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Coupe du monde des sans-abris: tous égaux avec le maillot

vendredi, 26 août, 2011 - 13:42

La 9ème coupe du monde de football des sans-abris se déroule à Paris jusqu'au 28 août sur le Champ de Mars. Témoignages de stars précaires du ballon rond, loin du foot spectacle et ses salaires mirobolants.

Jeudi sur le Champ de Mars. Une chaleur étouffante, des haut-parleurs qui crachent des musiques d'été à pleins décibels. Lunettes de soleil obligatoires. Un tournoi de football amateur comme il s'en organise beaucoup au quatre coins du continent en période estivale. Paris-plage?

L'enjeu est  plus sérieux: il s'agit de gagner une Coupe du monde de football, pas moins – celle des sans-abris. Pour cette 9ème édition, des terrains synthétiques ont été construits au pied de la tour Eiffel, tous entourés de tribunes amovibles. Cinquante-trois pays ont répondu présents. Le tournoi verra s'affronter 48 équipes masculines et 16 équipes féminines.

MyEurop vous présente, en photo, le témoignage de 13 joueurs, joueuses, coach ou arbitres. [Pour voir les légendes, cliquez sur le symbole "plein écran" puis sur chaque image.]

Le football pour prendre un nouveau départ? Beaucoup y croient ici. Christophe Aubin, du collectif "Remise en jeu",  fait partie du comité local d'organisation.

Le football leur permet de récupérer quelques fondamentaux pour pouvoir avancer dans la vie. Il faut se rendre compte que ce sont des personnes qui n'ont rien, tant sur le plan matériel que psychologique. Le fait de leur permettre de jouer au foot, d'entretenir des liens sociaux réguliers et de se vider la tête leur apporte beaucoup sur le plan psychologique et social.

Jonathan, un joueur de l'équipe de France va dans ce sens.

Se réinsérer, c'est un travail de longue haleine. Il y a des hauts et des bas. Le football permet de décompresser, de lâcher la soupape. Nous sommes tous humains. Je considère que le sport m'apporte autant qu'aux personnes qui ont un travail.

Une parenthèse ?

La coupe du monde est loin d'être une simple parenthèse d'une semaine pour les sans-abris. Il s'agit d'un véritable objectif pour lequel une longue préparation a été mise en place. L'équipe de France masculine s'entraîne depuis le mois de février. La Fédération Française de Football a fourni des lieux d'entrainements et a participé à la sélection des joueurs, huit pour l'équipe masculine et huit pour l'équipe féminine, qui enfilent le maillot tricolore pour cette compétition.

Il s'agit d'un tournoi de football à quatre : un gardien et trois joueurs sur le terrain. Les 4 joueurs supplémentaires sont les remplaçants. Les parties durent vingt minutes.

D'habitude nous jouons au football à 11, affirme Christophe Aubin. Pour des raisons logistiques et pratiques, nous jouons à 4 seulement lors de la coupe du monde".

Ce changement de règle explique que les institutions du football comme la FIFA ou l'UEFA se sont montrées frileuses pour soutenir l'événement. Des réserves que Michal, un arbitre néerlandais, dit comprendre. "Nous jouons ici avec les règles du street soccer. Elles ne sont pas homologuées". Avant de se faire plus critique:

Mais je pense surtout qu'il y a une histoire d'argent derrière tout ça !

Débuts difficiles pour les Bleues

Entre les trois terrains de compétition, c'est une véritable fièvre de coupe du monde qui règne. Chacun affiche fièrement ses couleurs : les drapeaux du Kenya, de l'Argentine, de l'Allemagne et du Mexique flottent sur les tribunes.

Par leur nombre, les supporters français font savoir qu'ils sont chez eux, mais ce sont les joueuses mexicaines qui assurent l'ambiance avec leurs chants et une constante joie de vivre. Sur le terrain, les matchs font plaisir à voir. De l'engagement, et du fair-play. De jolis gestes techniques et des buts !

Sur le terrain 2, c'est la soupe à la grimace pour les joueuses françaises. Elles ont perdu 4-7 contre Haïti. "C'est difficile à encaisser, mais c'est le jeu", explique Rose une membre du staff.

Ca n'a pas été facile de former cette équipe, assure Christophe Aubin, l'organisateur. Elles n'ont pas souvent joué ensemble, ça ne fait que trois mois que l'équipe est composée. Nous avons encore beaucoup de progrès à faire sur le football féminin. Le foot peut leur apporter autant qu'aux garçons".

Un tremplin

Reste une question qui taraude: que deviendront les joueurs après cette Coupe du monde? Christophe Aubin répond avec assurance:

Il est clair que les personnes qui ont participé à cette Coupe du monde seront avantagées par rapport à d'autres. Nous les mettons en contact avec nos sponsors et partenaires qui leur proposent des emplois. De prime abord, cela peut sembler injuste, mais il ne faut pas oublier qu'ils se sont battus pour arriver jusqu'ici.

George, le capitaine de l' équipe de République Tchèque ne le fera pas mentir. "Le football m'a permis de sortir du milieu narcotrafiquant. Quand j'ai commencé à jouer, j'ai pris de moins en moins de drogue. Petit à petit, je renoue des relations sociales."

D'après l'organisateur de la compétition "Homelessworld cup", 70% des joueurs et des joueuses trouvent de meilleures conditions de vie (emploi, logement, formation) après le tournoi.




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