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Un centre commercial, à défaut de politique de la ville, à Londres

mercredi, 14 septembre, 2011 - 12:53

Des milliers de personnes se sont précipitées, dès son ouverture mardi, dans les allées du Westfield Stratford City, à Londres, le nouveau plus grand centre commercial urbain d’Europe. Un "mall" intégré au projet de régénération de l’est de la capitale britannique. "Plus loin, plus haut, plus fort" que le village olympique situé à proximité.

Cris de joie, frottements d’épaules et coups de poussette dans les tibias: il est 10h10, le centre commercial Westfield Stratford City, dans l’Est de Londres, a ouvert ses portes depuis dix minutes à peine, et déjà il est impossible d’avancer normalement dans ses allées. Pas à pas, chacun tente de se faufiler le long de la principale artère, à la recherche de son enseigne favorite. Et le choix est immense au sein du nouveau plus grand centre commercial urbain d’Europe, aux mensurations astronomiques: sur 177 000 m² s’étalent 250 magasins, 70 restaurants, ainsi que trois hôtels.

J’attendais depuis neuf heures devant le magasin, une heure avant son ouverture,"

explique Stacey, 16 ans, un sac de produits de beauté à la main.

Je savais grâce aux publicités que la marque offrait du rimmel aux premières acheteuses donc nous sommes venues à plusieurs."

Derrière elle, une mère de famille pousse un cri et montre du doigt une enseigne à sa fille, haute comme trois pommes:

Regarde, tu vas pouvoir manger tes doughnuts préférés sans aller dans le centre de Londres !"

La poussette s’engouffre dans ce théâtre des rêves. Elle n’est pas la seule: une file de plusieurs autres s’est déjà formée à l’intérieur du magasin, tandis que des enfants collent leur visage à la vitrine.

2 milliards d'euros investis

Face à une telle cohue, difficile de croire que la consommation ralentit constamment depuis le début de l’année au Royaume-Uni. Elle a même connu un recul de 1,9% au mois d'avril dernier, du jamais-vu depuis 1995 [première année pour laquelle les chiffres sont disponibles]. Seul le mois de juillet, en raison des fortes promotions opérées par les groupes, a été épargné.

Pourtant, les différentes marques présentes, ainsi que les propriétaires du centre lui-même (50% au groupe Westfield, 25% au fonds hollandais APG et 25% pour le Bureau d’investissement du plan de retraite du Canada) n’ont certainement pas investi 1,8 milliard de livres sterling (2 milliards d’euros) sans y avoir sérieusement réfléchi.

Depuis son ouverture il y a trois ans, le centre commercial Westfield London, à l’ouest de la ville, fonctionne très bien. Il devrait bientôt réaliser 1 milliard de livres sterling de ventes annuelles,"

explique Steven Lowy, le co-directeur général du groupe Westfield.

Avec ce deuxième centre, nous devrions réaliserons rapidement réaliser des ventes de 2 milliards de livres. Nous espérons attirer 50 millions de personnes et nous créerons 25 000 emplois permanents dans la ville."

Un plus grand impact que les JO

Cette ouverture assombrit néanmoins l’avenir des commerces locaux, qui n’ont pas les moyens de payer le loyer demandé par Westflied Stratford City. Le groupe HMV, spécialisé dans la vente de musique et de films, a ainsi décidé d’ouvrir un magasin dans le centre commercial et de fermer celui situé à proximité. Une décision qu’a expliqué la semaine dernière Simon Fox, patron d’HMV:

Le fort développement de centres commerciaux affecte directement les ventes de nos magasins traditionnels."

Pourtant, comme les Jeux Olympiques de 2012, le centre commercial doit en principe servir de moteur à la régénération de l’Est de Londres. Certaines rues de Stratford sont ainsi pour le moins lugubres et peu avenantes. La création de cette gigantesque Mecque de la dépense doit apporter de la richesse à un quartier qui profite jusqu’à maintenant peu de la croissance économique de Londres, l’un des principaux centres financiers mondiaux.

A défaut de développement, le centre contribue à l’emploi. Au moins 2 000 des 10 000 emplois permanents créés ont été attribués à des chômeurs locaux. Et sans doute apportera-t-il aussi aux habitants du quartier un sentiment d’appartenance au monde de la consommation. C’est ce que croit Brian, capuche sur la tête :

Il n’y a pas beaucoup de magasins de grandes marques dans l’est de Londres, nous étions obligés de partir à l’ouest pour les trouver. Maintenant, c’est fini, nous aurons tout à proximité. Et le tout dans un centre commercial géant, comme il en existe peu dans le pays."

Stratford, quartier délaissé

Westfield Stratford City influera sans doute plus sur l’évolution du quartier que ne pourra le faire le village olympique, érigé à proximité. Ce dernier a en effet été vendu en août au fonds d’investissement Qatari Diar et au développeur privé Delancey, pour la somme de 557 millions de livres, alors que le manque de logement à loyer modéré représente l’une des principales tares de la capitale.

Une reculade qui s’ajoute aux récentes coupes budgétaires qui ont eu pour conséquence le retrait de nombreux programmes destinés à favoriser la pratique du sport des jeunes du quartier.

Des critiques que tout le monde n’est pas prêt à entendre. A la question posée courant juillet par un journaliste qui doutait de l’apport réel des Jeux Olympiques sur la régénération de l’Est de Londres, le président du comité d’organisation, Sebastian Coe, a répondu d’un lapidaire et agressif: "Non, vous avez tort." Un ton qui, en accord avec les dernières décisions prises, laisse à penser que la réponse n’est pas aussi évidente.




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