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Société Générale: les vraies raisons du retrait de Siemens

mardi, 20 septembre, 2011 - 17:53

Le retrait par Siemens de 500 millions d’euros auprès de la Société générale, est révélateur d’une nouvelle tendance : face à la crise financière et l’assèchement du crédit, plusieurs entreprises allemandes ont trouvé la parade: fonder leur propre banque.

"On n’est jamais mieux servi que par soi-même", le célèbre adage semble désormais en passe de s’appliquer aux entreprises en Allemagne, alors que plusieurs d’entre décident de se passer des banques. Siemens en est la figure de proue: elle retire ses billes de ses différentes banques. La Société Générale en fait les frais aujourd’hui et est probablement en train de perdre un de ses plus importants clients.

Cependant, contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit, ce n’est pas les nouvelles difficultés rencontrées par la banque française qui a précipité une opération "Sauve qui peut" de la part de Siemens. Ce n’est pas non plus l’appât du gain et les taux avantageux dont Siemens peut désormais bénéficier en passant directement par la Banque Centrale Européenne (BCE) qui aura motivé le choix du conglomérat allemand.

"Les banques font semblant, mais ne prêtent plus"

S’il y a quelqu’un à blâmer dans cette histoire, qui suscite tant de commentaires en France, c’est bien les banques elles-mêmes. Et il fallait voir ce matin, sur BFM TV, le sourire vengeur de Laurent Vronski, PDG de l’industriel français Ervor, qui peste si souvent sur ces banques "qui font semblant mais ne prêtent plus".

Il y a un an, Siemens a donc trouvé la solution, créer sa banque perso. L'entreprise allemande obtenait sa licence "d’institut bancaire" et son directeur financier, Joe Kaeser, motivait ce choix par l’extrême incertitude régnant sur les marchés :

Il y a trois ans, jamais l’idée (de monter notre propre structure NDLR) ne nous serait venue à l’esprit" (Süddeutschen Zeitung du 28 juin 2010)

Siemens n'est pas seul outre-Rhin. D’autres grandes entreprises allemandes ont également fait ce choix, pourtant périlleux et coûteux. Les deux géants électriciens germains Eon et RWE, ainsi que les grands constructeurs automobiles allemands ont développé des services financiers (comme le crédit-bail), et créé des instituts bancaires.

"Gérer 9 milliards, c'est pas sorcier"

Siemens a pourtant cela de particulier qu’il ne cherche pas à offrir des services à ses clients, mais uniquement de sécuriser ses liquidités. A l’époque, Herr Kaeser, estimait que ce "n’était pas sorcier" de gérer les 9 milliards d’euros de liquidités dont disposait Siemens. Il assurait pourtant que le conglomérat "ne pourra pas se passer de ses banques pour les et opérations financières complexes". Aujourd’hui entre 4 et 6 milliards auraient déjà été transférés sur les comptes de la BCE.

Le cas Siemens peut-il se généraliser ? Évidemment, la taille critique pour une telle opération est cruciale et l’investissement minimum considérable. Ainsi le troisième assureur allemand, Talanx, n’a pas réussi à obtenir sa licence auprès de la BaFin (l’AMF allemand). Pour autant, il reste peut-être une alternative aux entreprises de taille plus petites : la coopérative…

Autre solution, les coopératives financières

En juin dernier, des fournisseurs sidérurgiques de la Ruhr ont lancé leur propre banque. Réunies au sein d’une coopérative locale, quelque 1400 entreprises du "Mittelstand" allemand ont uni leurs forces et démontré que le problème de la taille pouvait être surmonté. Le dispositif devrait être opérationnel en janvier prochain.

En France, la CFA –Corporate Funding Association- devait être lancée cette année. Imaginée par des anciens de la Dresdner Bank et de Natixis, des études de faisabilité d’un montant de 250 millions d’euros ont été cofinancées par 18 entreprises, dont huit françaises.

Si elle n’a pas encore vu le jour, la CFA Bank pourrait bien être la première coopérative de financement lancée depuis… 1917. A l’époque déjà, la Coopérative des Banques Populaires était née de l’initiative de sociétés de taille petite et moyenne auxquelles les grandes banques refusaient de prêter de l’argent…


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