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Face à l’austérité, le Portugal mise sur la charité

lundi, 5 septembre, 2011 - 15:18

Après un bref interlude estival, la crise s’invite à nouveau dans le quotidien des Portugais. Les mesures d'austérité s'enchaînent et le premier ministre refuse d’imposer les grandes fortunes. Pour limiter la casse sociale, le gouvernement a choisi de transférer une quarantaine d'infrastructures publiques aux institutions caritatives. Un paternalisme qui renforce le rôle de l’Eglise.

C’est non. Pas d’impôts sur la fortune au Portugal, ni sur les capitaux et les biens immobiliers. Le risque est trop grand de voir se détourner du pays les grandes fortunes lusitaniennes et surtout les investisseurs potentiellement intéressés par les privatisations en cours.

Le premier ministre, Pedro Passos Coelho, a choisi de relever le taux de la dernière tranche d'imposition: à partir de 153 000 euros de revenus annuels, le taux passera de 46,5% 0 49%. Quant aux bénéfices des entreprises, il seront imposés à 3 % au lieu de 2,5 % précédemment, et dès 1,5 millions d’euros contre deux précédemment.

Deux mesures d'austérité par jour

Ces recettes, qualifiées de solidaires et exceptionnelles, vont permettre d’engranger 800 millions d’euros supplémentaires – quand les caisses de l'Etat accusent un "trou" de 2,3 milliards d'euros par rapport aux prévisions antérieures. Malgré le dérapage – dont la responsabilité est attribuée au précédent gouvernement socialiste, sans jamais le nommer – Vitor Gaspar, le ministre des finances, maintient ses prévisions d’un déficit ramené à 5,9% du PIB en 2011 et d’un déficit résiduel de 0,5 % en 2015.

A raison de deux mesures par jour jusqu’en octobre, selon le calendrier fixé par l’aide internationale, les portugais ont fait eux-mêmes la traduction: le train de l’austérité n’est pas prêt de s’arrêter.

Crispation

Pas avant la fin de 2012, en tout cas, année où le Portugal devrait sortir de la crise si l'on en croit Pedro Passos Coelho. Le premier ministre assure que les Portugais "ont compris qu’ils doivent faire des sacrifices supplémentaires". Voici une liste, loin d'être exhaustive, des dernières mesures entrées en vigueur:

  • hausse des taxes sur l’énergie domestique,
  • augmentation énorme du prix des transports (+20%),
  • reconduction du gel des salaires dans la fonction publique
  • réduction des indemnités en cas de licenciement [elle vient d’être approuvée]
  • suppression des avantages fiscaux

Les coupes claires prévues dans les budgets des ministères "sociaux" (éducation, santé, sécurité sociale) laissent présager des mois douloureux pour les familles.

Le premier ministre, visiblement embarrassé, tient un discours contradictoire, affirmant dans le même temps qu’il n’y aura pas d’autres impôts et qu'ils seront nécessaires "si les conditions externes l’exigent". La pression est telle que les critiques fusent contre le gouvernement, y compris à l’intérieur du camp social démocrate du premier ministre.

Charité bien ordonnée…

Le gouvernement assortit sa politique fiscale et d’austérité de mesures de lutte contre l’exclusion sociale. Regroupées sous le terme de PES (programme d’urgence sociale) une cinquantaine de mesures vont créer des garde-fous pour empêcher les plus démunis de sombrer face aux restrictions imposées.

Un traitement social de la crise, qui déplace vers le concept de charité la notion d’état providence. Parmi les mesures phares d’un programme aux contours encore flous, le transfert au secteur caritatif de la gestion d’une quarantaine d’infrastructures. En clair, renforcer le rôle de l’église qui gère déjà 70% de l’activité sociale.

Confié a un ministère de la Solidarité et de la Sécurité Sociale, sous la houlette d’un jeune chrétien démocrate – premier dirigeant portugais né après la révolution du 25 avril 1974 -, le gouvernement distille une vision paternaliste de la société qui renvoie à l’époque Salazariste. Mais le ministre Pedro Mota Soares se défend de vouloir mener une politique d’assistanat et de clientélisme. Doté d’un "maigre" budget de 400 mille euros, le PES doit toucher 3 millions de personnes. Pour beaucoup il s’apparente à un cautère sur une jambe de bois, destiné selon les critiques à faire illusion sur les mesures impopulaires.

L'indignation monte

Accusé de se montrer plus "royaliste que le roi" en devançant ou en aggravant les consignes imposées par l’aide internationale, le gouvernement de droite sait qu’il ne pourra pas indéfiniment pousser le pion de l’austérité. Pedro Passos Coelho a lancé une mise en garde très claire:

Au Portugal les droits de grève et de manifester sont inscrits dans la constitution. Mais nous ne pourront tolérer ceux qui confondent le recours à ces libertés avec le droit d’incendier les rues et de mettre le feu au pays,

a déclaré le premier ministre lors de son discours de clôture des journées de son parti, le parti Social démocrate.

La contestation s’organise. La CGTP, le plus important syndicat portugais, a appelé à une manifestation le 1er octobre, tandis que les jeunes qui avaient fait une impressionnante démonstration de force le 12 mars dernier, appellent à renouveler l’exploit le 15 octobre. Passos Coelho sait qu’il peut atteindre très vite le point de rupture, face à des portugais de plus en plus "indignés".




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