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Le nid Douillet des sénateurs de l’étranger

mercredi, 21 septembre, 2011 - 16:20

David Douillet ne sera resté à leur tête que 89 jours, mais nul doute qu'en cette période électorale Nicolas Sarkozy saura leur trouver un chaperon pour occuper le poste de secrétaire d'Etat aux Français de l'étranger. Eux, ce sont les sénateurs des Français du monde. Une profession bien à part, faite de voyages aux quatre coins de la planète, et que l’Europe entière nous envie.

Combien de fois j’ai fait le tour du monde ? (rires) Je ne sais pas, je suis sénateur depuis 1998, je vais calculer ça et je vous rappelle."

André Ferrand en rigole. Depuis qu’il est sénateur (UMP) des Français du monde, il ne se passe pas un mois – ou presque – sans qu’il ne se déplace à l’étranger. Et pas seulement en Belgique, où il a vécu. Sur la période allant de septembre 2010 à septembre 2011, il a ainsi posé le pied – dans le seul cadre de ses voyages officiels – sur le sol de pas moins de 23 pays différents. Et pas les moins exotiques : Brésil, Haïti, Ghana, Australie, Mexique, Syrie…

Une bougeotte qu’il justifie par la nécessité d’aller à la rencontre de ses "amis" grands électeurs de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE).

Ce sont ces derniers qui ont voté, dimanche, pour le renouvellement de 6 des 12 postes de sénateurs des Français du monde. Une assemblée qui se compose de 155 membres élus par les quelques 2,5 millions de Français expatriés (dans les faits, seuls 700 000 sont inscrits sur les listes électorales, et la participation oscille généralement aux alentours de 20%). Siègent également à l’AFE 12 personnalités "qualifiées" désignées par le Ministère des Affaires étrangères et… nos 12 sénateurs (8 UMP et 4 PS).

La bataille de dimanche a rééquilibré quelque peu la balance gauche – droite parmi eux. La majorité – comme pour beaucoup de listes en métropole – est partie en ordre dispersé, avec trois listes différentes. Une division sur laquelle l'alliance PS – Europe Ecologie s'est appuyée pour remporter un sièges supplémentaire. Mais qu'ils soient occupés par la droite ou la gauche, ces postes restent malgré tout dans la grande famille des expatriés.

Sénateurs du monde entier

C’est un [petit] monde où tout le monde se connaît,"

reconnaît André Ferrand, qui glisse, songeur:

J’ai une expression un peu poétique que j’utilise souvent pour définir les sénateurs de l’étranger : le soleil ne se couche jamais sur notre circonscription,"

Un lyrisme que tempère Claudine Lepage, sénatrice (PS) depuis 2008:

Il est sans doute exigeant et ambitieux de dire que l’on représente les Français du monde entier."

Si les sénateurs représentent effectivement tous les "Français du monde", Mme Lepage pencherait elle plutôt pour un découpage de circonscriptions par zones géographiques.

Un modèle choisi en 2008 lors de la création du poste de député des Français de l’étranger, dont les 11 représentants seront élus pour la première fois en 2012. Les expatriés disposeront ainsi de mandataires dans les deux chambres du Parlement.

75 000 euros d’avion par an et par sénateur

Les sénateurs se définissent donc plutôt par une spécialisation thématique. Promotion des PME à l’étranger, écoles françaises, affaires sociales, fiscalité, etc., figurent ainsi parmi les préoccupations quotidiennes des Français expatriés.

Des préoccupations qu’ils s’efforcent de répercuter au mieux au sein de la Chambre haute du Parlement.

Je partage mon temps à moitié entre le Sénat et la visite des communautés françaises à l’étranger,"

affirme ainsi Claudine Lepage.

Ces très fréquentes visites à l’étranger ont un coût que les sénateurs eux-mêmes peinent à mesurer. Chacun peut se faire rembourser ses billets d’avion et nuits d’hôtel jusqu’à un plafond équivalent à plusieurs allers-retours Paris – Sydney en 1ère classe sur Air France. André Ferrand, peu sûr de lui, estime le nombre de ces allers-retours à "3 ou 4". Claudine Lepage, elle, à "une dizaine", ce qui représenterait "une somme confortable".

Selon nos estimations, le chiffre oscillerait donc entre 30 000 et 75 000 euros par sénateur et par an, en sus des différentes indemnités auxquelles chaque élu a droit. Des chiffres que nous n’avons pu confirmer auprès de l’administration du Sénat, qui n’a pas souhaité communiquer d’autres données que celles, laconiques, présentes sur son site Internet. Tout juste y est-il précisé que les sénateurs des Français du monde disposent, à l’image des élus des DOM –TOM, de "forfaits adaptés".

Le ministère des élections ?

Nul doute qu’avec de tels moyens les expatriés ne doivent pas se sentir seuls à l’autre bout de la planète. Plus encore depuis que Nicolas Sarkozy leur avait offert, en la personne de David Douillet, une résurrection du poste de secrétaire d’Etat aux Français de l’étranger, fonction peu ou prou occupée en leur temps par Jean-Michel Baylet ou Renaud Muselier. Le successeur du judoka, parti exercer ses talents au ministère des sports, ne saurait tarder.

Beaucoup de gens voient une relation entre cette nomination et les échéances électorales à venir [i.e l’élection de 11 députés des Français de l’étranger],"

fait mine de s’étonner André Ferrand,

mais c’est vrai qu’il faut animer et tirer le meilleur parti de cette force que sont les Français de l’étranger."

Claudine Lepage n'est pas dupe, mais se veut diplomate:

En tant que grand sportif, c’est une personne habilitée à porter un certain succès,"

La France championne de la représentation

Un secrétaire d’Etat, 12 sénateurs, 11 députés, une Assemblée… Les expatriés sont choyés. De quoi faire des envieux dans les autres pays d’Europe.

Une étude de législation comparée réalisée par le Sénat français montre que peu de pays d’Europe occidentale possèdent les mêmes caractéristiques que la France pour ce qui est de la représentation politique de ses populations expatriées.

Ainsi, seuls le Portugal et l’Italie disposent à la fois de représentants spécifiques au sein de leurs parlements et d’une assemblée équivalente à l’AEF. L’Espagne dispose elle seulement d’une assemblée type AEF.

Quant aux autres pays, les droits accordés à leurs ressortissants en matière de vote sont aléatoires, et ne concernent souvent que les élections législatives.

Autriche, Espagne, Belgique et Pays-Bas accordent sans restriction le droit de vote à leurs expatriés. Ce qui n’est pas le cas du Danemark ou de l’Irlande, pays pour lesquels il ne faut pas avoir quitté le territoire plus de deux ans dans un cas, 18 mois dans l’autre. Une limite fixée à 10 ans en Suède, 15 ans au Royaume-Uni, et 25 ans en Allemagne pour ceux établis en-dehors du Conseil de l’Europe.

Le vote par correspondance est autorisé par la plupart de ces Etats, tout comme par la France depuis peu. Les modalités de celui-ci doivent cependant encore être précisées.

Charge sera certainement donnée au futur secrétaire d'Etat des Français de l'étranger d'expliquer aux expatriés comment bien mettre le bulletin dans l'urne. Et de préférence le bon.
 


Mise à jour le 26 septembre à 17h31, suite aux résultats des élections sénatoriales et du départ de David Douillet du poste de secrétaire d'Etat des Français de l'étranger.


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