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Vent de contestation contre la visite du Pape en Allemagne

jeudi, 22 septembre, 2011 - 10:29

La tournée de Benoît XVI dans son pays natal est chahutée. Une centaine de députés n’ont pas au discours du Pape devant le Bundestag, au nom de la neutralité religieuse de l’État, et plusieurs groupes sont bien décidés à "faire de cette visite un désastre". Si l’Église catholique reste puissante en Allemagne, nombre de croyants peinent à se reconnaitre dans le discours conservateur de Joseph Ratzinger.

Dur dur de trouver une chambre d’hôtel en cette fin de semaine à Berlin. Plus de deux millions de visiteurs sont attendus ce weekend dans la capitale allemande. Deux marathons sont responsables de cette affluence: celui qui se courre chaque année mais aussi celui du Pape Benoit XVI: pour sa première visite officielle dans son pays natal, le souverain pontife parcourra le pays du 22 au 25 septembre. Près d'une vingtaine de discours sont au programme. Pas de tout repos, d'autant qu'une part importante des 25 millions de catholiques allemands ne se reconnaissent pas du tout dans les idées conservatrices de Joseph Ratzinger.

Plusieurs petits groupes sont même décidés à "faire de cette visite un désastre".

Ce jeudi il sera donc à Berlin, où il prononcera un discours au Parlement allemand – une intervention fortement critiquée – avant de dire la messe dans l’Olympiastadion devant 70 000 personnes. Mais les croyants ne sont pas les seuls à se mobiliser. Les opposants au Vatican comptent bien faire entendre leur voix.

Et les critiques ne manquent pas:

La politique du Pape est hostile envers les homosexuels et méprisante pour les femmes. Ses déclarations au sujet du préservatif sont très mauvaises…

Le responsable du bureau berlinois de l’association allemande des gays et lesbiennes (LSVD), Jörg Steinert, pourrait continuer ainsi pendant longtemps. C’est pourquoi la LSVD organise une grande manifestation ce jeudi, sous le slogan: "Pas de pouvoir pour les dogmes" ["Keine Macht der Dogmen", en allemand]. 64 autres groupes et partis se sont joints au mouvement, comme Pro familia [l’équivalent du planning familial], une association de lutte contre le Sida, etc.

Des catholiques dans les rangs des manifestants

La manifestation commencera à 16 heures, au moment le Pape fera son discours devant le Parlement. "Nous ne voulions pas manifester au moment de la Messe, car nous ne voulons pas empêcher les croyants de s’y rendre", assure Steinert. L’ennemi est bien défini: uniquement la politique de Joseph Ratzinger, pas les catholiques.

D’ailleurs certains fidèles de l’Eglise romaine aussi manifesteront aux côtés des homosexuels et des féministes.

Le Pape représente un courant très conservateur, qui n’est pas majoritaire chez les catholiques allemands,

explique Klaus-Peter Sick, sociologue au centre Marc Bloch de Berlin.

"Partout où est Benoit XVI, Ratzinger y est aussi", écrivait jeudi matin le magazine Der Spiegel, manière de souligner que les catholiques qui attendaient que Ratzinger adoucissent ses positions conservatrices une fois devenu Pape ont été largement déçus.

Une vingtaine de députés ont d’ores et déjà annoncé qu’ils rejoindraient les rangs des protestataires. Et plus sont attendus. Une centaine de députés, sociaux-démocrates, Verts et du parti d’extrême-gauche Die Linke, a en effet décidé de ne pas assister au discours du Pape. Ils considèrent en effet que cela n’est pas compatible avec la neutralité religieuse de l’Etat.

Du côté des citoyens non plus cette incursion dans le Bundestag ne fait pas l’unanimité. Selon un sondage publié dans le magazine Focus, 51% l’approuvent, alors que 39% y sont hostiles. Un autre sondage pour l'hebdomadaire Stern montre que 63% des allemands n'accordent guère d'importance à ce voyage papal.

"Nous attendons plus de 15 000 personnes", se réjouissent les organisateurs de la manifestation. Seul point noir: le train des protestataires ne pourra pas partir de la Porte de Brandebourg comme prévu. "Trop proche du Parlement", selon la police berlinoise. "Le but était justement d’être suffisamment près pour que le Pape nous entende", déplore Steinert. Mais qu’il se rassure, le séjour de Benoit XVI dans la capitale ne sera probablement pas de tout repos. Car cette grande marche de protestation pacifique n’est pas la seule action de prévue. D’autres groupes ont décidé de mettre leur grain de sel dans ce jeudi si catholique.

Rosa I. : une contre-papesse hédoniste et féministe

C’est notamment le cas du groupe What the fuck, créé pour l’occasion par des anarchistes et féministes. Leur but est clair:

Faire de cette visite un désastre.

Pas d’inquiétude, ils ne veulent pas brûler la Papamobile.

Un sceptre orné d’un godemiché

Juste ennuyer le souverain pontife au maximum de leur capacité. "Nous allons l’accueillir à l’aéroport le matin, raconte avec une pointe d'ironie Paula, membre du groupe. Ensuite nous ferons diverses actions dans toute la ville. Et le soir nous nous retrouverons devant son hôtel pour lui souhaiter bonne nuit". Cette jeune femme de 23 ans aura d’ailleurs un rôle bien particulier pendant cette journée.

Elle incarne Rosa I., la contre-papesse. Une grande cape rose marquée du slogan "What the fuck", et un sceptre orné d’un godemiché et de cornes sont ses atours. "C’est une façon de se moquer des catholiques, une satire", raconte Paula. "Elle est le contrepoint de la politique sexuelle et moralisatrice du Vatican, précise Johannes Witten, le porte-parole du groupe. Elle appelle à l’hédonisme et à l’arrêt des rapports d’oppression".

Et si le Pape pense être tranquille lors des autres étapes de son voyage en Allemagne, il se trompe. A Erfurt, des opposants à sa politique comptent manifester. Ils vont également créer une "zone sans religion" dans la ville.

Dans cette la ville où étudia Martin Luther au 16ème sièce, Benoît XVI doit célébrer une messe oecuménique. Le Pape a récemment présenté la rencontre avec les protestants comme "le point d'orgue" de sa visite. Un peu d'eau dans son vin de messe après avoir provoqué un tollé en 2007 en expliquant que seule l'Eglise catholique possède la vérité du christianisme.

Pas sûr toutefois que Benoît XVI approuve l'initiative de la paroisse protestante de Saint-Thomas, situé dans le quartier de Kreuzberg à Berlin, qui prête une pièce pour une messe catholique célébrée… par deux prêtres homosexuels. Ces deux prêtres, qui vivent en couple, ont été exclus de l’Eglise catholique.

A Fribourg les critiques seront plus sages. Seuls des stands d’informations et des pétitions sont prévues.

Personne ne compte empêcher ces manifestations. Même le président de la conférence épiscopale d’Allemagne, Monseigneur Zöllitsch, reconnait que cela fait partie "de la liberté d’expression".

Et après tout, ce n’est pas comme si le Pape n’y était pas habitué. Il suffit de regarder ce qui s’est passé cet été à Madrid ou à Londres l’année dernière. Les Britanniques n’y étaient d’ailleurs pas allés de main morte avec leurs pancartes qualifiant le Saint Père d’Antéchrist. Rosa I. quant à elle, n’a pas peur des critiques.

Même les catholiques semblent trouver cela drôle !,

s’enthousiasme Paula, la papesse.


Photos: Deborah Berlioz





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