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A Rome, pauvres et ex-riches au Mont-de-piété

Le Mont-de-piété hier comme aujourd'hui / YLI/SIPA

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12.10.2011 | 13:32

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La crise n'épargne pas les classes moyenne, en Italie comme ailleurs. A Rome, au Mont-de-piété, pauvres et ex-riches, mettent "au clou" leurs biens de famille. Un nivellement par la crise et par le bas des classes sociales. Témoignages.

Des voitures encombrent la place. Un bijoutier désœuvré fume une cigarette en feuilletant son journal. Devant le "Palais de la Piété" style Renaissance, un policier appuyé au chambranle des immenses portes en bois et en fer forgé surveille les allez-et venues furtives. A quelques mètres de là, le marché sur la place bat son plein. Bienvenue "chez ma tante" romaine.

Frappés de plein fouet par la crise économique, les Italiens ne savent plus comment boucler leurs fins de mois. Mariée à un sénateur démocrate, Livia Aymone habite dans un quartier huppé de Rome. Inquiéte de la montée de la pauvreté, elle prend pour exemple le fait que même dans sa rue, les poubelles sont systématiquement fouillées. Et ce sont des habitants du quartier qui font les poubelles ou vont déposer au clou leurs biens de valeur.

Un sentiment de déclassement social que partage Giulia Farro, une quadragénaire romaine qui a accompagnée l’une de ses amies au Mont-de-Piété il y a quelques jours.  Depuis quelques mois, cette institution fondée à la fin du XVème siècle  en Italie par les moines Franciscains est littéralement prise d’assaut. A Rome, Milan, Palerme, Gênes, les clients des se bousculent chaque jour dans les salles d’attente pour obtenir un prêt gagé sur les objets mis "au clou".

"Ils ne veulent pas de mon vison"

Dans l’entrée en marbre ou trône une montre du 17ème siècle, une femme bien habillée, le regard caché par des lunettes de soleil très "déjeuner chez Tiffany" a un sac plastique à la main. On devine une fourrure. Pour se donner du courage, elle a demandé à deux amis de l’accompagner.

"C’est la première fois que je viens ici. Je voulais donner mon vison en gage, ils l’ont refusé. Trop vieux, trop abimé, plus à la mode". Comme les autres, elle réclame l’anonymat. Par honte, par douleur.

Nous interrogeons des romains de toutes classes sociales dans les trois grandes salles du Mont de Piété. Certains refusent d'expliquer les raisons qui les ont conduits ici. Pour ceux qui répondent, certains mots sont des leitmotivs: chômage, revenus insuffisants, enfants à charge, crise économique, loyer impayés, charges, emprunts…

Je ne travaille pas, je ne peux pas justifier mes revenus, les banques refusent de m’accorder un prêt. Certes les taux d’intérêt pratiqués par le Mont de Piété- 11,5%- relèvent de l’usure. Mais je n’ai pas d’autre solution"

se justifie cette autre femme bien habillée, même si ses vêtements ne sont pas de la dernère mode.

Un fonctionnaire nous confie en catimini que le gramme d’or est estimé ici à 28 euros. Les contrats sont renouvelables tous les trois mois et les taux d’intérêt établis par la banque Unicredit qui dirige le Mont-de-piété. En cas de non renouvellement, les objets sont mis aux enchères un mois après l’échéance du contrat souscrit par l’emprunteur.

"Répondons à la violence par la violence"

Francesca, est arrivée à 8.30 heures avec sa fille qui "fait médecine" précise-t-elle avec une certaine fierté. Enseignante, fraichement divorcée, cette femme à la cinquantaine bien portée vient ici pour la première fois.

Je gagne 980 euros net par mois, mon loyer coute 650 euros. A mon âge, mes parents m’aident de nouveau, mais cela ne suffit pas"

Elle se plaint de la crise, évoque sa jeunesse, les révoltes étudiantes, critique le gouvernement Berlusconi et la presse. Une presse, dit-elle qui se concentre sur les parties fines du milliardaire et oublie la situation économique italienne, européenne, mondiale.

Pour éviter le pire, nous devons répondre à la violence par la violence" estime cette enseignante en apparence très calme. La violence?  "Oui, il faut manifester  mais pas en se contentant de brandir des banderoles. Il faut lancer des pavés pour chasser la caste des politiciens corrompus et véreux qui minent le pays et ruinent les Italiens".

Fauchée... mais en Tod's

Dans la deuxième salle d’attente, Margareth attend son tour depuis trois heures. Mariée à un cardiologue américain qui exerce dans une clinique conventionnée, elle se cache, elle aussi, derrière des lunettes de soleil. Margareth ne veut pas donner de détails sur sa vie et le pourquoi de sa visite au Mont-de-piété. Mais son attitude faussement tranquille dénonce une angoisse cachée. Elle jette un coup d’œil rapide dans la salle et dévisage des gens, comme elle, plutôt bien habillés, bien coiffés, les femmes soigneusement maquillées certaines chaussées de Tod’s, les célèbres mocassins à picots.

En Italie, la crise a effacé les frontières entre les classes sociales. Regardez autour de vous, il y a des Italiens pauvres et des ex-riches. Nous sommes tous devenus égaux avec crise italienne".

Nous n'osons pas lui dire qu'avec la crise, que l'égalité dans la pauvreté semble loin d'être parfaite, les "ex-riches" semblant avoir encore de beaux restes...

Au fond de la salle, Maria patiente.  65 ans, veuve, trois enfants dont un de vingt cinq ans encore à charge, une retraite de 750 euros par mois.

J’ai déposé les quelques bijoux que m’avait offert mon mari y compris mon alliance pour arrondir le poids de l’or. Toute une vie évaluée 720 euros ! Des fois, je me dis qu’il vaudrait mieux mourir. Si je paye le loyer et l’électricité je ne peux pas manger. Je comprends ceux qui volent dans les supermarchés. Avant la crise, je m’en sortais. Difficilement mais je vivais".

Maria n'a jamais acheté de mocassins Tod's.



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