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Geert Wilders Circus : malgré la tuerie d’Oslo, le show continue

vendredi, 19 août, 2011 - 09:03

Idole d'Anders Breivik, le tueur d'Oslo, le leader du très populiste Parti de la Liberté persiste à faire la Une des médias: déclarations explosives contre l'islam, et fichage des journalistes. Fuite en avant ou stratégie machiavélique ?

Alors que pour la plupart des partis politiques néerlandais, nous sommes en plein Zomerreces – vacances parlementaires – le PVV ne cesse de faire parler de lui. Le très populiste Parti de la Liberté et son remuant leader, Geert Wilders, ne peuvent donc pas vivre éloignés des médias plus d’une semaine. Une stratégie qui semble payante aurpès d'une majorité d'électeurs.

Après le double attentat d’Oslo, Geert Wilders a pourtant fait l’objet de critiques très dures de la part de la gauche et en particulier de Job Cohen, ancien maire d’Amsterdam et tête de liste du parti travailliste (PvdA), lors des dernières élections de juin 2010.

Cité 30 fois par Breivik

Il est vrai que Wilders était cité pas moins de 30 fois dans le fameux document "2083, Une Déclaration d’Indépendance européenne" diffusé sur Internet par l’auteur de l’attaque d’Oslo, Anders Breivik. Plus troublant encore, le titre de ce pavé de plus de 1 500 pages est un écho du programme de Wilders, lorsque celui-ci a quitté le parti libéral à la fin 2004. Wilders avait alors créé une fondation, Groep Wilders, et s’apprêtait à créer un parti politique.

Pour expliquer son départ du VVD, il avait publié un curieux petit livre, Kies voor Vrijheid  (Le Choix de la Liberté). Moitié autobiographie, moitié déclaration programmatique. La partie consacrée au programme du futur parti s’intitulait "Onafhankelijkheidsverklaring": "Déclaration d’indépendance"

Plus tard, Breivik, dont les liens avec le mouvement d’extrême-droite English Defense League sont établis, s’était rendu à Londres afin de rencontrer son idole qui y présentait son film islamophobe, Fitna.

Co-responsable de l’attentat d’Oslo

La gauche néerlandaise et en particulier Job Cohen, le chef du groupe travailliste au parlement néerlandais, a reproché à Geert Wilders d’être co-responsable du massacre d’Oslo en propageant des messages de haine. Le fait que le leader populiste néerlandais soit cité tant de fois et de manière aussi admirative dans le document de Brevik a évidemment alimenté la critique à son encontre.

"Une parole mauvaise trouve de l’écho à cent milles". C’est par ce proverbe chinois que Job Cohen ouvre son attaque contre Geert Wilders. "Wilders n’est pas responsable des faits de Brevik à Oslo, poursuit-il, mais [ses] mots, oui. Et c’est pourquoi chaque politicien doit en rendre compte".

"Celui qui refuse le débat et se contente de crier, se coupe de la raison. Un tweet ici et là et une déclaration à la presse ne constituent pas un débat", poursuit-il. Une allusion plus que claire aux réactions de Geert Wilders qui avait exprimé son dégoût de l’attentat d’Oslo sur le site de microblogging avant de publier un communiqué de presse sur le site de son parti.

Et qu’est-ce que cela fait aux gens d’entendre qu’une telle idéologie [l’islam, NDLR] participe à la destruction de notre société? La conséquence ultime de cet argumentaire n’est-elle pas que les gens deviennent les ennemis jurés les uns des autres?

se demande encore l'ancien maire d'Amsterdam.

Il admet aussi que nombre de partis démocratiques – dont le sien – ont été aveugles aux problèmes posés par l’immigration. Mais il nie que les invectives d’un parti extrémiste et la stigmatisation d’une partie de la population puissent régler ces problèmes.

La réponse de Wilders est toujours la même, comme émise d’un vieux disque usé :

Et il faut dire la vérité, car ce sont les "calineurs de l’islam" comme Cohen du Parti des Arabes [PvdA, Partij van de Arbeid, Parti du Travail, NDLR] qui ont créé ces problèmes et qui les ont systématiquement niés. A Cohen et au reste des Pays-Bas de gauche, je dis: ce ne sont pas mes paroles, mais vos silences sur les dangers de l’islam qui ont une influence négative.

Les partis de gauche ont demandé au premier ministre Mark Rutte de condamner le rôle de Geert Wilders dans l’attentat d’Oslo, mais celui-ci était en vacances et n’a pas répondu.

Les mosquées : des "palais de la haine"

Geert Wilders, loin de modérer son discours à l’égard de l’islam après l’attaque d’Oslo, a qualifié les mosquées de "palais de la haine". Si Mark Rutte a cru bon de se désolidariser pour une fois de son partenaire, en dénonçant une expression "totalement déplacée et inappropriée", il n’en va pas de même de la majorité des Néerlandais.

En effet, selon un sondage de l’institut Maurice de Hond, 52 % d’entre eux estiment que Geert Wilders ne doit pas atténuer son discours sur l’islam. Le taux le plus élevé émane bien entendu des membres de son parti qui sont 97 % à considérer qu’il ne doit rien changer tandis que les travaillistes, avec 20 %, constituent le parti qui s’oppose le plus aux outrances verbales de Captain Peroxyd.

"Geert Wilders veut déporter tous les immigrés"

Steven Erlanger, journaliste au New York Times, n’y va pas par quatre chemins. Dans un article du 13 août dernier, il affirme sans ambages:

Geert Wilders veut déporter tous les immigrés et leurs enfants et met en garde contre la conspiration qui veut établir l’Eurabia.

S’il est vrai qu’il a tenu ce type de discours en 2009, lors d’une conférence aux Etats-Unis, il a mis de l’eau dans son vin depuis. Notamment, au point de vue économique, dans l’espoir d’attirer dans le giron du PVV, les électeurs des classes populaires.

Aujourd’hui, il n’est plus question que de renvoyer chez eux les immigrés coupables de crimes, tels les jeunes Marocains, systématiquement qualifiés de "terroristes de rues" – straatterroristen.

Cet article a évidemment suscité des commentaires et creusé un peu plus le fossé entre gauche et droite néerlandaise, si cela est encore possible. L’attentat d’Oslo a effectivement polarisé les formations politiques à un point jamais vu jusqu’ici.

Pas de cours de citoyenneté 

L’Ange blond de Venlo – comme l’appellent ses admiratrices – a failli s’étrangler lorsqu’il a lu le jugement du Conseil Central d’Appel d’Utrecht: ce dernier, en effet, a considéré qu’il était impossible d’imposer des cours de langue et de citoyenneté – inburgering – aux ressortissants turcs en raison d’un traité entre l’Union européenne et la Turquie.

En réalité, le Conseil Central d’Appel d’Utrecht a simplement confirmé le jugement rendu l’an dernier par les Conseils de Roermond et de Rotterdam qui allait dans le même sens. Les immigrés extra-européens sont tenus de suivre ces cours de langue et de citoyenneté. Mais les accords de l’Union avec la Turquie interdisent d’imposer ces cours aux Turcs à la plus grande joie des 400 000 résidents d’origine turque aux Pays-Bas.

"C’est d’une importance capitale", déclare à propos de ces cours, Ahmet Azdural, responsable de l’organe représentatif des Turcs aux Pays-Bas. "Mais cela ne doit pas être obligatoire sous peine de sanctions, mais au travers de l’amélioration de l’accès. Heureusement, cette obligation est maintenant hors de question."

Le PVV a immédiatement réagi en publiant sur son site une série de questions parlementaires au ministre des affaires étrangères. Il est vrai que ce jugement concerne deux de ses ennemis personnels: les immigrés turcs et l’Union Européenne.

Geert Wilders, nouvelle marque déposée!

Geert Wilders, c’est aussi depuis le mois de février dernier le nom d’une tulipe, fleur symbolique des Pays-Bas s’il en est. Sera-ce bientôt celle d’une marque d’eau de javel ou d’une gamme de chocolats singeant les célèbres Mozart Kugeln comme le suggère le site Krapuul ?

Selon le journal financier néerlandais Fianciële Dagblad, le nom de Geert Wilders aurait été enregistré dans six domaines distincts auprès du Registre des Marques du Benelux, dont: services juridiques et lobbying, semences, plantes et fleurs. Wilders pourrait donc tirer des bénéfices de la tulipe qui porte son nom.

Il n’est pas le premier politicien néerlandais dont le nom est devenu une marque commerciale: le nom de son idole Pim Fortuyn a également été déposé. Mais c’était après son assassinat.

Les journalistes fichés et boycottés

Dernière affaire en date, le PVV demande aux journalistes qui participent à ses conférences de presse, leurs données privées, y compris leur numéro de sécurité sociale. Cela sert-il à boycotter certains journalistes, défavorables aux thèses xénophobes, comme le suggèrent des associations professionnelles ?

Ou bien s’agit-il d’une simple mesure de sécurité face aux menaces dont Wilders fait l’objet ainsi que l’ont déclaré les agents du KLPD, service spécial de la police chargé de sa protection ?

Des députés ont déjà posé la question au ministre de la Justice Ivo Opstelten : la rentrée parlementaire s’annonce plutôt chaude…

Fuite en avant ou stratégie médiatique ?

Dans leur livre Undercover bij de PVV – Infiltration au PVV – les journalistes de HP-De Tijd Karen Geurtsen et Boudewijn Geels rapportent les paroles du responsable "Justice et Affaires étrangères" du parti, Raymond De Roon: "à l’intérieur, nous parlons parfois d’une manière très nuancées des affaires, mais à l’extérieur, non. Tu comprends ?".

Et l’essentiel est bien que les médias répercutent les rodomontades du leader et de ses sbires. Quelles qu’en soient l’outrance et l’absurdité, telle cette taxe sur les foulards islamiques.

Mission accomplie : le PVV aura été le seul parti à faire la une des médias néerlandais tout au long de l’été…




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