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Madère, paradis et enfer pour la dette du Portugal

lundi, 19 septembre, 2011 - 16:24

Lisbonne vient de découvrir un déficit de 1,7 milliard d’euros dans les comptes de l’archipel de Madère qui plombent  son déficit. Le paradis touristique devient enfer pour le Portugal qui n'avait vraiment pas besoin de ça.

Au Portugal on aime se gausser de Madère, de son accent et des manières frustes de ses montagnards. Madère c’est une République bananière, ironise-t-on ! Car, c'est vrai, des bananes, elle en cultive et en vend sur le marché européen, étant rattachée à l'Union européenne par son statut de région autonome du Portugal. Mais derrière la moquerie facile des "cubains" – c’est ainsi que les gens de Madère appellent les continentaux ! – se cache une vraie irritation provoquée par l’irrévérencieux, truculent et populiste Alberto Joao Jardim.

L’homme qui n’hésite pas à porter avec délectation les vêtements du grand mamamouchi pour le carnaval de l’île, règne en maître sur l’archipel depuis 1978. En trente ans, rien ni personne n’a pu faire vaciller l’incroyable Monsieur Jardim.

"Surprise très désagréable"

Cette fois son "oubli" de déclarer des dettes de l’ordre de 1,7 milliard d’euros cumulées depuis trois ans provoque une colère difficilement contenue. Le "trou" plombe de 0,4 % le déficit du Portugal, le portant à 9,6 %.

Le gouvernement portugais a promis de le ramener à 5,9% cette année : une tâche qui s’annonce désormais encore plus difficile, alors que Lisbonne est sous perfusion de l’aide européenne et du FMI. Bruxelles a d’ailleurs réagi immédiatement. Cette omission de la dette de l’archipel est "une surprise très désagréable" pour Olli Rehn, le commissaire européen chargé des affaires économiques.

L’encombrant Monsieur Jardim

Alberto João Jardim est un cacique du Parti Social démocrate, dirigé le Premier ministre, Pedro Passos Coelho. Véritable baron de ce parti, le président du gouvernement régional de l’île s’est toujours comporté avec son parti comme il le fait pour les affaires : en indépendant. Le PSD a cependant refusé de retirer sa confiance politique à Alberto João Jardim. Mais l’embarras à Lisbonne est réel. Le chef du gouvernement a sévèrement égratigné le leader madérien, qualifiant le "trou" de la dette "d’irrégularité grave et incompréhensible". Le président de la République, lui-même influent membre du PSD, a convoqué le premier ministre pour parler du "cas" Madère.

À Lisbonne, les chroniqueurs rappellent que Madère c’est un fromage suisse, truffé de tunnels, pour permettre la construction de routes destinées au développement touristique. Madère c’est aussi un paradis fiscal et une zone franche, dont le budget est assuré par le gouvernement central.

Maître-chanteur

"Région ultrapériphérique" de l’Union européenne, elle a bénéficié largement des fonds européens pour son insularité et son éloignement géographique. Madère vit du tourisme, et connait grâce à ce secteur l’un des taux de chômage les moins importants d'Europe. Si l’opposition de gauche réclame des sanctions, la presse "cubaine" (continentale) vilipendée et muselée par Alberto João Jardim se déchaîne :

Jardim est un maître-chanteur politique pour les gouvernements de Lisbonne. Il a toujours réussi à tromper les ministres des Finances successifs qui le menaçaient de lui couper les vivres. Ce que beaucoup de Portugais prennent pour du folklore est en réalité une grande manœuvre de diversion pour obtenir le chèque habituel "

écrit Armando Esteves Pereira, directeur adjoint du journal "Correio da Manha". La comparaison avec la Grèce, c’est ce que tout un chacun tente d’éviter au Portugal.

La crise sera peut-être l’occasion d’un coup de balai que beaucoup d’opposants au système Jardim rêvent de voir donner sur la jolie petite île semi-tropicale. Des élections régionales sont prévues le 9 octobre. Même s’il ne tombe pas cette fois-là, pour la première fois depuis 30 ans, Jardim risque de vaciller.




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