Connexion

Syndicate content

Les droits TV du foot anglais chamboulés par l’Europe

mardi, 4 octobre, 2011 - 16:05

La tenancière d’un pub britannique a remis en cause le monopole de la puissante Ligue de foot anglaise sur la retransmission télévisée des matches. La Cour de Justice de l'Europe (CJE) vient de lui donner raison. Et, c'est toute l’économie du sport et de la télévision qui pourrait s’en trouver perturbée.

Les finances du football européen pourraient bien être bouleversées dans les prochains mois. La Cour européenne de Justice (CJE) a autorisé hier la gérante d’un pub de Portsmouth à utiliser un décodeur de la chaîne grecque Nova pour diffuser, en direct et sur écran géant, les matchs de football de la Premier League.

L’abonnement de Karen Murphy ne s’élevait qu’à £800 par an pour la retransmission des rencontres de l’élite du championnat anglais, bien moins que le tarif de 700£ pratiqué par Sky. Le bouquet satellitaire, propriété du groupe Murdoch, détient la majorité des droits de retransmission en direct pour le Royaume-Uni.

Fin de l'exclusivité pour BSkyB

La Ligue anglaise de football – qui commercialise les matchs – avait attaqué Karen Murphy en justice il y a six ans. Condamnée dans un premier temps, par une Cour de justice locale, à payer près de £8000 (soit 12 000 euros), la tenancière avait alors saisi la CEJ en juin 2008.

Verdict:

[Une] législation nationale qui interdit d'importer, de vendre ou d'utiliser des cartes de décodeur étrangères est contraire à la libre prestation de services et ne peut être justifiée ni au regard de l'objectif de protection des droits de la propriété intellectuelle ni par l'objectif d'encourager la présence du public dans les stades de football.

En clair, les juges de Luxembourg autorisent l'utilisation des décodeurs étrangers. Fin de l'exclusivité pour BSkyB.

La décision de la Cour de justice européenne n’est toutefois pas immédiatement applicable puisque la Haute-Cour de Justice britannique, située à Londres, doit désormais mettre la loi nationale en conformité avec ce jugement.

Une décision valable pour toute l'Europe

Cette décision va de toute façon chambouler l’ensemble de l’économie européenne des sports et du sport télévisé. A ce jour, BSkyB possède l’exclusivité pour le Royaume-Uni des droits de retransmission en direct de 115 matchs de Premier League par saison jusqu’à juin 2013. Pour emporter le morceau, la chaîne a du débourser £1,623 milliard [1,893 milliard d’euros]. Le groupe irlandais Setanta a, lui, versé £159 millions pour 23 autres matchs en direct.

Leur exclusivité va désormais exploser. L’ensemble des chaînes européennes ayant acquis le droit de retransmission en direct des matchs de l’élite anglaise pour leur propre pays pourront en effet proposer leurs services aux téléspectateurs britanniques. A moindre frais.

Car, elles ont dépensé bien moins pour acquérir les droits des mêmes matchs. L’ensemble des droits étrangers pour les saisons 2010-2013 s’est élevé à £1,437 milliard mais les droits payés par l'ensemble des chaînes européennes ne représenteraient que 10% de cette somme.

Manque à gagner pour les clubs anglais

"En pratique, la Premier League devra décider de la manière dont elle veut revendre ses droits", explique l’avocat spécialisé dans les médias du sport Daniel Geey, du cabinet d’avocats Field Fisher Waterhouse.

Elle pourrait, selon ce qui maximisera la valeur de ses produits et minimiser ainsi ses pertes de revenus, les vendre à travers toute l’Union européenne, seulement à certains États membres ou même décider de lancer sa propre chaîne.

Dans l'immédiat, BSkyB et Setanta devraient négocier un rabais substentiel des tarifs de retransmission pour faire face au départ d’abonnés tentés par d'autres opérateurs.

Par conséquent, les clubs de football de l’élite anglaise pourraient perdre d’importants financements puisqu’ils se partagent à ce jour l’intégralité des revenus télévisés (50% de celle-ci est divisée à parts égales, 25% selon le nombre de matchs diffusés et 25% selon leur classement final).

Une brèche pour toute la télé

Leurs concurrents européens ne doivent pas se frotter les mains pour autant: la décision de la CEJ concerne en effet toute l’Europe et la concurrence s’ouvrira donc bientôt sur l’ensemble du territoire européen.

N’importe quel détenteur des droits de diffusion des matchs de la Ligue 1 française [LES droits étrangers lui rapportent au total 31 millions d’euros par saison] ou de la Liga espagnole (132 millions d’euros) pourra désormais diffuser les matchs aux téléspectateurs français et espagnols.

La directrice générale de l’Organisation des consommateurs européens, Monique Goyens, était évidemment ravie de cette décision qui

pourrait être la paille qui fera exploser les licences territoriales de contenu audiovisuel en Europe.

Si le football est aujourd’hui sur la sellette, la retransmission des autres événements sportifs européens (tournois du grand chelem de tennis, tournoi des cinq nations de rugby, tour de France de cyclisme, etc.) n’échappera pas aux négociations futures. Une brèche qui pourrait égaleent concerner d’autres émissions télévisées ou même les films.




Pays