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Bolkestein : « l’Occident est un danger pour l’Islam! »

jeudi, 8 septembre, 2011 - 12:55

Frits Bolkenstein, qui dénonçait hier le péril migratoire - sauf les plombiers polonais -  tire aujourd'hui un bilan positif de l’immigration. Sans renier son rejet de l'Islam, jugé inconciliable avec les valeurs démocratiques, printemps arabe ou pas. Le vieux renard désavoue néanmoins son "apprenti sorcier", le populiste Geert Wilders.

Frits Bolkestein est surtout connu hors de son pays pour sa fameuse directive 2006/123/CE sur la libéralisation des services. Directive qui permet notamment à une entreprise d’engager du personnel d’un autre pays de l'Union européenne et de le rémunérer sous les conditions de son pays d’origine. C’est ainsi qu’est né le mythe du "plombier polonais". 

Mais aux Pays-Bas, Frits Bolkestein est surtout l’ancien leader du parti libéral néerlandais, le VVD, parti actuellement au pouvoir dans une coalition minoritaire de droite. Et sa pensée droitière autant que sa très forte personnalité continuent de peser lourdement sur la vie intellectuelle et politique de la droite néerlandaise.

Obsession anti-turque

Frits Bolkestein, c’est aussi l’idole de Geert Wilders. Ce dernier a été l’assistant parlementaire du leader libéral de 1990 à 1998. Il est resté membre du Parlement sous la bannière du VVD jusqu’à la fin 2004.

A cette date, Bolkestein a quitté les Pays-Bas pour devenir le plus détesté des Commissaires européens au Marché intérieur. Et Wilders ne supporte pas son remplaçant, Henri Frans Dijkstal, dit Hans Dijkstal. Autant Bolkestein est grande-gueule, fonceur et libéral pur jus, autant Dijkstal est discret, prudent et penche plutôt vers le centre droit.

Mais ce qui divise surtout Dijkstal et Wilders, c’est l’islam et, pire que tout, l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Alors que Wilders et Bolkestein s’y opposent de toutes leurs forces, Dijkstal y est plutôt favorable.

Au terme d’un drame interne qui laissera de douloureuses blessures au sein du parti, Wilders claque la porte et fonde son mouvement, la fondation Groupe Wilders, qui deviendra ensuite le PVV, le Parti de la Liberté.

Wilders apprenti sorcier de Bolkestein

L'influence de Bolkestein sur Wilders est telle que les commentateurs politiques néerlandais qualifient souvent Wilders "d'apprenti sorcier de Bolkestein", au grand agacement de ce dernier.

Influence sur la pensée économique d’abord: Frits Bolkestein, comme Geert Wilders, est un libéral extrême. On connait la rengaine: trop d’Etat, trop de fonctionnaires, le marché doit être libre de toute entrave, il faut supprimer les aides sociales et encourager l’entreprise… La directive qui porte son nom ne laisse d’ailleurs aucun doute sur la nature de sa pensée.

Lorsqu’il fonde son propre mouvement, puis son parti, Wilders marche dans les pas de Bolkestein: il prône exactement les mêmes idées libérales. On pourrait presque parler de copier-coller. Ce n’est que tardivement, sous l’influence de son amie Pia Kjaersgaard, leader populiste du Parti du Peuple Danois, qu’il va adoucir sa pensée économique pour flirter avec un électorat plus populaire. Notamment, celui du Parti travailliste, le PvdA, qui partage bon nombre de ses préoccupations en matière d’immigration, d’insécurité ou de rejet de l’idée européenne…

Rejet d'une société multiculturelle

Mais l’influence la plus décisive, la plus durable sur la pensée de Geert Wilders, c’est le point de vue de Frits Bolkestein sur l’immigration. Au début des années 90, lors d'une conférence en Suisse, à Lucerne, il a été le premier homme politique néerlandais à remettre en cause la politique d’intégration des Pays-Bas, la société multiculturelle et à présenter l’immigration comme source de tous les maux de la société néerlandaise.

Une influence qui allait rencontrer une oreille particulièrement attentive: celle du jeune Wilders qui, revenu d’un voyage en Israël et au Moyen-Orient, mûrissait déjà son aversion pour l’islam. On sait le profit qu’il en a tiré depuis…

"Le Bon Étranger"

Ce 6 septembre 2011, soit vingt ans après, Frits Bolkestein repart à l'offensive, cette fois lors d'une conférence sur la politique d’immigration aux Pays-Bas à Amsterdam. Mais le titre de cet exposé, "Le Bon Étranger", bien que dégoulinant d’un paternalisme hors de saison, laisse présager un changement de ton.

Et "changement de ton" en l'occurrence est une expression trop faible: "révolution culturelle" serait plus appropriée…

Bolkestein commence par mentionner les progrès scolaires des "allochtonen" – le nom donné aux étrangers, qu’ils soient nés aux Pays-Bas ou non.

Dans l’enseignement, les étrangers sont toujours en retard derrière les nationaux, mais la différence diminue,

entonne-t-il.

Il y a de plus en plus de migrants dans l’enseignement supérieur. De plus en plus de migrants non occidentaux parlent néerlandais. De moins en moins de migrants vont chercher un conjoint ou un partenaire dans le pays d’origine. De plus en plus de migrants font partie la classe moyenne.

Natalité

"Depuis quelques années, la famille turque moyenne est plus petite que la famille autochtone", continue l’orateur, citant au passage le sociologue Herman Vuijsje, spécialiste des changements socio-culturels aux Pays-Bas depuis la Deuxième Guerre mondiale. Et aussi l’auteur d’un livre* très remarqué sur le glissement de la pensée politique de la gauche vers la droite, quand ce n'est pas l’extrême-droite.

Bolkestein poursuit dans le même registre:

Les femmes turques et marocaines possédant une éducation supérieure n’ont plus en moyenne qu’un seul enfant, bien moins que la femme néerlandaise qui a 1,8 enfant en moyenne.

Bolkestein a-t-il lu Emmanuel Todd et Youcef Courbage qui, dans leur livre "Le rendez-vous des civilisations"annonçaient déjà en 2007 que l’éducation des femmes engendrait un abaissement de la natalité. Et que ce passage à la modernité aurait un effet bien plus profond et durable sur les sociétés musulmanes que n’importe quelle "guerre contre la terreur". Le "choc des civilisations" si cher à Samuel Huntington n’aura dont pas lieu…

L’Occident, un danger pour l’islam

Bolkestein décoche ensuite une terrible flèche à son ancien poulain:

C’est un développement remarquable qui infirme totalement le 'tsunami' de Geert Wilders".

Ce n’est pas la première fois que Frits Bolkestein se démarque de son ancien assistant. Dans une interview accordée à la télévision néerlandaise à la fin de 2010, il s’était déjà éloigné de Wilders en dénonçant sa radicalisation et son isolement croissant.

Le meilleur est à venir: l’islam ne constitue donc pas un danger pour l’Occident. Déjà, on croit avoir mal entendu. Mais le vieux renard finit par une volte-face qui confirme son allergie persistante à l'Islam.

Au contraire, c'est l'Occident qui constitue un danger pour l'islam avec ses idées sur la démocratie, l'individualisme et le pluralisme.

"Coexistence pacifique"

Qu'importe l'éclosion de mouvements pacifiques et démocratiques du "printemps arabe", qu'importe la conversion démocratique du parti islamiste au pouvoir à Ankara, pour Bolkestein l'Islam va de pair avec la dictature et reste toujours incompatible avec la démocratie.

Et Bolkestein continue, imperturbable. Il faut continuer à promouvoir les valeurs de l’Occident, et surtout "la loi, mère de toutes nos libertés". Mais, bien entendu, "sans relativisme culturel furtif". L’islam n’est plus l’ennemi à abattre, mais nous avons toujours la meilleure civilisation du monde et la plus avancée! 

Et Bolkenstein de conclure que la "coexistence pacifique est à présent hautement atteignable"

Calculs politiques

Par contre, Bolkenstein se démarque absolument de son collègue libéral Mark Rutte, actuel Premier ministre, qui a conclu un accord de gouvernement minoritaire avec le Parti de la Liberté de Geert Wilders. Accord copié sur le modèle danois qui lie une coalition de droite minoritaire avec le parti populiste de Pia Kjaersgaard.

Et au sein de la famille libérale néerlandaise, cet accord ne fait plus vraiment l’unanimité. Pas plus, d’ailleurs, que la politique de Mark Rutte, jugée trop centriste. Les libéraux lui reprochent en vrac de continuer à financer les éoliennes, de ne pas supprimer certaines aides sociales cette année, de ne pas en faire assez pour les entreprises, d’avoir cédé aux sirènes européennes qui poussent à aider la Grèce, etc.

En prononçant une conférence aux antipodes de celle d’il y a vingt ans, Frits Bolkestein envoie un signal fort aux électeurs libéraux : la fraction du parti qu’il représente est celle des vrais libéraux. Et pas des centristes de Mark Rutte. Ou des islamophobes de Wilders.



*Correct, weldenkend Nederland sinds de jaren zestig [Correct, la bien-pensance néerlandaise depuis les années soixante].




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