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Les Pays-Bas construisent une montagne de 2000 mètres !

vendredi, 26 août, 2011 - 09:03

Thijs Zonneveld, ex-coureur cycliste et aujourd'hui journaliste sportif, a proposé de construire une montagne haute de 2000 mètres aux Pays-Bas. Des milliers de Néerlandais et des entreprises l’ont pris au sérieux et ce projet pharaonique pourrait bien devenir réalité. Interview.

Thijs Zonneveld est une de ces personnes à qui tout semble réussir: coureur cycliste professionnel de 2000 à 2007, il décroche en 2004 un master en droit international et sa thèse sur le dopage remporte le prix du meilleur essai sportif de l’année. Depuis qu’il a cessé de courir, il est journaliste sportif pour les journaux néerlandais De Pers (La Presse) et Nu (Maintenant). Ecrivain, il a publié 3 livres qui ont immédiatement conquis le public.  

Thijs est l’une de ces personnes ouvertes et positives à l’énergie inépuisable. Bien qu’on devine que ce parcours exceptionnel – il n’a que 29 ans – n’a pas été semé que de roses, son sourire est de ceux qui ouvrent immédiatement les coeurs et sa foi de celles qui soulèvent les montagnes.

D’une montagne, il en est d’ailleurs fortement question depuis trois semaines. Car le 5 août dernier, Thijs publiait un édito dans lequel il souhaitait construire une montagne aux Pays-Bas. Et il demandait à ses lecteurs de l’y aider.

Ceux-ci l’ont si bien pris au mot que ce qui n’était qu’une plaisanterie est en train de devenir un projet national… Et bien qu’il ne cesse de s’excuser de son mauvais français, il garde de ses quatre ans passés dans une équipe cycliste française une gouaille et une volubilité que ne renierait pas un natif des Batignolles.

Thijs, pourquoi une montagne aux Pays-Bas ?

Pourquoi pas ? J’ai toujours aimé la montagne. Quand j’étais gosse, à l’école, je dessinais des montagnes dans mes cahiers. Quand j’étais coureur cycliste, j’étais un grimpeur. Et puis, cet été, j’ai suivi le Tour de France, en tant que journaliste. J’étais dans les Alpes et je pensais de nouveau à ce projet d’une montagne. J’ai écrit un éditorial. C’était une plaisanterie. Je me demandais pourquoi nous ne pourrions pas avoir notre propre montagne aux Pays-Bas.

Oui, mais justement, pourquoi aux Pays-Bas ?

Nous sommes un pays tout plat, mais les Hollandais adorent la montagne. C’est quelque chose qui nous manque. Et parce qu’on n’en a pas chez nous, nous sommes à la traîne dans les sports de montagne. En cyclisme, en ski, en parachute ascensionnel, en snowboard, etc. J’ai donc lancé l’idée de construire notre propre montagne. Si nous voulons nous entrainer au ski, actuellement nous devons faire au moins 8 à 9 heures de route. Je veux une montagne près de chez moi, où je puisse passer une journée récréative. Faire un picnic, me balader à pied ou à cheval, etc.

Des montagnes virtuelles en attendant la vraie

Et cet article a reçu un écho extraordinaire…

Oui, le jour suivant, j’avais déjà des milliers de messages de soutien, de propositions. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Des milliers de gens ont pris au sérieux ma blague de potache. Ils se sont emparés tout de suite du projet. Les médias sociaux ont joué un rôle énorme là-dedans. Surtout . 

Et maintenant, cela devient un vrai projet.

Oui, trois semaines après que j’ai lancé cette plaisanterie, il y a six entreprises de construction parmi les plus importantes du pays qui veulent participer au projet, il y a des architectes qui m’ont envoyé des croquis, des géologues qui me donnent des conseils sur les meilleurs emplacements, des gens qui m’ont dessiné un logo, des communes ou des autorités provinciales qui me disent de venir bâtir la montagne chez elles…

Comment expliques-tu un succès si rapide ?

Il y a deux choses : d’abord, je crois que sans le vouloir j’ai touché à quelque chose qui tient au coeur des Néerlandais. Et puis, ensuite, j’ai un gros avantage : j’ai publié mon appel sur le site du quotidien De Pers et sur son site qui a un million de lecteurs, et donc j'ai pu atteindre beaucoup de gens à la fois. Mais je ne m’attendais pas à ce que ça prenne une telle proportion, et surtout pas si vite.

Et quelle est la prochaine étape ?

Mardi prochain nous avons une réunion avec des entreprises de construction, avec des ingénieurs, des architectes, des économistes, des géologues. Nous allons constituer un groupe de travail pour évaluer la faisabilité du projet : lieu de construction possible, activités, coûts, investissements, etc. Pour le moment, j’en assume la coordination avec le directeur du journal De Pers, mais à terme, il faudra trouver d’autres personnes pour coordonner le projet. Je ne connais rien en construction, par exemple, je ne suis pas capable de déterminer les bonnes solutions techniques pour ce projet.  

Il y aura un site web aussi…

Oui, il s’appelle die berg komt er (cette montagne arrive) et sera en ligne dans quelques jours. Ce sera un site participatif. Pour le moment, je suis le visage de ce projet. Ce n’est pas correct. Je veux que ce site soit le plus transparent possible sur l’évolution du projet.

Il faut que la conception se fasse avec tout le monde. En fait, j’ai fait du crowd sourcing sans le savoir : je voulais que tout le monde participe. Il y a plus d’idée dans un million de têtes que dans cent. Et avec les nouvelles technologies, c’est possible de faire participer un million de personnes. Il y a quelques années, avant l’apparition des médias sociaux, c’était impossible. Je veux que cela reste un processus démocratique jusqu’au bout.

Pour le lieu de construction, j’ai entendu parler du Flevoland. Est-ce définitif ?

Il n’y a rien de définitif et je n’aime pas qu’on s’arrête exclusivement au Flevoland. Mais c’est vrai que l’endroit présente beaucoup d’avantages. C’est une province centrale des Pays-Bas. C’est un endroit encore très vert, dans lequel il n’y a pas beaucoup d’industries ni d’infrastructures touristiques. Et c’est aussi une province qui compte malheureusement beaucoup de jeunes sans emploi et peu d’investisseurs. Ce qui explique sans doute que les autorités provinciales et municipales se montrent si intéressées. Mais je ne veux pas limiter le projet dès maintenant, il y a des alternatives intéressantes. Pour l’instant, cette montagne est encore une page blanche.

Tu dis n’avoir pas les compétences pour coordonner le projet de construction. Quel sera ton rôle? Et n’as-tu pas peur de te faire voler le projet ?

Mon rôle est surtout d’utiliser ma notoriété. Je continuerai à assurer la promotion du projet, à en faire la publicité, à attirer des sponsors et à jouer le rôle d’intermédiaire auprès des médias. Non, je n’ai pas peur qu’on me vole le projet. Mon nom a été associé dès le début à ce projet et il le restera. Mon ambition n’est pas d’en faire quelque chose de personnel de toute façon. C’est plutôt de rendre sa fierté de bâtisseur à mon pays. Les Pays-Bas ont une expérience extraordinaire dans la construction. On a regagné des terres sur la mer. Quand on a voulu une forêt, on l’a créée de nos mains. Mais cela fait longtemps qu’on n’a plus rien bâti de grand. Je veux redonner aux Néerlandais l’occasion de construire un grand projet.

D’où l’idée d’une montagne de deux kilomètres de haut.

Oui, ce sera sans doute une construction creuse de deux kilomètres qui permettra d’installer des restaurants, des installations sportives et commerciales. Qui pourrait aussi comprendre des espaces de bureau. Nous devons encore en mesurer l’incidence sur l’économie, sur l’emploi, sur l’environnement, sur le climat notamment. C’est un projet qui coûtera sûrement très cher, plus d’un milliard d’euros, mais qui pourra être très rentable, notamment au niveau touristique. Cela attirera les Néerlandais, mais probablement les étrangers aussi. Nous avons déjà des demandes de Chine, de pays arabes, etc.

2000 métres d'altitude. Même Jules Verne n'y avait pas pensé.

Vous êtes-vous déjà donné une deadline ? Avez-vous une idée de la durée du projet ?

Non, nous ne nous sommes pas donné de date de fin. Cela prendra sûrement du temps. Mais vu la rapidité avec laquelle le public a réagi et surtout, avec laquelle des entreprises ont pris ce projet au sérieux et s’y sont déjà investies, cela pourrait aller beaucoup plus vite qu’on ne le pense.

Et à part la montagne, tu as d’autres projets, en ce moment ?

Oh, pas grand chose, je n’ai pas beaucoup de temps, tu comprends ? Un livre qui sortira à la fin de l’année. Mais c’est juste un recueil d’articles que j’ai publié dans divers journaux. Donc ça ne me prendra pas trop de temps…

 

Crédit photos: De Pers et Lumine.nl. Illustration: bureau d'architecte Hoffers & Krüger


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