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Santo Versace: « Berlusconi doit partir, et vite »

vendredi, 7 octobre, 2011 - 09:13

Entrepreneur, milliardaire, frère du défunt couturier Gianni Versace et député ex-berlusconien, Santo Versace coupe les ponts avec le Cavaliere. Il nous explique pourquoi, sans langue de bois. Le président du Conseil a "gangrené" le pouvoir et la politique et doit partir rapidement pour "sauver l'Italie".

Répudié par les industriels qui réclament son départ, lâché par une partie de ses députés, abandonné par l'opinion publique, Silvio Berlusconi peut-il rester encore longtemps chef du gouvernement? Enfermé dans sa résidence romaine transformée en bunker, le Cavaliere tente de convaincre ceux qui l'on lâché au sein de son parti, le PDL (Parti de la liberté), de rentrer au bercail. Des dissidents qui espèrent un nouvel incident politique majeur au parlement pour lui donner le coup de dague fatal. Ce qui pourrait être le cas la semaine prochaine lors du scrutin sur la fameuse loi bâillon qui limitera la publication des écoutes téléphoniques.

Le président du Conseil italien, qui veut à tout prix écarter la possibilité de publication de nouvelles conversations privées, pourrait être tenté de forcer le destin en demandant un vote de confiance. Du coup, les conjurés comptent leurs divisions. Ils seraient déjà une quinzaine, et pas des moindres, comme son ancien ministre Claudio Scajola et Santo Versace, frère de Gianni assassiné en 1997 et de la créatrice Donatella Versace.

Pour Santo Versace, député du PDL depuis 1997 et milliardaire (il détient 35% des parts de Versace), Berlusconi a "abusé de son pouvoir" et "gangrené" la politique. Il se refuse d'être "complice" de ses frasques et "casseroles" judiciaires. Il est convaincu qu'il ne peut plus rester longtemps chef du gouvernement et demande son départ rapide pour "sauver l'Italie". Entretien.
 

Pourquoi avez-vous décidé de démissionner?

Parce que tout fout le camps ! La gangrène ronge la politique et le pouvoir. Le Parlement vote des lois iniques comme le dispositif qui vise à interdire la publication d’écoutes téléphoniques. Le pays sombre dans une crise économique et financière sans précédent. En ce qui concerne Silvio Berlusconi, toute l’Italie savait qu’il avait des casseroles judiciaires lorsqu’il a été réélu en 2008. Mais à l’époque on ne parlait pas de parties fines, de prostitution, de mineures, d’entourage véreux. Le Cavaliere a aussi abusé de son pouvoir et des ressources publiques à des fins personnelles. Nous ne pouvons plus être complices de cette situation.

Une partie de la classe politique et industrielle réclame le départ de Silvio Berlusconi. Avez-vous le sentiment que les choses sont en train de bouger ?

Pour conserver son fauteuil, Berlusconi devrait se plier à des règles précises. Il devrait,par exemple, renoncer à son projet de réforme de la Justice ou à celui sur la restriction de la liberté de presse. Mais il en est incapable. Une quinzaine de députés ont décidé de franchir le Rubicon. Des sénateurs et des députés étudient l'idée d’un gouvernement de transition – éventuellement dirigé par l’ancien commissaire européen Mario Monti. Le patronat tourne le dos au gouvernement, l’opinion publique se rebelle, l’Eglise fait entendre sa voix. Tout est dit. Maintenant il faut agir et changer rapidement de timonier pour sauver l’Italie.

Quel type de schéma politique envisagez-vous après le départ du Cavaliere ?

Toutes les forces politiques doivent être impliquées dans la reconstruction du pays et de la société. Il faut effacer le concept de division et réunir autour d’une même table, la droite, le parti démocrate (Pd), les centristes et pourquoi pas, la Ligue du Nord. Puis, rédiger un programme d’assainissement des finances publiques et de la société politique sur le long terme.

Renvoyer les mauvais élèves et les politiciens corrompus ne suffit pas. Il faut remettre notre modèle politique et social à plat. Dans ce contexte, l’adoption d’une loi contre la corruption est indispensable. Son coût annuel s’élève à 60 milliards d’euros !

Quelles sont vos propositions sur le plan économique?

Pour éviter d’être mangés à la sauce grecque, nous devons rapidement adopter des mesures budgétaires importantes et sur le long terme. Cela ne veut pas dire brimer les Italiens, mais remettre le système à plat. Il faut réduire le poids de l’Etat, alléger la pression fiscale qui s’élève à 43,3%.

Commençons par récupérer les 45 milliards d’euros débloqués chaque année à fonds perdus pour soi-disant financer des PME, des institutions et des associations qui n’ont aucun intérêt sur le plan du développement industriel et commercial. Réduisons le budget militaire qui s’élève à 30 milliards par an et vendons une partie du patrimoine public.

Il faut aussi briser la rigidité du marché du travail et introduire des règles flexibles. En l’état actuel, nous ne pouvons plus parler d’amortisseurs sociaux mais d’investissements sur la formation permanente. L’Etat doit accompagner les personnes dans leur reconversion. L'avenir passe par le changement.




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