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Le procès Chirac sert d’alibi au pouvoir ukrainien

mercredi, 7 septembre, 2011 - 12:52

Le procès Chirac passionne... en Ukraine. Les poursuites à l'encontre de l'ancien chef d'État sont une véritable aubaine pour les dirigeants pro-russes de Kiev, accusés de livrer un procès politique à l’ex-Premier ministre Ioulia Timochenko. A démocrate, démocrate et demi...

Une petite bousculade pour la forme, une photo de Jean Veil par-ci, une autre de Georges Kiejman par-là, quelques déclarations des avocats dans l’escarcelle… Et puis c’est tout. Deuxième jour seulement du procès des emplois fictifs de la mairie de Paris et, déjà, les journalistes, cameramen et photographes ne semblent plus beaucoup s’amuser dans le hall jouxtant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Et pour cause, on leur a ôté le sel de l'affaire: Jacques Chirac. L’ancien Président de la République ne verra pas les boiseries de la salle d’audience, excusé pour raisons médicales.

A démocrate, démocrate et demi

Une contrariété qui n’empêche pas une équipe de télévision ukrainienne de se passionner pour l'événement. Natalia Fiebrig et ses deux JRI (journaliste reporter d’image) ont été dépêchés sur place, depuis leur poste permanent de Berlin, par la chaîne privée 1+1. Un choix qui pourrait interloquer, mais dont la raison se trouve dans l’actualité immédiate en Ukraine.

A Kiev, dans les cercles du pouvoir, on cherche à comparer ce procès à celui en cours de Ioulia Timochenko, l’ex-Premier ministre issue de la révolution orange de 2004. Comme la France est un pays aux fortes traditions démocratiques, le fait que l’on y juge un ancien chef d’Etat sert de modèle pour dire: "regardez, eux aussi ils le font, il n’y a donc rien d’anormal à ce que nous en fassions de même".

En visite à Paris mercredi, le ministre ukrainien des affaires étrangères, Kostiantine Grichtchenko, a en effet joué cette carte pour esquiver les accusations de procès politique.

Sur le plan des principes, il y a des similitudes. Il ne doit pas y avoir d'immunité, il faut assumer ses responsabilités,

assure le ministre – dont les propos sont rapportés par Le Monde – faisant référence à l'ancien Président français, mais également aux anciens premiers ministres croate et islandais: Ivo Sanader a été inculpé, fin août, pour corruption ; Geir Haarde est poursuivi pour sa responsabilité dans le crash financier de son pays.

Manoeuvre politique

Les similitudes entre le procès de Jacques Chirac et celui de l'opposante ukrainiène ne sont pourtant vraiment pas frappantes! Tout d’abord, Ioulia Timochenko, adversaire politique du président pro-russe Victor Ianoukovitch, loge en prison le temps de son procès. Des égards dont Jacques Chirac ne bénéficie pas, lui qui a pourtant l’habitude d'occuper des logements mis à sa disposition.

Ensuite, les poursuites portées à l’encontre de la dame à la natte font l’objet de critiques de la part de la communauté internationale. Timochenko est accusée d’abus de pouvoir lors de la signature d’un contrat gazier en 2009 avec la Russie, un contrat en défaveur de Kiev. Préjudice estimé par les adversaires de l'ancien Premier ministre: 200 millions d’euros. De nombreuses voix s’élèvent pour crier à la manœuvre politique destinée à évincer l’ex-Premier ministre avant les élections législatives de 2012.

Alain Juppé, star en Ukraine

Alain Juppé, plus diplomatiquement, a qualifié ces poursuites d’"infondées" lors du sommet des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, le 3 septembre dernier en Pologne. Une position qui fait consensus en Europe, au point que l'UE menace de suspendre les négociations au sujet des accords commerciaux avec Kiev. Ce qui ne fait pas précisément rire côté ukrainien.

Les critiques d’Alain Juppé ont fait réagir. Un membre du parti du président Ianoukovitch a rétorqué dans la presse que les déboires de Juppé avec le procès des emplois fictifs et l’actuel procès visant Jacques Chirac ne pouvaient faire de lui un donneur de leçons,

note Natalia, soucieuse de prendre ses distances avec cette instrumentalisation de la politique française.

Deux grands malades

Jacques Chirac ne s'est approché d’un palais de justice qu'une vingtaine d'années après les faits lui étant reprochés. Qu'importe, vu d’Ukraine, la France reste un modèle de démocratie. La classe politique au pouvoir tâche de capitaliser auprès de son opinion publique sur ce procès, afin de ne pas rendre impopulaire l’autre procès, celui d’une femme pesant 45% des électeurs.

Ioulia Timochenko, de par son comportement, a pu néanmoins se décrédibiliser d’elle-même. Courant août, afin de se dérober aux juges, elle argue d’une "mystérieuse maladie" la rendant incapable de se défendre. Tiens, tiens… Maladie, qui, après examens médicaux "indépendants", se révéla inexistante. Volte-face, elle décide alors d’invoquer la "torture" qu’elle aurait subie dans sa prison de Kiev. Les preuves n’en ont toujours pas été apportées.

"Un reportage sans Chirac, ce n'est pas pareil"

Malgré ses différentes tentatives de diversion, son sens de l’esclandre et de la théâtralité, malgré le fait que les poursuites engagées puissent relever de la manipulation, Ioulia Timochenko fait aujourd’hui face à ses juges. Ce que ne fait pas Jacques Chirac, que des examens médicaux "indépendants" reconnaissent comme malade. A se demander s’il y a une leçon de démocratie à tirer de l’une ou l’autre situation.

Sur les marches du Palais de Justice, d'autres correspondants de la presse étrangère s’attristent pour des raisons nettement plus terre-à-terre, à l'image de cette journaliste de la télévision publique allemande ARD :

On nous a dit de rentrer dès aujourd’hui à Berlin. La télévision ce sont des images et un reportage sans Jacques Chirac, cela n’est pas pareil.

Un procès non plus.


Article actualisé le 8 septembre 2011 avec les délcaration du ministre ukrainien des Affaires étrangères.





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