictivement la fin de la Belgique.

Bye bye Belgium

 

Et pourtant le royaume fait eau de toutes parts mais ne sombre pas. A-t-il fait sien la devise de Paris "fluctuat nec mergitur"? ou est-ce la devise nationale belge "L'union fait la force" qui empêche les séparatistes flamands de porter le coup fatal au pays?

Stabilité gouvernementale sans vrai gouvernement!

Mais finalement, pourquoi s'inquiéter? La Belgique n'a-t-elle pas connu une telle stabilité gouvernementale depuis qu'elle n'a pas, officiellement de gouvernement? Le chef de l'exécutif fédéral, Yves Leterme, longtemps critiqué pour avoir dirigé des coalitions qualifiées d'artificielles, est désormais à la tête d'un "gouvernement en affaire courante" qu'il dirige depuis 403 jours avec un bilan globalement positif. Il a notamment repoussé à plusieurs reprises les foudres des agences de notations qui menaçaient de baisser la note de la Belgique du fait de la crise institutionnelle. 

"La longueur et la profondeur de la crise engendre l'inquiétude de certaines institutions", reconnaît Pascal Delwit, chercheur au sein de la faculté de Science politique de l'Université Libre de Bruxelles (ULB).

Mais ce gouvernement a fait voter un budget avec l'accord du Parlement nouvellement élu. Il a aussi engagé la Belgique dans des opérations internationales, en Libye notamment. Cette crise nous invite à redéfinir la notion d'affaires courantes".

Ainsi Yves Leterme et Joëlle Milquet, Ministre de l'Emploi, ont pris l'initiative d'ouvrir des négociations avec les partenaires sociaux pour la mise en place d'un accord interprofessionnel, ce qui paraissait peu imaginable il y a seulement six mois.

Sauvé par le communautarisme?

Il y a trois éléments qui nous permettent de tenir. L'élargissement sensible des affaires courantes, la conjoncture économique en Belgique – meilleure que la moyenne européenne – et le bon fonctionnement des entités fédérées",

ajoute Pascal Delwit. Les entités fédérées, ce sont les Régions et les Communautés. Les Régions sont basées sur le territoire : il s'agit de la Flandre, la Wallonie et de Bruxelles. Les Communautés sont linguistiques. Il en existe trois : néerlandophone, francophone et germanophone.

Chaque Région et chaque Communauté dispose de compétences décentralisées du gouvernement central. Par exemple, les régions ont à charge la voirie, l'agriculture ou encore la politique de l'eau. Les Communautés s'occupent de l'enseignement, de la culture, des médias, et de l'immigration.

"Cela explique le maintien d'un certain dynamisme dans le royaume, notre taux de croissance est au dessus de la moyenne européenne". Le taux de chômage de la Wallonie est passé de 14,1% en 2010 à 13,4% en 2011. Après une période de récession en 2009, l'ensemble des Régions de Belgique a renoué avec la croissance en 2010 avec des taux avoisinant les 2%.

La décentralisation de l'Etat belge permet plus de réactivité pour le secteur économique et social, mais elle est aussi la source de nombreuses divisions."

Entre la Flandre qui bénéficie de son ouverture maritime et de son dynamisme économique et la Wallonie enclavée avec ses industries en mal de reconversion.

 

BHV : le grand bazar bruxellois

Reste le problème central de la capitale, Bruxelles : située sur le territoire flamand, mais avec une population à 90% francophone unit et divise à la fois Wallons et Flamands pour de nombreuses années encore. L'arrondissement judiciaire et électoral de Bruxelles Hal Vilvorde (BHV), est l'objet de toutes les crispations politiques. Cet arrondissement se situe en territoire flamand. Les citoyens devraient y parler le néerlandais. Mais de nombreux francophones y vivent. De fait, la Constitution belge rend possible à cette minorité de pouvoir voter pour des candidats francophones et d'y être jugée en français. Acquis pour les francophones, situation temporaire amenée à disparaître pour les Flamands. C'est le principal point de blocage des négociations actuelles.

Et pourtant, souligne Pascal Delwit:

Bruxelles est un élément cohésif. Aucune des deux Communautés ne laissera tomber cette ville dans le camp de l'autre en cas de scission du pays. C'est ce qui empêche la séparation de la Belgique."

Le dessous des cartes(Arte): "Belgique, vers la fracture"

Des Wallons bientôt français?

Avec un certain sens de l'autodérision, certains vont jusqu'à se demander, si cette situation ne pourrait pas durer jusqu'en 2014. Pascal Delwit est sceptique :

Notre dette publique pèse 96% du PIB. Nous devrons anticiper le choc démographique à venir et nous attaquer à notre taux d'emploi qui demeure trop faible."

Pour faire face à de tels problèmes de fond, la Belgique a besoin d'un gouvernement de plein exercice.

Ce pays a besoin de réformes structurelles fortes. Plus tard nous réagirons, plus il sera difficile de trouver des solutions. Sinon, le réveil sera difficile".

Si le Royaume venait à se scinder, les francophones de Belgique pourraient être tenter de se tourner vers la France. Un sujet sur lequel seule la représentante du Front national français s'est exprimée:

Il est (…) de la responsabilité de la France et des Français de tendre la main aux Wallons (…). La République française s’honorerait d’accueillir en son sein la Wallonie".

A défaut de plaire à l'extrême droite flamande, les Wallons reçoivent le soutien de l'extrême droite française. Entre la peste et le choléra, les Belges francophones risquent demain de n'avoir plus que leurs yeux pour pleurer leur pays.




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