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Le "modèle Letton", un exemple à suivre pour la Grèce?

BORISS KOLESNIKOVS/AP/SIPA

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21.07.2011 | 12:00

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A l’heure où les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne sont au chevet de la Grèce, la Lettonie, en état de quasi faillite il y a deux ans, semble tirée d'affaire. La stratégie d’assainissement des dépenses publiques a porté ses fruits. Mais les Lettons en payent le prix fort.

La Grèce réussira-t-elle à se relever de la crise qu’elle traverse grâce à l’adoption d’un nouveau plan de rigueur et d’une nouvelle aide de l’Union européenne ? C'est possible, répond le Premier ministre Letton, Vladis Dombovskis, si Athènes suit l'exemple de son pays qui a connu un spectaculaire redressement économique de son pays après avoir frôlé la faillite .

Reprise en 2 ans

Après avoir enregistré une baisse de 18 % de son PIB en 2009, la récession la plus forte du continent, le pays affiche aujourd’hui des résultats qui ont de quoi faire pâlir d’envie Athènes, Dublin ou Lisbonne. Au premier trimestre, le PIB letton a progressé de 0,3% par rapport au trois mois précédents et de 3,5% comparé à la même période de l'an dernier.

En 2011, la croissance devrait atteindre 3,3%, selon la Banque centrale de Lettonie. Et son déficit budgétaire ne devrait être bientôt qu’un mauvais souvenir : réduit à 6,3% en 2010, Riga espère renouer avec les critères de Maastricht d’ici 2012 et rejoindre la zone euro en 2014. Les agences de notation ne s’y sont pas trompées : elles ont révisé à la hausse leur jugement et le pays peut de nouveau emprunter sur les marchés financiers.

Sauvé de justesse

La Lettonie revient pourtant de loin: après des années de croissance, elle s’est retrouvée en quasi-cessation de paiement en 2008. Depuis son adhésion en 2004 à l’Union européenne, Riga avait vécu largement à crédit. Son déficit budgétaire, dû pour 21 % à un solde négatif de sa balance commerciale, avait été comblé avec les banques étrangères, principalement scandinaves.

Mais au moment du déclenchement de la crise financière, les créanciers ont décidé de fermer le robinet, mettant à mal le système bancaire affaibli, par ailleurs, par une méfiance des épargnants qui se sont précipités pour retirer toutes leurs économies. Résultats : l’Etat a dû racheter la deuxième institution de crédit du pays et appeler les pompiers à la rescousse : sous l’égide du FMI, de l’Union européenne et de la Banque mondiale, un crédit de 7,4 milliards d’euros lui a été accordé.

Objectif euro

Alors que le FMI et la Banque mondiale suppliaient Riga de dévaluer sa monnaie pour booster ses exportations et réduire son déficit budgétaire, le gouvernement est resté sourd à ces conseils: souhaitant rejoindre la zone euro à brève échéance, Riga avait, en effet, accepté en 2005 d’adosser le cours de sa monnaie à celui de la devise européenne. Remettre en cause cette décision signifiait pour le pays de renoncer pour une période déterminée à cet objectif.

Quant à l’Union européenne, elle n’a, pour sa part, pas fait grand-chose pour dissuader la Lettonie de répondre aux appels du pied de la Banque mondiale et du FMI!

23 000 fonctionnaires licenciés

Refusant de dévaluer, le pays s’est lancé dans un plan d’économies drastiques : 23 000 fonctionnaires ont été licenciés quand 39 des 59 hôpitaux du pays et une centaine d’écoles ont du se serrer la ceinture… Les salaires ont été baissés et la TVA portée de 18 % à 22%.

Cette expérience a été un succès. Nous avons stabilisé le pays",

se félicite le Premier ministre, Valdis Dombovskis, dans une interview au quotidien autrichien Der Standard.

Riga s’est même récemment payé le luxe de refuser une deuxième tranche de crédit de 200 millions d’euros, un des derniers versements auquel elle avait droit dans le cadre du plan qui lui a été accordé en 2008.

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, ne tarit pas d’éloge sur le "modèle letton". La population est elle beaucoup plus septique: citée par le quotidien autrichien, Eva Ikauniece, qui travaille à la Croix Rouge de Riga, insiste sur le coût social de ces mesures : 

En 2009, la Croix Rouge est venue en aide à 39 000 personnes qui ont bénéficié de dons. Aujourd’hui ce sont 130 000 Lettons qui sont dépendants de cette aide alimentaire. Il s’agit principalement de familles nombreuses, de retraités et de personnes sans emplois".

Explosion de la précarité

Un réel retournement sur le marché du travail n’est d’ailleurs pas en vue : 16,2 % des salariés sont au chômage, soit deux fois plus qu’avant la crise. Plus critique encore est la situation des jeunes : un tiers des moins de 25 ans est sans emploi.

Des centaines de Lettons ont quitté le pays, un exode jugé "inquiétant" par le Premier ministre lui-même. Dans un discours prononcé après son investiture, Andris Berzins, le nouveau président de la République, a cité parmi ses priorités le retour des milliers d'émigrés économiques partis travailler en Grande-Bretagne, en Irlande ou en Suède.

Beaucoup de gens ont été obligés d'aller à l'étranger contre leur volonté. Et nous devons penser à ceux qui vivront ici dans vingt ans, si bien que notre mission est de les ramener à la maison",

Le pays connaît, en effet, une forte baisse de sa population. Selon l’agence de presse balte BNS, 43 villages devraient être rayés de la carte car ils ne sont plus habités depuis 2009.

Les économistes de Riga sont eux aussi tout aussi critiques. 

Quand une crise est finie, la question n’est pas de savoir su la stratégie du gouvernement ou de l’UE a été un succès mais si les coûts du sauvetage n’ont pas été trop élevés. Quand j’observe l’importance de la récession et le niveau de chômage, je ne peut pas m’empêcher de penser qu’une dévaluation de la monnaie aurait été moins coûteuse pour nous",

estime Vyacheslav Dombrovsky, professeur à Riga de la Stockholm School of Economics.



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