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Le coût officiel de la guerre en Libye remis en cause

mardi, 27 septembre, 2011 - 11:37

Le couple Sarkozy – Cameron a beau parader en libérateur à Benghazi, le coût de l’intervention en Libye a de quoi dégriser. Un expert indépendant l'évalue à 1,75 milliard de livres pour le Royaume-Uni. Sept fois plus que le montant officiel. La France, tout aussi engagée sur le terrain, s'entête et maintien son estimation de 320 millions d'euros. Un mirage?

L’image était belle. David Cameron et Nicolas Sarkozy reçus en libérateurs par les "jeunes de Benghazi", ville symbole du soulèvement du peuple libyen contre le régime de Muammar Kadhafi.

Déclarations enfiévrées, bien que minutées, à la tribune. Drapeau et "Union Jack" disséminés dans la foule. Le couple franco-britannique célébrait son retour triomphal sur la scène nord-africaine, au terme d’une implication militaire de presque sept mois. 55 ans après le désastre du canal de Suez, cela avait de la gueule.

Mais à une période où chaque euro – et chaque livre sterling – compte pour équilibrer les finances publiques, une telle image coûte cher. Très cher.

C’est ce que vient de révéler Francis Tusa, directeur de la rédaction du magazine britannique Defense Analysis, un "must read" pour quiconque s’intéresse aux problématiques de Défense outre-Manche.

Le conflit libyen aurait ainsi coûté au gouvernement de Sa Majesté entre 850 millions et 1,75 milliard de livres sterling (soit entre 981 millions et 2 milliards d’euros). Et encore, le décompte de Mr. Tusa s’arrête fin août. Les forces britanniques (comme les forces françaises) sont toujours présentes sur le terrain pour chaperonner le Conseil national de transition (CNT) libyen.

"Calculs sous-estimés"

Le chancelier de l’Echiquier, George Osborne, se voulait pourtant rassurant envers ses contribuables lorsqu’il annonçait en amont du conflit que celui-ci ne coûterait que "des dizaines, pas des centaines de millions de livres sterling". Le montant avait ensuite été revu à la hausse avec une estimation chiffrée en juin à £260 millions (299 millions d’euros).

Un chiffre qui reste bien en deçà des projections de Francis Tusa. Quatre fois moins que son estimation la plus basse et sept fois moins que la plus haute. Et encore…

Il n’y a aucun doute sur le fait que j’ai sous-estimé plutôt que surestimé mes calculs,"

a estimé Francis Tusa, lundi, dans le quotidien The Guardian. Ses calculs ont été réalisés à partir de données recueillies auprès de la Royal Air Force (RAF) et des réponses données lors des questions au gouvernement à la Chambre des Communes.

Avec le nombre de missions que l’armée de l’air a réalisé ces deux dernières semaines, je suis sûr que le coût de la campagne s’est considérablement élevé."

1,2 milliards d’opérations extérieures pour la France

A Londres, les frais de l’opération libyenne sont pour le moment ponctionnés sur les réserves spéciales du ministère des Finances, en raison de la baisse de 8% imposée au budget du ministère de la Défense depuis le mois d’avril.

Une opération comptable relativement similaire est mise en place en France. Le ministère de la Défense a beau disposer d’un budget de 31 milliards d’euros, celui-ci n’est pas extensible. La charge du coût officiel de la guerre en Libye – 320 millions d’euros selon le ministre Gérard Longuet – a ainsi été "mutualisée" au sein du budget global de l’Etat (autrement-dit répartie entre les différents ministères).

Pour ses différentes opérations extérieures, la France a ainsi déboursé 1,2 milliards d’euros en 2011. Un record depuis 20 ans.

"Ce n’est pas Strauss-Kahn qui se déplace…"

Comment expliquer un tel écart entre les 320 millions d’euros avancés par M. Longuet (et dont son ministère, que nous avons joint, ne démord pas) avec les 1,75 milliards de livres de M. Tusa ?

La France, sous la férule de son chef de guerre, s’est pourtant tout autant investie sur le terrain libyen que son collègue britannique, si ce n’est plus: douze avions de chasse, six avions-ravitailleurs, un porte-avion, une frégate de lutte anti-sous-marine, dix hélicoptères, des hommes et des missiles en veux-tu en voilà.

Le surcoût est plus élevé pour la Marine que pour l’armée de l’air. Le porte-avions Charles de Gaulle coûte assez cher, car il mobilise au moins 3 000 personnes avec son environnement,"

reconnaît Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et général de brigade aérienne.

Mais le chiffre du gouvernement me paraît raisonnable, même si l’usure du matériel n’est pas comprise. Cela sera équilibré en 2012 avec une implication moindre que cette année."

Et l’envoi d’agents spéciaux sur place, pour préparer le terrain ?

Quelques dizaines de fonctionnaires, cela pèse seulement des milliers d’euros. Ce n’est pas Strauss-Kahn qui se déplace…"

Et le coût de la livraison répétée d’armes au CNT ?

C’est du déstockage."

Très bien. Mais à 1,8 millions d'euros le jour de conflit, pour sept mois de terrain, cela fait déjà 378 millions d'euros. Et lorsque l'on sait que la France, qui a dépensé pour 60 millions d'euros de munitions durant les trois premiers mois, a par la suite intensifié les frappes, on peut imaginer que la facture a explosé.

Et comme l’explique au Guardian le vice-amiral Chris Parry, un ancien directeur du développement au ministère de la défense:

Malgré toutes les assurances du gouvernement, chaque opération a des coûts cachés qui ne sont jamais récupérés. Bien qu’une substantielle portion des coûts soit pris en charge par les réserves du ministère des finances, ils ne prennent pas en compte les coûts d’utilisation des équipements et engins, le non remplacement à l’identique des stocks de munitions et de pièces détachées, etc."

Et cela vaut autant pour le Royaume-Uni que pour la France.

Pendant ce temps-là, les Etats-Unis ont eux englouti 896 millions de dollars (661 millions d'euros) en Libye. Mais, à Benghazi,  ils ne sont pas sur la photo.




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