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A Madrid, la sécu présente la note sans encaisser

vendredi, 16 septembre, 2011 - 12:21

La région de Madrid veut mettre fin au mythe de la santé gratuite en remettant aux usagers des services de santé publique une facture fictive. Objectif: leur faire prendre conscience de leur coût pour la collectivité au moment où la dette cumulée des 17 régions autonomes atteint un record historique. Pédagogie ou culpabilisation?

"Ça fera 792 euros et 33 centimes, s’il-vous-plaît". Cette phrase, jamais un patient opéré des amygdales à Madrid ne l'a entendue. La santé publique est en effet gratuite pour tous en Espagne et les frais ne sont pas avancés par les patients. Toutefois, l’usager sera désormais informé du coût pour la collectivité des prestations dont il a bénéficié, grâce au système de la "factura en sombra" [que l'on peut traduire par "facture pro forma].

"Il s’agit d’un exercice de pédagogie", estime la ministre de la Santé Leire Pajín qui rappelle qu’en aucun cas les patients ne seront amenés à verser la somme indiquée sur la facture. L'objectif affiché est de faire prendre conscience aux usagers de l’importance d’un "usage rationnel des ressources sanitaires".

Des régions à la merci des agences de notation

L’idée a surgi en mars 2010 dans le cadre d’un Conseil Interterritorial du Système National de Santé entre le Gouvernement central et les communautés autonomes. Depuis, plusieurs régions, comme l’Andalousie ou la Galice, l’ont mise en application. A partir de mars 2012, la région de Madrid compte du reste envoyer un courrier à tous les usagers ayant consulté un médecin plus de cinq fois dans l’année [la moyenne dans l’Union européenne, selon les autorités madrilènes] ou s’étant rendus aux urgences. De quoi faire culpabiliser…

Le généreux système espagnol a en effet montré ses limites alors que la crise économique frappe le pays depuis trois ans. Géré par les régions, il s’est révélé très coûteux pour ces collectivités en mal de recettes et déjà dans le colimateur des agences de notation. Fitch a d’ailleurs abaissé mercredi 14 septembre la note de cinq régions pour cause de la détérioration de leurs comptes. Au deuxième trimestre 2011, la dette cumulée des 17 régions autonomes atteignait plus de 133 milliards d'euros, soit 12,4 % du PIB du pays (contre 10,2 % un an plus tôt), un record historique selon les chiffres de la Banque d'Espagne.

35% des dépenses publiques

Pressées par l’Etat central et les marchés de réduire leur déficit et de retrouver l’équilibre, les régions vont devoir faire preuve d’ingéniosité pour réduire le poids de des dépenses de santé qui représentent en moyenne 35% des dépenses publiques régionales. D'autant que le débat sur une éventuelle participation financière des patients reste toutefois tabou au sein de la classe politique, de nombreux Espagnols considérant que leurs impôts servent justement à financer la sécurité sociale.

Pour l’instant, à Madrid, la facture n’est présentée qu’aux patients du département ophtalmologique de l’hôpital La Paz. Cette pratique sera progressivement étendue aux autres services de l’établissement puis aux autres hôpitaux de la capitale et de la région, d’ici la fin du premier semestre 2012




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