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Rentrée au pas pour les écoliers anglais

lundi, 5 septembre, 2011 - 09:36

Les Rangers feront-elles bientôt partie de l'uniforme des élèves d'Albion ? L'école Phoenix, à Manchester, envisage de ne recruter comme enseignants que d'anciens militaires et ouvre la voie à une martialisation de l'enseignement. Ce qui n'est pas pour déplaire au ministre de l'Éducation, qui se fixe comme objectif de "restaurer l’autorité des adultes" dans les salles de classe. Quitte à user de la force.

Ce n’est pas le pensionnat de Chavagne, mais dans l’esprit, ça y ressemble. Des "objectifs académiques ambitieux", de "nombreuses activités extérieures", la découverte de valeurs telles que "l’auto-discipline, le respect et la capacité d’écoute". L’école secondaire Phoenix, qui devrait ouvrir ses portes à Manchester à la rentrée 2013, affiche en apparence un programme rigide, mais des plus classiques. A ceci près que tous ses professeurs seront recrutés parmi les vétérans de l’armée.

Une initiative qui, selon Tom Burkard, membre du think tank à l’origine du projet, se justifie à l’aune des émeutes londoniennes du mois d’août :

Avant que nous ne mettions nos troupes dans les rues, nous devrions considérer l’éventualité de les mettre dans nos écoles.

Opération prévention donc, auprès de ces 11-18 ans qui peuplent le secondaire. Les "valeurs martiales" seront inculquées, non pas à grands coups de pompes, mais en bonne intelligence avec les élèves.

Je souhaite m’assurer que tous les enfants sont ici parce qu’ils veulent être ici. Vous avez besoin d’un bâton quelque part – mais si vous devez l’utiliser trop souvent, vous avez perdu la bataille,

poursuit Tom Burkard.

Une opportunité politique

Son think tank, le "Centre for Policy Studies", saisit ici l’opportunité récemment offerte par le gouvernement conservateur de David Cameron de fonder des "écoles libres". Créées à l’instigation d’associations ou de parents, reconnues par l’Etat, elles disposent de toutes latitudes pour définir leur programme et leur organisation. 24 d’entre elles ouvriront cette rentrée-ci.

L’émergence de ce projet mancunien relève de l’aubaine pour la coalition, et plus précisément pour le ministre de l’Education Michael Gove, qui ne serait pas contre voir un peu de kaki dans les salles de classe afin de "restaurer l’autorité des adultes".

La Phoenix school coïncide en effet avec le lancement à l’automne d’un programme spécial, qui incitera les retraités de l’armée à devenir enseignant. Ce qui, dans le même temps, pourrait faciliter la tâche de son collègue de la Défense, Liam Fox, qui s’apprête à effectuer de larges coupes dans ses effectifs en vue de réduire les dépenses.

Une coïncidence qui pourrait ne pas en être une, dans la mesure où le "Centre for Policy Studies", qui se revendique pourtant comme indépendant, a été fondé par Margaret Thatcher en 1974 et a influencé nombre de lois votées depuis l’arrivée des conservateurs au pouvoir.

Recours à la force autorisé

En plus de ces effectifs musclés, Michael Glove entend que soient également mises en application des méthodes musclées, en autorisant l’usage de la force en cas de situation critique, et ce dans toutes les écoles du pays:

Laissez-moi être parfaitement clair, si un parent entend aujourd’hui une école dire, "désolé, nous ne pouvons toucher les élèves", eh bien cette école a tort. Complètement tort. Les règles du jeu ont changé."

Un tournant autoritaire que le ministre justifie par la présence dans les cours de récréation d’"une minorité vicieuse, sans loi et immorale", celle-là même dont l’implication, réelle ou supposée, dans les émeutes, a choqué l’opinion britannique. On ne saurait dire qui des deux – le ministre ou l’opinion – est le plus influencé par les outrances décrites dans la série Skins.


Trailer saison 3 de Skins
par Serie-skins

Au-delà du côté tapageur, la réforme des écoles libres à l’origine de ce projet d’établissement "martial" est une tentative de réponse alternative à l’abstentéisme scolaire frappant le Royaume-Uni. En effet, en 2010-2011, ce sont environ un million d’élèves qui ont manqué plus de 10% des cours. Une désaffection qui s’accompagne de carences criantes pour nombre d’étudiants dans les matières de base.

De là à dire que la solution soit à trouver dans une rigueur toute militaire, il n’y a qu’un pas que Lord Guthrie, un gradé soutenant le projet, saute allègrement :

Si cette école est un succès, elle pourra ensuite servir de modèle pour une centaine d’autres."

La solidarité gouvernementale s'étiole

Mais déjà les incantations de Michael Gove suscitent des réserves au sein même du gouvernement, où tout le monde ne tire pas les mêmes enseignements des émeutes de juillet. Le vice-premier ministre libéral-démocrate Nick Clegg a ainsi rappelé, lundi 5 septembre, qu’il ne fallait pas attendre des professeurs qu’ils règlent tous les problèmes du Royaume-Uni:

Nous attendons déjà de nos professeurs qu’ils soient des assistantes sociales, des psychologues pour enfants, des agents de protection de l’enfance. Nous attendons d’eux qu’ils fassent la police dans les salles de classe, qu’ils prennent soin de la santé de nos enfants, qu’ils conseillent nos fils et nos filles, qu’ils les guident, qu’ils s’inquiètent pour eux – et avant tout, qu’ils les éduquent également. Les enseignants ne se substituent pas aux mères et aux pères. Ils ne peuvent pas tout faire.




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