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La Belgique en passe de sortir de l’impasse politique

samedi, 8 octobre, 2011 - 10:25

Miracle! Après un an et demi la crise politique, la Belgique devrait être, de nouveau, gouvernée. Les partis politiques belges francophones et néerlandophones sont parvenus ce samedi matin à se mettre d'accord pour réformer les institutions. L'unité nationale est sauvée au prix d'un transfert de nouveaux pouvoirs aux régions et le pays devrait enfin avoir un vrai gouvernement.

Les Belges n'y croyaient plus, et le miracle a eu lieu samedi à l'aube. Après une nouvelle nuit de négociation, les huit partis des deux communautés linguistiques sont arrivé à boucler un accord global sur une réforme des institutions belges. Ils doivent encore peaufiner quelques détails lundi, mais le texte de l'accord devrait être présenté mardi lors de la rentrée parlementaire belge.

Restera encore aux partis wallons et flamands à s'entendre sur un programme de gouvernement, mais avec ce compromis institutionnel le principal obstacle est levé.

Il prévoit d'allonger la durée de la législature fédérale, de 4 à 5 ans, comme celle des législatures régionales. L'autonomie des trois régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles) est donc renforcée, pour la fiscalité et la santé, notamment.

Les droits linguistiques et administratifs spéciaux dont bénéficient les milliers francophones vivant dans la périphérie flamande de Bruxelles vont aussi être presque entièrement supprimés.

Sur ces points cruciaux les Néerlandophones ont donc obtenu gain de cause. Le prix à payer pour les Wallons afin de sauver l'unité nationale

Retour sur plus de deux ans et demi de crise:

L’impasse commence le 22 avril 2010. Faute d’accord dans le dossier Bruxelles-Hal-Vilvorde, communément appelé BHV, le parti libéral flamand Open VLD quitte le navire gouvernemental. Le Premier ministre démocrate chrétien flamand (CD&V), Yves Leterme, présente dans la foulée sa démission. Plus d’un an après, ce dernier est encore à la tête d'un gouvernement chargé de gérer les affaires courantes sans réel pouvoir d'initiative. Entre temps, des élections législatives fédérales ont pourtant eu lieu.

Les résultats du 13 juin 2010 désignent deux vainqueurs, l'Alliance Néo-Flamande (N-VA) de Bart De Wever, qui recueille plus de 30% des voix en Flandre et le Parti socialiste en Wallonie (francophone) d’Elio Di Rupo.

Bart De Wever réclame la réforme de l’État belge, avec en point d’orgue un transfert de compétences fédérales vers les régions et communautés et une plus grande autonomie financière des entités fédérées.

Le Roi nomme des négociateurs, mais rien n'y fait, toujours pas de convergence. Pour former un gouvernement il faut également trouver un accord sur les dossiers socio-économiques, la politique de sécurité, la justice ou encore la politique d'asile et d'immigration. Hors, là aussi, c’est l’impasse.

À qui profitait cette crise? Avant out au N-VA dont la volonté affichée dans l'article 1 de son programme, de créer une république flamande indépendante et donc de scinder la Belgique.

La Belgique continuait, malgré tout, de "tourner". Et finalement plutôt pas mal. Le "gouvernement" Leterme II n’a pas de quoi rougir de son bilan depuis qu’il a gérait "les affaires courantes".

Le 1er juillet 2010, la Belgique hérite de la présidence du Conseil de l’UE. Pressentie comme un handicap, la présence d’un gouvernement sans légitimité démocratique à la tête de l’Union aura, en fait, permis aux ministres belges d’avoir une disponibilité totale pour les dossiers européens. Sans surcharger de nouvelles priorités l'agenda européen, le gouvernement belge a géré les dossiers avec efficacité.

Le chef de file des libéraux et démocrates au Parlement européen et ancien Premier Ministre belge Guy Verhofstadt s’était ainsi permis d’inviter les "autres gouvernements à se mettre en affaires courantes lorsqu’ils exerceront la présidence européenne" (!)

Au plan national, la Belgique se bricole un budget 2011 et arrive même à faire la guerre en affaires courantes. Paradoxal quand le gouvernement ne peut être tenu responsable de la conduite des opérations. Pourtant, suite à l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, autorisant l’usage de la force pour protéger les populations civiles en Libye, et du Parlement belge, la Belgique envoie quelques avions et un navire, fin mars, dans le cadre de la coalition internationale.

Les Belges en avaient vraiment marre

La Belgique n'est pas partie à la dérive, mais le peuple du Royaume en avaient vraiment marre. Il voulait un gouvernement légitime et l'avait fait savoir par des actions collectives et des initiatives singulières.

Fin janvier, 40 000 Belges de toutes les communautés marchaient dans les rues de Bruxelles demandant la formation d'un gouvernement. Pour l’acteur Benoît Poelvoorde, "c’est la barbe!". En début d’année il avait suggéré aux hommes de ne plus se raser "jusqu'à ce que la Belgique se relève".

La sénatrice Marleen Temmerman, du Parti socialiste flamand, invitait, début février, les femmes à "garder leurs jambes fermées" jusqu’à la formation d'un gouvernement. Cette "grève du sexe" n’a rien changé, mais les initiatives ne se sont pas arrêtées là et même les symboles gastronomiques belges ne sont pas épargnés.

Ainsi, la "révolution Moules-frites", en référence aux événements dans le monde arabe, a été lancée par des étudiants. Le mot d’ordre : "La séparation, pas en notre nom". La dernière idée en date était le "G1000" qui visait, selon son manifeste, à organiser "un sommet à Bruxelles le 11 novembre de mille citoyens choisis au hasard qui délibèrent sans parti pris".

Chi va piano, va sano e va lontano?

La mobilisation s’essoufflait toutefois et la lassitude s’était installée. Compréhensible après un an et demi. Fin mars, la Belgique avait officiellement entrée dans la série des Guinness World Records battant à la fois le record de longévité sans gouvernement officiel qu'avait établi l'Irak (289 jours à partir des élections) mais aussi celui détenu par les Pays-Bas en temps de paix, qui avaient eu besoin de 207 jours en 1977 pour former un gouvernement. Peu glorieux.

Le politicologue Pierre Vercauteren expliquait récemment qu’il ressentait "une apathie chez une large partie de la population, qui a décroché depuis un bon moment. Le fossé entre la population et le monde politique semble encore grandir, des deux côtés de la frontière linguistique."

Restait que, selon une enquête publiée par le quotidien La Libre et la télévision RTL-TVI, une large majorité des Belges souhaite encore faire un bout de chemin ensemble. Selon le sondage, 67 % de la population jugent que la Belgique a encore un avenir. La proportion est particulièrement forte dans la communauté francophone du royaume, avec 79 % des Wallons et 74 % des Bruxellois qui partagent cet avis. Mais une majorité claire de Flamands (62%) garde aussi confiance.

L'accord de ce matin leur redonne enfin un réel espoir d'avenir commun. Chi va piano, va sano e va lontano?
 




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