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L'Allemagne tente sans succès d'attirer les ingénieurs étrangers

KILLIG/MOMENT PHOTO/SIPA

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10.10.2011 | 17:20

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L’Allemagne manque de main d’œuvre qualifiée à tel point que sa compétitivité est en danger. La solution du gouvernement: attirer les diplômés étrangers. Mais la République Fédérale peine à se rendre attrative.

Cinquième volet de notre série sur "les failles et les défis du modèle allemand".

Avis aux ingénieurs: l’Allemagne est en manque. Presque tous les patrons de ce côté du Rhin se plaignent de ne pouvoir trouver de personnel qualifié. Rien que chez Siemens, on déplore 3 600 postes vacants sur les sites allemands. Et selon l’Institut de l’Economie allemande, proche du patronat, il manquerait 117 000 spécialistes dans les domaines techniques et informatiques. Les besoins en personnel de soin et médecins sont également importants. 

Le problème est encore plus présent dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Ces régions économiquement peu dynamiques  n’attirent pas les jeunes diplômés. Du coup, la Chambre du commerce et de l’industrie (CCI) estime que 18 000 entrepreneurs de l’Est devront prendre leur retraite sans avoir trouvé de successeur d’ici 2014.

Manque à gagner pour les PME : 33 milliards

Et la situation ne risque pas de s’arranger : la CCI estime que l’Allemagne manquera de presque 5 millions de travailleurs dans quinze ans. Le taux de natalité moribond explique en partie ce déficit. Mais, le système éducatif a également une large part de responsabilité.

Selon un récent rapport de l’OCDE, la République Fédérale ne produit pas assez de travailleurs qualifiés. La part de la main d'oeuvre qualifiée a bien continué d'augmenter durant les dernières décennies... mais beaucoup moins que dans les autres pays industrialisés. Une explication possible réside dans le faible investissement dans le système éducatif. Au pays de Luther, les dépenses pour l’éducation représentent 4,8% du produit intérieur brut, contre une moyenne de 5,9 au sein de l’OCDE.

De quoi provoquer l'inquiétude des entrepreneurs allemands. Car ce manque de personnel qualifié signifie que l’Allemagne exporte moins qu’elle ne le pourrait. Au point de mettre en danger la croissance du pays. Une étude du cabinet de conseil Ernst & Young a estimé que cette pénurie de main d’œuvre a coûté 33 milliards d’euros aux petites et moyennes entreprises l’année dernière.

A la recherche des diplômés étrangers

Où donc trouver des diplômés ? Un rapport remis au gouvernement en janvier dernier propose plusieurs pistes. D’abord, inciter les cinq millions de femmes allemandes qui se sont arrêtées de travailler pour se consacrer à leurs enfants, à reprendre le chemin du bureau. Plus d’aides, plus de crèches, les solutions ne manquent pas.

Mais en Allemagne, on lorgne surtout sur les diplômés étrangers. Le chef de l’agence fédéral pour l’emploi, Frank-Jürgen Weise, a été très clair à ce sujet:

Nous avons besoin de 200 000 immigrés par an, en comptant également les membres de la famille. 

Et pour cela, la crise économique en Grèce, en Espagne ou au Portugal semblait une véritable aubaine pour les entreprises allemandes.

Il y a un gros potentiel en Espagne. Des milliers d’ingénieurs et d’informaticiens sont au chômage,

expliquait cet été Monika Varnhagen, directrice de l’Agence Centrale de Placement pour le travail spécialisé et à l'étranger.

Les pays de l’Est, comme la Pologne ou la Hongrie sont également des lieux de prédilection pour les chasseurs de tête allemands - vers lesquels se tournent de plus en plus d'entreprises. La Bavière a même lancé un programme d’embauche en ligne dans les pays limitrophes pour attirer ingénieurs et techniciens spécialisés.

Mais malgré tous ces efforts, les étrangers diplômés boudent l’Allemagne. Selon une étude de l’Institut Ifo menée en septembre auprès de 1 000 entrepreneurs, le nombre de candidatures en provenance des pays en crise n’a pas augmenté d’un pouce.

Pas assez accueillante

Une des raisons de l’impopularité de la République Fédérale réside certainement dans la langue de Goethe. "L’allemand passe pour difficile à apprendre", expliquait Varnhagen au journal die Welt. "Les travailleurs qualifiés apprennent uniquement l’anglais, et du coup ils se tournent vers des pays anglophones quand ils ne trouvent pas de travail dans leur propres pays."

De plus, selon Herwig Birg, démographe et professeur à l’université de Bielefeld, l’Allemagne aurait mauvaise réputation:

C’est aussi un problème d’image. Beaucoup pensent que l’Allemagne n’est pas accueillante pour les étrangers. Cela est faux mais ce préjugé mettra du temps à disparaitre.

Les récentes déclaration d'Angela Merkel pour qui "le multiculturalisme a totalement échoué" ou celles, plus radicales, de Thilo Sarrazin, membre du SPD [le parti socialiste allemand], qui affirme haut et fort que les immigrés participent au "déclin" de l’Allemagne, n’aident pas à donner une image accueillante.

Mais surtout, l’administration allemande ne rend pas toujours la vie facile à ceux qui veulent s’installer sur son sol. Pour les non ressortissants de l’Union européenne, il est notamment très compliqué de faire reconnaitre un diplôme acquis dans leur pays d’origine. Bettina Englmann, de l’organisation Global Competences qui a fait des recherches sur le sujet, juge la situation alarmante:

Nous savons que 2,8 millions de personnes qui ont acquis une qualification à l’étranger vivent en Allemagne. Cependant, leur diplôme n’est reconnu que pour 15% d’entre eux. Nous devons travailler sur notre culture d’accueil.

Il est vrai qu’il n’est pas rare de ce côté de Rhin de rencontrer un ingénieur pakistanais qui conduit un taxi, ou une éducatrice ukrainienne qui fait des ménages. Une loi a donc été adoptée en septembre dernier pour faciliter la reconnaissance des qualifications professionnelles acquises à l’étranger.

"Exploitation démographique"

Désormais, faire évaluer son diplôme deviendra un droit pour les immigrés. La mesure phare du texte: l'obligation pour les autorités de traiter une demande de reconnaissance en l'espace de trois mois. Cette loi pourrait profiter immédiatement à 300 000 personnes selon les estimations du gouvernement.

Mais les experts pointent déjà les lacunes de cette réforme, qui ne concerne que 350 professions. Exemple: alors que 25 000 postes d'éducateurs resteront vacant d'ici 2013, ce métier ne fait pas partie de la liste. Et surtout, appâter les travailleurs qualifiés de l’étranger ne peut pas être une solution viable sur le long terme selon Herwig Birg:

On veut les meilleurs et les plus jeunes. Mais les pays de l’Est aussi par exemple sont vieillissants et ont besoin de personnel qualifié. Attirer leur population est une véritable exploitation démographique.





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