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Les timides débuts de l'agriculture bio en Ukraine

L'autre visage de l'agriculture ukrainienne... / Jonathan Banks / Rex Fe/REX/SIPA

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04.09.2011 | 08:00

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A Kiev, des Français ont créé la première AMAP pour acheter directement aux paysans des produits bio. Une révolution en Ukraine, ancien grenier à blé de l'Europe où l'agriculture biologique reste très marginale. Les débuts sont timides mais prometteurs au pays de Tchernobyl.

Dans l'Ukraine d'aujourd'hui, ancien « grenier à blé » de l'Europe, la quantité prime souvent sur la qualité. Handicapés par de faibles niveaux de vie et de graves lacunes dans les structures de production et distribution, la plupart des Ukrainiens n'ont guère les moyens de s'approprier des notions de traçabilité ou d'agriculture biologique. Petit à petit, la situation évolue néanmoins.

Récemment créée par un petit groupe de Français expatriés, l'Ukramap, une « Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne » en Ukraine, instaure un modèle inédit de production et de distribution directe des produits agricoles.

Un « moyen sympa et convivial »

Il est 7 heures, ce vendredi matin, à Kiev. Dans le centre ville de la capitale qui s'éveille à peine, une poignée d'individus s'affairent à décharger des caisses d'un fourgon jaune. Le contenu ? Une large variété de légumes, frais et « bio », une exception en Ukraine.

On les transporte dans un local proche, où se tient une permanence de l'Ukramap. A l'intérieur du local, un bar-restaurant en cours de rénovation, deux « ukramapiennes » réceptionnent les paniers et les répartissent dans la salle. Liste des adhérents en main, elles assurent ce vendredi matin la permanence tournante et se préparent à accueillir les autres membres.

En tout, ce sont 33 familles, principalement françaises, qui reçoivent un panier toutes les semaines. En ce début de septembre, on y trouve des aubergines, des tomates, de la laitue, des fleurs de courgettes et autres denrées.

Pas question d'y voir des légumes hors-saison : toute la production est garantie « bio ». L'un après l'autre, les membres de l'association se présentent au local pour y récupérer leurs légumes. Et échanger les nouvelles de la semaine. Pour « l'ukramapienne » Anna, c'est là « un moyen sympa et convivial d'avoir des légumes de qualité, ce qui n'est pas forcément le cas en Ukraine. »

Une initiative importée et unique

Outre le caractère associatif de l'Ukramap, la traçabilité des produits est, en effet, un critère d'engagement fondamental. Dans un pays marqué par les cultures intensives de l'ère soviétique, la catastrophe de Tchernobyl et une dérégulation quasi-totale du secteur agricole pendant les deux dernières décennies, de nombreuses craintes existent quant à une contamination à la source des aliments consommés.

L'initiative est née à la fin 2010 d'un groupe de Français expatriés en Ukraine, à la suite d'un débat sur la projection du documentaire de Coline Serreau, « Solutions Locales pour un Désordre Global ». Que faire pour changer, à une échelle modeste, les modes de production et de consommation en Ukraine ? Pour beaucoup des premiers « ukramapiens », l'importation de l'AMAP, un concept déjà largement répandu dans les pays occidentaux, s'est imposée de fait.

Des moines intéressés

Comme le dit Henri, un des fondateurs, « l'important est de lier directement la production à la consommation ». Et de renforcer la traçabilité en évitant les intermédiaires. Après plusieurs mois de recherches, une relation directe a été établie avec Vitaly, un jeune agriculteur-exploitant situé à environ 160 kilomètres de Kiev.

Depuis son lancement le 1er avril 2011, la réputation de l'association s'accroît et un éleveur d'œufs a rejoint l'aventure. Un monastère est sur le point de commencer des livraisons de fruits. La liste d'attente de personnes souhaitant adhérer s'allonge, elle aussi. Parmi eux, de plus en plus d'Ukrainiens. Un succès qui pourrait dépasser les capacités, tant de l'association que de Vitaly, et une possible duplication de l'amap serait à l'étude.

Un succès à pondérer malgré tout. L'Ukramap demeure la seule initiative de ce type en Ukraine. A titre de comparaison, on compte en France entre 1 000 et 1 200 amaps, qui approvisionneraient environ 30 000 familles. Et même en acceptant plus de membres, la taille critique de l'association sera vite atteinte, en raison d'un manque de structures et d'approvisionnement en produits « bio ».

Les balbutiements du « bio »

Car les « ukramapiens » ont fait le choix de ne se fournir qu'en produits issus de l'agriculture biologique, c'est-à-dire débarrassée de pesticides et d'engrais chimiques. Jérôme, un autre fondateur, affirme avoir mené de véritables « audits » de candidats fournisseurs et d'avoir refusé nombre d'exploitants avant de sélectionner Vitaly. Ce dernier explique que « la majorité des Ukrainiens ne sait pas ce qu'est la production organique ». D'où des problèmes de formation, de maîtrise technique, d'investissements et de débouchés.

Lui a commencé à cultiver « bio » par réflexe de « mieux-vivre », en dédiant d'abord sa production à ses proches. S'apercevant d'une montée de la demande de produits « bio », il s'est lancé à plus grande échelle et peut maintenant vivre de son exploitation. Sa chance a été de rencontrer les « ukramapiens », qui absorbent la moitié de sa production. Le reste part dans les rares magasins d'alimentation « bio » et de diététique de Kiev, ou encore dans le commerce sur Internet. Il travaille maintenant à la construction d'une nouvelle serre, financée par quelques uns de ses clients.

Les clients restent rares

Il reste néanmoins un cas isolé : seuls quelques 200 producteurs « bio » sont accrédités en Ukraine, par le biais de l'institut suisse FIBL. Ils couvrent moins de 1% de la production agricole totale du pays (contre 3% environ en France). Nombre d'entre eux éprouvent de grandes difficultés à écouler leur production et il n'est pas rare de voir certains vendre leurs légumes sur des marchés locaux, au même titre (et au même prix) que des produits plus conventionnels.

Pour l'heure, la permanence de l'Ukramap s'achève à Kiev. Les paniers qui n'ont pas été récoltés ce matin partent à Ohmadyt, un hôpital pour enfants. La « saison 2 » de l'aventure est censée débuter à la mi-octobre, avec le renouvellement du contrat avec les fournisseurs et l'éventuelle modification des structures de l'association. L'occasion de voir si l'initiative fait école malgré le « désordre » économique, politique et social actuel en Ukraine, ou si elle reste une « solution locale ».
 





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