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La victoire de la gauche danoise fait rêver… les Néerlandais

vendredi, 16 septembre, 2011 - 16:41

La victoire du centre -gauche au Danemark fait fantasmer la gauche aux Pays-Bas. Un pays qui a élu, il y a un an, une coalition ressemblant comme une soeur à celle qui gouvernait le Danemark depuis dix ans. Mais la coalition néerlandaise n'est pas encore condamnée. 

Phénomène peu banal: les Néerlandais se sont presque plus passionnés pour les élections danoises que… les Danois eux-mêmes ! Et la victoire au Royaume d'Hamlet de la coalition de centre-gauche emmenée par la belle Helle Thorning-Schmidt fait rêver la gauche au pays des tulipes.

C'est que, depuis dix ans le Danemark était dirigé par un gouvernement de centre-droit minoritaire, soutenu par le Parti du Peuple Danois. Cette formule – appelée “soutien sans participation” associe une coalition minoritaire et un parti qui ne souhaite pas entrer dans le gouvernement mais le soutient dans sa politique économique et sociale en échange de certaines concessions, comme une politique d’immigration plus “musclée”, par exemple. Cette formule est plutôt rare dans les pays européens et même impossible dans des pays comme la France ou la Belgique, qui exigent qu’un gouvernement ou une coalition gouvernementale disposent de la majorité pour accéder aux affaires.

Le copier-coller néerlandais

Or, cette formule de gouvernement minoritaire est justement celle qui a été mise en place il y a 11 mois aux Pays-Bas. Le gouvernement du libéral Mark Rutte associe en effet des libéraux du VVD et des chrétiens du CDA qui ne comptabilisent au parlement – Tweede Kamer – que 52 sièges sur 150. Ils sont donc associés au PVV, Parti de la Liberté, populiste de droite, de Geert Wilders qui dispose, quant à lui, de 24 sièges. Suffisant pour une courte majorité.

Comme le Parti du Peuple Danois (PPD), le PVV se prononce pour l’arrêt total de l’immigration, pour l’interdiction du coran et l’imposition d’une taxe sur le voile islamique, sur moins d’état et plus de contrôle aux frontières, pour le rétablissement de la souveraineté néerlandaise et la sortie de l’euro et de l’Union européenne. La crise grecque a d’ailleurs assuré un surcroît de popularité aux thèses anti-européennes aux Pays-Bas.

Un copier-coller ? Sans aucun doute. Geert Wilders est personnellement très proche de Pia Kjaersgaard, leader du PPD. Ils ont des contacts fréquents et Wilders revient souvent du Danemark des idées pleins ses valises. Sous l’influence de Pia Kjaersgaard, Geert Wilders a, au fil des ans, adouci ses idées ultralibérales d'origine. Il se fait à présent le défenseur de “Henk et Ingrid”, personnages-clés de sa symbolique populiste. Néerlandais moyens aux revenus faibles et menacés par la dette européenne. Mis en danger par le tsunami islamique et la criminalité. Il veut donc préserver leur modèle social et leur porte-monnaie (“portemonnee”, en néerlandais). 

La coalition néerlandaise est-elle condamnée ?

Pour autant, malgré l'échec de son modèle danois, la formule néerlandaise est-elle condamnée ? Après un an de pouvoir, elle est en tout cas fort critiquée.

Le magazine de droite "Elsevier" montre le gouvernement Rutte embarqué sur un navire et virant à babord toute. Le titre de la couverture ne laisse aucun doute : “Rutte choisit la direction à gauche”. Pour le magazine, le gouvernement minoritaire essaie de se concilier une majorité d’amis en-dehors de la coalition : dans l’opposition, à l’étranger et dans les institutions européennes. Les hésitations de Mark Rutte à imposer des coupures plus nettes encore dans les prestations sociales, son refus d’annuler tout subside aux éoliennes l’exposent à de cinglantes critiques sur son flanc droit.

"De Groene Asmterdammer", hebdomadaire de centre gauche, titre lui: “gouverner en temps de crise” sur une illustration montrant Mark Rutte à la barre d’un navire invisible entouré du chrétien Maxime Verhagen indiquant la droite et du populiste Geert Wilders désignant la gauche. Dans un pays plus bas que la mer et où la question de l’eau est une question vitale, difficile d’échapper à la métaphore maritime… Pour les partis de gauche et les syndicats – qui viennent de refuser l’accord sur les pensions proposés par le gouvernement – Mark Rutte est clairement un homme de droite.

Quant au PVV de Geert Wilders, les derniers sondages montrent un léger tassement de sa popularité, mais rien de vraiment inquiétant. Par contre, les chauffeurs de bus de La Haye ne pardonnent pas au PVV, le deuxième parti de la capitale administrative, de les avoir “trahis”. Le parti populiste leur avait promis de ne jamais céder le joyau des transports néerlandais à l’étranger. Or, un marché public européen a été lancé pour refinancer l’infrastructure. Un marché qui pourrait bien être remporté par un transporteur allemand ou français. Comme le confie un chauffeur de tram au journaliste de Groene Amsterdammer :

Une fois qu’il s’est assis dans la peluche (symbole des fauteuils du pouvoir, NDLR) le PVV ne se soucie plus de ce qu’il a promis aux électeurs.

Le pouvoir use, c'est bien connu. Mais, un an seulement après des élections qui l’ont mise en place, la coalition n’a pas encore fait assez de déçus pour s’effondrer et céder la place au centre-gauche comme au Danemark. Les Pays-Bas ont à peine entamé leur virage à droite et il leur faudra sans doute encore un peu de temps pour s’en lasser vraiment. Les Danois ont quand même mis dix ans…




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