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Ces retraités allemands obligés de retourner au travail

Les metallurgistes de Daimler portent un cercueil estampillé: "le travail jusqu'à la tombe" / Kienzle / AP / SIPA

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06.10.2011 | 12:22

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Ils distribuent des journaux, rangent les étagères dans les supermarchés, font des sondages par téléphones… Plus de 660 000 retraités allemands doivent travailler à temps partiel pour compléter leur pension. Un nombre en hausse constante: la multiplication des mini-jobs et des faibles salaires donne nécessairement des retraites de misère.

Troisième volet de notre série sur "les failles et les défis du modèle allemand".

Wolgang, 57 ans, sert des parts de gâteau à la cafétéria d’un centre de soins au coeur de Berlin. Cet homme jovial est pourtant à la retraite depuis plus de deux ans. Après deux crises cardiaques, il a du cesser son activité de chauffeur. Mais impossible pour lui de passer ses journées entre mots croisés et jardinage.

En tant que retraité je touche 525 euros par mois. Je paye un loyer de 440 euros. Avec téléphone, le gaz, etc, il faut rajouter 150 euros. Et cela ne suffit pas. Il faut bien vivre de quelque chose c’est pour ca que je travaille ici.

Wolgang travaille donc 20 heures par semaine dans ce centre, et cela pour 390 euros par mois. C’est ce qu’on appelle un mini-job de ce côté du Rhin. Introduits par les réformes Hartz IV au début des années 2000, ces contrats permettent aux employeurs d’être exonérés de charges tant que le salaire ne dépasse pas les 400 euros par mois.

Paupérisation

Depuis, ils n’ont cessés de se développer dans tout le pays. Et nombreux sont les retraités à accepter ce genre de postes. Selon le ministère des affaires sociales, plus de 660 000 séniors de 65 à 74 ans auraient un emploi à temps partiel. Et si certains pensent que tous ces retraités continuent de travailler par plaisir, Ulrike Mascher les contredit fermement. Elle préside de l’association pour la défense des droits sociaux VDK.

Quand on voit dans quelles activités les retraités travaillent, ils portent des journaux à 5h du matin, ils rangent des étagères dans des supermarchés, ils font des ménages, ils travaillent comme portiers la nuit. Ce sont des activités qu’on ne fait pas parce qu’on veut rencontrer des collègues ou parce que cela nous plait mais parce qu’on a urgemment besoin d’argent parce que la retraite ne suffit pas.

Alors certes, 660 000 retraités qui travaillent, cela ne représente que 3,3% des personnes âgées de plus de 65 ans. Un chiffre que le gouvernement a vite fait de mettre en avant pour rassurer les masses . Mais le problème c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux à faire partie de cette catégorie de population menacée de paupérisation. Ils n’étaient que 416 000 en 2000. Leur nombre a donc augmenté de plus de 58% en dix ans.

Baisse déguisée du niveau des prestations

Selon Ulrike Mascher, cette tendance s’explique notamment par une forte hausse du coût de la vie dans la République Fédérale: "Les prix ont augmenté dans beaucoup de domaines particulièrement importants pour les séniors, comme le chauffage ou la santé". Cette inflation ne serait pas un souci si le niveau des pensions suivait. Mais c’est là que le bât blesse, il a plutôt tendance à diminuer.

Les pensions de l’assurance retraite allemande ont perdu 10% de leur valeur durant les dix dernières années,

précise la présidente de VdK. En cause: la hausse des mini-jobs, ou des emplois à très faible rémunération. Beaucoup de travailleurs ne réussissent ainsi pas à cotiser suffisamment pour s’assurer une retraite décente.

De plus, le gouvernement allemand a décidé en 2007 de relever l’âge légal de la retraite de 65 à 67 ans. Or l’âge effectif de départ à la retraite de ce côté du Rhin est de 62,1 ans pour les hommes et de 61 ans pour les femmes selon l’OCDE. Et le taux d’activité des personnes entre 50 et 65 ans n’est même pas de 70%. Une hausse de l’âge légal de départ ne revient donc ni plus ni moins qu’à une baisse déguisée du niveau des prestations.

La "honte de demander les aides sociales"

Les séniors en situation de précarité peuvent demander une allocation complémentaire à l’Etat. Mais beaucoup s’y refusent. "Les gens qui ont travaillé toute leur vie ont honte de ne pas s’en sortir et de devoir demander de l’aide", assure Ulrike Mascher. Sans compter que les conditions pour l’obtenir sont draconiennes.

Reingard, retraitée de 68 ans, fait partie des nombreux séniors qui renoncent à cette aide de l’Etat. Pourtant, après avoir travaillé 40 ans, elle ne touche que 704 euros par mois:

Je pouvais demander une allocation. Mais il aurait fallu que je n’ai aucune propriété, pas de petit jardin, par d’épargne, rien. C’est seulement sous ces conditions que je pouvais demander cette allocation.

Cette énergique grand-mère préfère donc travailler dans un centre d’appel. Elle fait des sondages par téléphone pour une filiale d’Ipsos. Elle peut ainsi garder son petit jardin ouvrier. Sans compter que l’allocation ne lui aurait rapporté qu’une centaine d’euros supplémentaires.

Toujours pas de salaire minimum

Or, pour Reinard, ce n’était pas encore suffisant. "J’ai trois enfants, trois petits enfants et un arrière petit fils. Et chacun attend d’une grand-mère qu’elle soit là et qu’elle donne un peu d’argent de poche pour s’acheter quelque chose. Là aussi on trouve une raison de travailler en étant grand-mère", confie-t-elle en souriant.

Selon les experts, la paupérisation des séniors ne va cesser d’augmenter durant les vingt prochaines années, notamment en raison du vieillissement de la population, particulièrement fort en Allemagne. Le gouvernement a donc annoncé l’ouverture d’un dialogue cet automne avec les représentants des retraités. Ulrike Mascher y sera.

Elle compte demander une hausse de l’allocation complémentaire car "pour le moment, elle permet à peine de couvrir les besoins de tous les jours". Mais sa première revendication est l’introduction d’un salaire minimum interprofessionnel. Car selon elle:

Des salaires de misère ne peuvent entrainer que des retraites de misère.


Demain, 4ème volet de notre série sur "les failles et les défis du modèle allemand" : le défi démographique.





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