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La Lituanie prend la balle au bond pour se faire un nom

jeudi, 15 septembre, 2011 - 12:25

La Lituanie accueille avec une ferveur incroyable l'Euro de basket, un sport qui lui a permis de se faire une place sur la scène internationale. Même si elle a été éliminée en quart de finale, son équipe reste l'une des meilleures d'Europe. 21 ans après l'indépendance, sport et fierté nationale continuent d'entretenir des liens étroits.

Jusqu'au 19 septembre, la Lituanie accueille l'Eurobasket 2011. Dans ce pays de 3,4 millions d'habitants, le basket est roi. Afin de prouver à l'Europe que ce n'est pas de la rigolade, les Lituaniens ont battu avant le début de la compétition un record du monde, certes inutile mais homologué par le Guiness Book: ils étaient plus de 55 000 adeptes, répartis dans six villes de Lituanie, à dribbler en même temps pendant cinq minutes. Puisqu'on vous dit qu'ils sont fous de basket !

Les basketteurs Français ont d'ailleurs pu s'en rendre compte. Les Bleus ont gagné vendredi dernier à Vilnius contre les hôtes de la compétition (73-67), dans une ambiance surchauffée: le bruit dans le stade a atteint les 110 décibels ! Vincent Collet, l'entraîneur de l'équipe de France, interrogé par Sports.fr est envieux:

L'hiver, tu ne peux pas jouer au foot pendant quatre mois ici et les sports en plein air sont condamnés. Le premier sport de salle, c'est le basket. Et c'est devenu une institution.

L'hiver est rigoureux, c'est un fait. Mais est-ce bien la seule raison d'une telle passion ? Petit retour en arrière.

Trop nationalistes pour l'URSS

Le basket en Lituanie est le fruit d'une longue tradition et peut se lire à la lumière de l'histoire récente du pays. En 1937 et 1939 [date à laquelle elle a accueilli le championnat d'Europe pour la dernière fois], la Lituanie – indépendante depuis 1918 – gagne deux Euros successifs. C'est le début d'une passion sans commune mesure. A la fin des années 1930, la Lituanie, comme ses voisins Lettons et Estoniens, se trouve pourtant dans une situation géopolitique inconfortable, coincée entre les ogres allemand et soviétique.

Le basket lituanien, comme l'Etat, se fait engloutir pendant la Seconde Guerre mondiale, victime du pacte germano-soviétique. Puis, jusqu'en 1990, la Lituanie devient une République satellite de l'URSS. La domination soviétique est loin d'être pacifique: des dizaines de milliers de dissidents lituaniens sont déportés en Sibérie.

Dans sa politique de propagande, l'URSS attache de l'importance aux sports collectifs. A chaque compétition internationale, gagner devient un enjeu. Mais la fédération ne sélectionne pas les Lituaniens, pourtant excellents, car ceux-ci sont jugés trop nationalistes. Fin 1980, le contexte change, Gorbatchev arrive, le régime s'adoucit un peu.

Les JO de 88, un succès… lituanien

Aux Jeux Olympiques de 1988, le joug de la domination soviétique commence à s'effriter. Cette année là se forme le mouvement nationaliste Sajudis (le "mouvement"), qui devient très vite populaire et se radicalise. C'est donc dans un contexte de revendication d'indépendance, qui se manifeste plus ou moins dans tous les pays du bloc soviétique, que l'équipe d'URSS se présente aux JO à Séoul.

Dans le cinq majeur, on trouve Arvydas Sabonis, Valdemaras Chomicius, Sarunas Marciulonis, ou encore Rimas Kiurtonis, quatre lituaniens. L'URSS remporte l'épreuve. En pleine "révolution chantante" [de 1987 à 1990], les Lituaniens s'approprient ce succès avec fierté, en précisant avec un brin de malice et de provocation que c'est la Lituanie le vainqueur, pas la Russie.

Grâce au basket, on connaît un peu la Lituanie

En 1992, c'est une Lituanie indépendante qui vient défier les plus grandes nations de basket aux JO de Barcelone. Le pays accède en demi-finale avant de perdre contre l'intouchable dream team des États-Unis, composée entre-autres de Michael Jordan et de Magic Jonhson. Mais les Lituaniens décrochent finalement la médaille de bronze et leur talent éclate aux yeux du monde entier.

Pour les citoyens, la joie est immense: c'est la première fois que le monde parle de la Lituanie. Dans une période de capitalisme sauvage, de chômage aigu, où tout change à une vitesse démesurée, ce succès de l'équipe nationale les rend fiers. Plus que les frimas d'un hivers frisquet, les liens étroits entre sport et nationalisme contribuent à la ferveur. 

Aujourd'hui, la situation géopolitique de la Lituanie est moins tendue, mais le sentiment national demeure fort. Indépendant depuis 21 ans, le pays fait désormais partie, depuis 2004, de l'Union Européenne et de l'OTAN. La dimension politique d'un match s'est estompée, pas la passion des Lituaniens pour le basket.

Vainqueurs du championnat d'Europe en 2003, 3èmes des championnats du monde en 2010, les basketteurs lituaniens ont une sérieuse carte de visite. Et faisaient partie des favoris de leur euro. Avant de chuter en quart de finale, à la surprise générale, face aux Macédoniens. La Lituanie rêvait d'une revanche en demi-finale contre l'Espagne. Mais, dure réalité,  elle devra se contenter d'un match de classement contre la Slovénie, déjà décisif dans la perspective d'une qualification aux JO de Londres. Depuis l'Allemagne, en 1993, plus aucun pays organisateur n'a réussi à remporter "son" tournoi.




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