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L’ Autriche ne veut pas de Deniz, turque et transsexuelle

mardi, 11 octobre, 2011 - 10:53

L’Europe est-elle encore une terre d’asile ? Plus vraiment. Dans la réalité, les administrations font tout pour bloquer les demandes de ceux viennent trouver refuge sur le continent. Exemple en Autriche, où une association de défense des droits de l'Homme, semble plutôt être faite pour leur compliquer la tâche.

Deniz Donau est une femme chétive. Elle a le dos courbé, elle s’exprime avec une voix éteinte. Elle est née à Istanbul, en Turquie, il y a quarante ans et ne garde aucun bon souvenir de son pays d’origine. Car elle est née avec une ambigüité sexuelle: les médecins n’ont pas su si elle était fille ou un garçon. Finalement, ils ont décidé qu’elle serait un garçon. Mais à la puberté ses seins ont commencé à pousser, alors sa famille l’a jetée dehors. Pour survivre, elle s’est prostituée.

Le sort des prostituées transsexuelles dans la métropole turque n’est pas enviable et Deniz Donau vous tend, la main tremblante, la longue liste de ses amies retrouvées poignardées sur un coin du trottoir. Elle vous montre aussi ses jambes qui portent à jamais les marques de violences policières.

Piège administratif

Deniz Donau n’a pas obtenu la protection de l’Autriche*, où elle est venue trouver refuge il y a deux ans. Les citoyens Turcs voient rarement leurs demandes accordées. Pour faire appel de la décision négative, elle est allée frapper à la porte de l’association qu’on lui recommandait. "C’est comme ca qu’il faut faire", lui a-t-on expliqué.

Cette association, appelée Menschenrechte – "Les droits de l’homme", en allemand, avait deux semaines pour déposer le traditionnel recours. Or, elle aurait…oublié de le faire.

Un "manquement" qui bouleverse Deniz Donau. Pour elle, s’est sûr, au lieu de l’aider, l’association a tout fait pour l’empêcher d’obtenir l’asile en Autriche:

Lorsque j’étais en centre de détention en vue d’être expulsée, j’ai reçu la visite d’une femme qui travaillait à cette association. Je lui ai expliqué que l'on m’avait refusé l’asile en première instance et que mon appel n’avait pas été présenté à temps et que j’allais donc être expulsée vers la mort. Alors cette femme a appelé sa collègue qui s’était occupée de mon dossier parce qu’elle la connaissait, elle lui a demandé ce qui s’était passé. Elles ont discuté pendant un moment et en raccrochant, cette femme m’a avoué qu’apparemment sa collègue avait reçu d’en haut l’ordre de faire capoter l’histoire, parce qu’il y avait trop de demandes d’asile en Autriche et que tout le monde ne pouvait pas rester dans le pays !

A la solde du ministère de l'Intérieur

Contactée, "Menschenrechte" n’a pas donné suite à nos demandes d'explications. Mais sur la page d’accueil de son site internet, on apprend que cette structure est subventionnée par le ministère autrichien de l’Intérieur. Un ministère qui ne cache pas vouloir faire baisser le nombre de réfugiés accueillis en Autriche, proportionnellement l’un des plus élevés d’Europe.

Cette association, censée aider Deniz Donau à obtenir le statut de réfugié, a-t-elle vraiment volontairement bloqué la procédure de demande d'asile? Pour Jo Schedlbauer, membre de l’association qui défend les droits des transsexuels – TransX – cela ne fait aucun doute:

Je suis persuadé que le ministère de l’Intérieur ne voulait pas une réponse positive. Au sein même du ministère il y a des responsables qui ne veulent pas que les gens obtiennent l’asile. Cela ne concerne pas que les transsexuels, loin de là. Nombre d’autres demandeurs d’asile qui sont pourtant menacés dans leur pays d’origine n'obtiennent pas le statut de réfugiés. Ils sont alors expulsés.

Moins d'une chance sur cinq

En 2008, un demandeur avait une chance sur 4 d’être reconnu comme réfugié en Autriche. Un an plus tard, il avait moins d’une chance sur 5. Quelles qu’en soient les raisons, on expulse donc de plus en plus, au lieu d’accueillir les réfugiés. C'est vrai en Autriche comme ailleurs en Europe.

Selon l’avocate spécialisée dans l’asile Judith Ruderstaller, de l’association Asyl im Not, tous les pays de l'Union européenne mettent des bâtons dans les roues des réfugiés pour échapper à leurs obligations d’accueil, car l’idée que les demandeurs d’asile n’étaient pas vraiment des personnes persécutées, mais dans leur majorité, de simples migrants économiques est de plus en plus largement répandue en Europe:

On le voit bien avec le règlement européen de Dublin qui stipule qu'une demande d'asile ne peut pas être déposée dans plusieurs pays de l'UE. Or, avant même d’étudier les demandes, les pays européens se renvoient les demandeurs d’asile en disant, par exemple, 'C’est la Grèce qui est responsable de ce dossier' parce que le demandeur est entré par ce pays – alors que tout le monde sait que le système d'aide aux demandeurs d'asile en Grèce est catastrophique. Même chose avec l’Italie, depuis des mois on renvoie là-bas des demandeurs originaires de l’Afrique du Nord … et comme par hasard, le nombre de dépôts de dossiers n’augmente pas en Italie. Pourquoi ? Parce qu’on renvoie les réfugiés sans enregistre les demandes d’asile !

Ainsi, depuis le début de l’année 2011, plus de 50 000 personnes ont fuit les pays arabes et ont gagné l’Europe. Mais en provenance de Libye, de Syrie, de Tunisie, du Bahreïn, du Yémen et d’Égypte, l’Autriche n’a pas reçu plus de demandes d’asile que l’année dernière.


A la suite d'une importante mobilisation médiatique, la demande de Deniz Donau est actuellement de nouveau étudiée par les autorités autrichiennes.




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