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Crise: La France va avoir du mal à « s’en tirer »

jeudi, 8 septembre, 2011 - 16:51

Les nouvelles économiques sont décidément déprimantes. L'OCDE et la BCE révisent en baisse leurs hypothèses de croissance. Patrick Artus, principal economiste de Natixis, estime pour sa part que la France, l'Italie et l'Espagne auront bien du mal à se sortir de la crise. 

Sale temps pour l'économie mondiale ! Tandis que les bourses européennes ne cessent de déprimer à cause des inquiétudes de plus en plus fortes à propos de la Grèce, voilà que se confirme ce que l'on pressentait depuis le début de l'été: la reprise observée en 2010 est en train de tourner court.

Aujourd'hui à Francfort, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a annoncé une révision en nette baisse des perspectives de croissance pour la zone euro. L'institut d'émission table désormais sur une hausse du PIB de la zone limité à 1,6% en 2011 (contre 1,9% précédemment) et à seulement 1,3% pour 2012 (on espérait jusque-là 1,7%).

Coup de déprime

Peu avant, c'est l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) qui annonçait la quasi-disparition de la croissance dans les pays les plus industrialisés du G7. En rythme annualisé, l'expansion ne devrait pas y dépasser 1,6% au troisième trimestre et pratiquement disparaître à 0,2% au quatrième.

Dans ce contexte de marasme conjoncturel, certains pays ont des atouts pour s'en sortir à terme. D'autres non. C'est ce qu'analyse Patrick Artus, patron de la recherche économique de Natixis, dans le dernier "flash" de la banque.

Pour tous les pays développés, le contexte actuel ne permet pas de stimuler la demande aux moyens des outils qui avaient été utilisés à la fin des années 90. Ainsi, souligne Patrick Artus, on ne peut rien attendre des gouvernements qui n'ont plus les moyens de stimuler l'activité car, poussés par les marchés, ils se focalisent sur la réduction des déficits publics.

Pas grand chose à attendre non plus des entreprises qui donnent la priorité au désendettement. Quant aux ménages, qui ont longtemps compensé la faible hausse ou la stagnation de leur pouvoir d'achat en s'endettant, ils se heurtent à la frilosité des banques et au renchérissement des coûts de financement. Sans parler de leur crainte de plus en plus marquée à propos du financement de leur retraite.

Les trois planches de salut

Dans ces conditions, affirme l'économiste de Natixis, seuls trois facteurs permettront à terme de desserrer l'étau de la crise: la progression des salaires réels; la hausse de l'investissement des entreprises; l'exportation vers les pays à croissance rapide.

Seules les entreprises dont le taux de profit est élevé et orienté à la hausse sont en capacité d'accroître les salaires réels. C'est le cas en Allemagne, en Suède, au Canada, au Japon. Mais absolument pas dans des pays comme la France ou l'Italie.

De même un taux d'autofinancement important des entreprises permet-il de maintenir ou d'accroître l'investissement. Aux Etats-Unis, au Canada, en Allemagne, aux Pays-Bas, ce taux dépasse les 100% alors qu'il évolue depuis plusieurs années entre 60 et 75% en France et en Italie. En Espagne, il est remonté depuis trois ans mais, dans ce pays, la demande intérieure fait cruellement défaut.

Enfin, les capacités à exporter vers les zones à forte croissance suppose un taux de change effectif réel – c'est à dire corrigé des coûts de production – compétitif. C'est le cas de l'Allemagne, de la Suède ou des Etats-Unis. La France se situe à un niveau relativement favorable, mais pas du tout l'Italie ou l'Espagne.

Et lorsque l'on regarde la part des exportations vers les pays émergents, force est de constater que l'Allemagne, les Pays-Bas et le Japon sont bien placés alors que la France, l'Italie et l'Espagne sont à la traine.

Conclusion cinglante de l'étude Natixis: Au palmarès des pays les moins bien armés pour "s'en tirer", on trouve dans l'ordre: l'Italie, la France, l'Espagne et le Royaume-Uni. L'Allemagne, elle, caracole en tête des mieux pourvus.




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