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« En Libye, la transition va être extrêmement difficile »

mardi, 23 août, 2011 - 18:07

Arnaud Danjean, vétéran du Kosovo et eurodéputé, préside la sous-commission Sécurité et défense du Parlement Européen. Il revient pour MyEurop sur les défis de l'après-Kadhafi et le rôle que devra jouer l'UE dans la Libye libérée.

La chute du régime est-elle réellement imminente ?

Les choses sont allées assez rapidement, on a enregistré en quelques jours une progression spectaculaire des rebelles, mais on ne peut dire à cette heure si c’est une question d’heure ou de jours avant la chute totale du régime. Seule certitude, et c'est l'essentiel, l’issue est inéluctable. La révolution va prendre le contrôle de façon imminente de Tripoli. Il restera sans doute dans les environs de Tripoli ou ailleurs des poches de résistance, mais dès que Tripoli sera tombé, ce sera la fin du régime de Kadhafi.

Comment la situation peut-elle se stabiliser ?

C’est difficile à dire, on peut espérer que les combats cesseront à Tripoli assez rapidement c’est à dire dans quelques jours, d’ici la fin de la semaine. Encore une fois, cela ne veut pas dire que toute la situation sera militairement stabilisée sur tout le territoire libyen.

Sur le plan politique, ce n'est qu'après la chute de Tripoli et quand Kadhafi sera hors d’état de nuire, que l'on pourra vraiment parler de processus de transition et de stabilisation politique. Je crois qu’il ne faut pas se faire d’illusions: une période très difficile va s’ouvrir pour avant de parvenir à une réelle stabilisation politique et en même temps, malgré tout, on ne peut que se réjouir de ce résultat très positif.

Quelle est la stratégie actuelle de l’Otan ?

C’est un succès pour les opérations militaires menées depuis le 19 mars. On a beaucoup entendu dire que c’était "une impasse", "un enlisement". Mais depuis que les opérations se sont engagées, il n’y a jamais eu de limite fixée dans le temps. On savait que cela allait être long, qu’il fallait être patient car sur le terrain des forces rebelles étaient assez inexpérimentées, disparates et mal armées.

On constate aussi que l’ensemble des opérations menées par l’Otan et en particulier par les franco-britanniques, que ce soient les opérations aériennes ou les opérations maritimes, n'ont engendré aucune perte humaine dans les rangs de l’Otan et vraiment très peu de dommages collatéraux.

Maintenant pour la stratégie actuelle, ce qui a bien été rappelé par notre ministre de la Défense Alain Juppé, c'est que l’Otan doit rester très vigilante puisque tant qu’il subsiste des risques d’attaque contre les civils. Ces risques restent importants: les pro-Kadhafi on lancé depuis hier plusieurs [missiles] Scud contre Misrata. L’Otan a toujours son rôle à jouer.

Quelle forme prendra l’aide de l’Otan après les combats ?

Même s’il faut, je le répète, se féliciter de la chute du régime de Kadhafi, la phase qui va s’ouvrir va être une phase extrêmement difficile. Dans ces périodes de transition, il y a toujours une certaine anarchie qui règne et il faut rebâtir, notamment, de nouvelles structures de commandement.

Le rôle de l’Otan dans cette période peut prendre une forme d’assistance pour aider le gouvernement libyen à mieux se structurer sur le plan militaire.

Mais je pense que le rôle principal ne reviendra pas à l’Otan mais à l’Union Européenne. Dès lors qu’on sortira d’une logique offensive sur le plan militaire et qu’on rentrera plus dans une logique d’accompagnement, de conseils et de structuration, le rôle reviendra plus à l’UE qu’à l’Otan.

En tant qu’eurodéputé, savez-vous quel sera le rôle du Parlement Européen ?

Le Parlement européen n’est pas en première ligne, mais rappelons-nous que le 10 mars dernier une résolution sur la crise libyenne avait été largement approuvée et on y retrouve beaucoup d’éléments maintenant mis en œuvre. Ainsi, on avait déjà parlé d’opération militaire, de la reconnaissance et la légitimité du Conseil National Transitoire (CNT), la transition qui devrait suivre avec un certain nombre de préconisations sur le rôle des partenariats internationaux, et sur la façon de relancer voire créer une société civile en Libye. Donc, tout ce qu’on trouve dans cette résolution reste très pertinent.

Par ailleurs, le Parlement a aussi engagé des contacts avec les rebelles, les autorités de Benghazi. En effet, plusieurs de mes collègues de toutes nationalités et tous groupes politiques se sont rendus en Libye pour nouer des contacts avec le CNT. Nous serons là pour appuyer les efforts de la diplomatie européenne et de la Commission Européenne pour apporter une aide économique et institutionnelle aux nouvelles autorités libyennes.

La formation d’une armée est importante après la chute d’un régime, comment cela se profile-t-il en Libye ?

Les forces de sécurité libyennes vont devoir relever deux grands défis.

Le premier est de s’assurer la loyauté des structures sans avoir à toutes les démanteler. En effet, l’exemple irakien nous a montré que le démantèlement total avait alimenté une contre-insurrection. Il faut purger les forces de sécurité de Kadhafi, mais aussi trouver le bon équilibre entre les cadres professionnels qu’il faut garder parce qu’ils ont une expérience et des compétences et ceux dont il faut se débarrasser soit parce qu’ils ont du sang sur les mains, soit parce que ce sont des éléments peu fiables.

Le deuxième défi concerne l’hétérogénéité de cette coalition, puisqu’on a bien vu avec l’assassinat du chef militaire des rebelles Abdel Fattah Younes que dans cette rébellion, il y a beaucoup de forces en présence qui n’ont pas forcément les mêmes origines idéologiques et claniques. Ça sera aussi un grand défi de pouvoir bâtir des institutions dans ce contexte éclaté.

Comment l’arsenal militaire peut-il être contrôlé ?

Là on a déjà de l’expérience. On l'a fait avec la Russie au moment de l’éclatement de l’URSS, il y avait alors même des problématiques nucléaires avec des armes dissimulées dans plusieurs républiques soviétiques. Il doit être possible de trouver avec des partenariats occidentaux et sous l’égide des Nations-Unies des mécanismes de contrôle de ce type d’armement.




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