Connexion

Syndicate content

Aide à la Grèce: la torpille slovaque désamorcée

mercredi, 12 octobre, 2011 - 10:53

Après avoir rejeté le renforcement du Fonds de stabilité européen (FESF), le Parlement slovaque devrait revoter vendredi. Un parti minoritaire de la coalition au pouvoir bloque le dernier plan de sauvetage de la Grèce. Une nouvelle illustration des lacunes de la zone euro, parasitée par les jeux politiques nationaux.

Mieux que "Les Borgias", la nouvelle série à la mode, les turpitudes de la zone euro: du suspens, des coups fourrés, des alliances de circonstance et des trahisons. Un véritable scénario hollywoodien, mais sans happy end. Cette saison 3 de la crise grecque réserve des surprises à chaque épisode, et c'est désormais un second rôle qui tient le haut de l'affiche: la Slovaquie, 5,5 millions d'habitants.

Après le vote favorable de Malte, mardi 11 septembre, 16 des 17 pays de la zone euro s'étaient prononcé en faveur du nouveau Fonds de stabilité financière (FESF), un outil que les dirigeants européens ont décidé de renforcer le 21 juillet dernier. Il ne restait plus que Bratislava. Emotion garantie, d'autant que la Slovaquie a déjà refusé de participer au premier plan de sauvetage de la Grèce. Et patatras: "Sur l'ensemble des 124 députés présents, 55 élus ont voté pour, 9 contre et 60 n'ont pas voté", a constaté le vice-président du Parlement, Pavol Hrusovsky. Clap de fin, suite au prochain épisode.

Deuxième essai

En attendant un nouveau scrutin – qui pourrait intervenir "au plus tard" ce vendredi – le plan de sauvetage de la Grèce est paralysé. Au pire moment.

L'UE avait demandé un "accord rapide":

Nous appelons tous les partis au Parlement slovaque à dépasser les considérations politiques à court terme et à utiliser la prochaine occasion pour adopter rapidement un nouvel accord,

écrivent les présidents de l'Union européenne et de la Commission européenne, Herman van Rompuy et José Manuel Barroso, dans un communiqué conjoint. En France, Alain Juppé a de son côté souhaité "ardemment que ce [second] vote soit positif parce qu'il faut mettre en place l'ensemble des mesures décidées en juillet qui sont absolument fondamentales pour le sauvetage de la Grèce et pour le renforcement de la zone euro".

Retour en 4 questions sur cet imbroglio:

Pourquoi la Slovaquie n'a pas ratifié le FESF?

Essentiellement pour des raisons de politique intérieure.

L'un des partis de la coalition quadripartite au pouvoir depuis juillet 2010, les libéraux du SaS, a ainsi mis à exécution sa menace de torpiller le renforcement du FESF, au motif que les Slovaques sont trop pauvres pour payer pour les erreurs des autres, en l'occurrence la Grèce. Ils réclamaient que leur pays soit dispensé de payer son écot, une exigence totalement irréaliste et aussitôt balayée par Bruxelles.

Nous avons sauvé plus de 300 milliards d'euros aux contribuables européens,

a affirmé le chef du SaS, Richard Sulik, peu après le vote.

Le renforcement du FESF représente une contribution de 7,7 milliards d'euros pour la Slovaquie [sur un total de 440 milliards]. Ce qui l’obligerait, en cas de défaillance d’un des trois pays aidés par ce fonds (Portugal et Irlande pour l’heure, Grèce bientôt), à contribuer au paiement de leurs dettes non remboursées.

De son côté, L'opposition sociale-démocrate du parti Smer-SD dispose de 62 parlementaires.

Nous disons 'non' à un gouvernement de droite, mais nous disons 'oui' au fonds de sauvetage,

a souligné Robert Fico, Premier ministre en 2006-2010 et chef du parti d'opposition sociale-démocrate Smer-SD.

Finalement, quatre partis slovaques se sont mis d'accord voter en faveur FESF dans un deuxième vote vendredi "au plus tard".

Ils se sont également mis d'accord pour proposer des élections anticipées le 10 mars 2012.

Que peut-il se passer si le non l'emporte une 2ème fois ?

L'Union monétaire devrait en revenir au FESF ancienne formule, doté d'une capacité de prêts inférieure et privé des nouveaux outils censés permettre d'endiguer une contagion de la crise à des pays comme l'Espagne et l'Italie.

Le FESF restera alors à son état actuel mais n'aura pas les moyens d'assurer la sauvegarde de l'euro, comme il est supposé le faire dans sa nouvelle forme,

assurait mardi Amadeu Altafaj-tardio, le porte-parole de la Commission européenne aux affaires économiques, dans une interview donnée à l'Express. Avant de préciser:

L'accord a été ratifié par 16 États membres avant elle, on ne peut pas le modifier pour un pays. Que diraient les autres Parlements qui ont déjà voté le texte si on modifiait le traité ? Ils pourraient eux-aussi réclamer des mesures spécifiques et trouver qu'il est injuste de faire des concessions pour un pays.

Une remise à plat de l'accord du 21 juillet est théoriquement toujours possible. A condition d'être votée, une nouvelle fois par chacun des 17 Parlements nationaux. Un délai de plusieurs semaines, en étant très optimistes, incompatible avec l'urgence de la situation en Grèce et en Italie.

Pourquoi le renforcement du FESF est-il aussi crucial ?

Le "super-FESF" validé le 21 juillet par les chefs d'Etat pourra:

  • Acheter des obligations de pays en difficulté directement auprès des investisseurs.
  • Accorder des lignes de crédit aux États en difficultés. Ces prêts accordés à un pays auraient lieu avant qu'il soit confronté à un besoin immédiat de financement.
  • Octroyer des prêts pour recapitaliser les banques.

Un outil merveilleux, un temps comparé à une "amorce de fonds monétaire européen" par Nicolas Sarkozy. En clair, le FESF a été pensé et dessiné pour prévenir une nouvelle crise et, de façon plus urgence, pour enrayer la contagion en cas de faillite d'un pays endetté. Sans être la solution miracle, l'adoption de ce nouveau mécanisme serait à la fois un signal fort envoyé aux marchés et un instrument précieux. Surtout au moment où l'hypothèse d'un défaut de paiement de paiement de la Grèce prend corps chaque jour un peu plus fort.

Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a déclaré lundi à la chaîne de télévision autrichienne ORF qu'il n'excluait pas l'éventualité d'effacer une partie de la dette grecque. La décote pourrait être supérieure à 50%, autrement-dit, les créanciers de la Grèce pourraient perdre au moins la moitié de leurs fonds. Un tel "défaut de paiement", s'il semble inéluctable, se doit d'être préparé, notamment en recapitalisant les banques qui seraient touchées. La nouvelle mouture du FESF est précisément destinée à faire face à ce type de situation. D'où l'importance du vote slovaque.

Quelle est la situation actuelle dans la zone euro ?

"La crise en zone euro a atteint une dimension systémique", a déclaré, mardi, Jean-Claude Trichet, parlant au titre de président du comité des risques systémiques, piloté par la Banque centrale européenne (BCE). Nous sommes "l'épicentre d'une crise mondiale (…) Le temps nous est compté et il est important de prendre des décisions claires au regard de la gravité de la situation", a-t-il assené.

La France et l'Allemagne se sont donné jusqu'à la fin octobre pour finaliser leurs propositions au sujet de la recapitalisation des banques et du sauvetage de la Grèce. La réponse promise par Paris et Berlin doit intervenir d'ici au sommet du G20, les 3 et 4 novembre, à Cannes. Étape importante, le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement européens prévu pour le 17 octobre a été repoussé au 23.

La troïka des créanciers de la Grèce [UE-BCE-FMI] a finalement accordé hier son feu vert au déblocage d'une nouvelle tranche de 8 milliards d'euros du prêt consenti de 110 milliard d'euros en mai 2010 (110 milliards). Un répit pour Athènes. De quoi échapper à la cessation de paiement quelques semaines de plus. Mais rien n'est réglé.

Le remède de cheval administré depuis des mois, entre mesures d'austérité carabinée et privatisation, ne porte pas ses fruits. Bien au contraire. La stratégie a fait la preuve de son inefficacité. Qu'importe ! Les créanciers réclament toujours plus d'efforts et de coupes budgétaires. Résultat la Grèce est en récession depuis 2008. Loin de permettre un retour rapide à l'équilibre, la cure de rigueur sape toute perspective de croissance… et donc de réduction des déficits.

La récession sera plus profonde qu'anticipé en juin et une reprise n'est désormais attendue qu'à partir de 2013,

reconnaissent le FMI, la Commission et la Banque centrale européenne, dans un communiqué publié mardi.

On voit mal comment Athènes pourrait sortir, un peu, la tête de l'eau autrement qu'en renonçant à rembourser une partie de sa dette. Actuellement, les discussions portent sur une décote – une perte pour les banques – de l'ordre de 50%. Pour la supporter, certaines banques devront être recapitalisés. Elles peuvent y parvenir grâce à leurs propres fonds, en faisant appel à des investisseurs privés ou à de l'argent public. La ministre franaçaise du Budget Valérie Pécresse a assuré que "la France ne fera pas appel au FESF" pour recapitaliser son système bancaire. Si la crise venait à s'aggraver, cet instrument pourrait malgré tout se révéler utile, sinon indispensable.

Berlusconi, mis en minorité, demande la confiance

Le Portugal, troisième pays de la zone euro après la Grèce et l'Irlande à bénéficier d'une assistance financière internationale, est confronté à de nouvelles difficultés économiques qui mettent à mal ses efforts pour assainir ses comptes publics. Des milliers de personnes sont attendues samedi après-midi à Lisbonne et Porto pour protester contre les mesures d'austérité du gouvernement. La veille, les statistiques officielles révélaient un déficit au premier semestre plus important qu'escompté et loin encore de l'objectif que s'était fixé le gouvernement de le ramener à 5,9 % à la fin de l'année. De nouvelles mesures d'austérité ne sont donc pas à exclure.

Les comptes du Portugal sont plombés encore un peu plus par la découverte de la dette accumulée par l'île de Madère: 6,3 milliards d'euros, une somme considérable pour un archipel de 800 km2 dont la population ne dépasse pas les 270 000 habitants. Cette dette inattendue est venue peser sur le déficit du Portugal qui représentait 8,3% du PIB fin juin alors que le gouvernement veut le ramener à 5,9% à la fin de l'année.

En Italie, Sivio Berlusconi se cherche une majorité et tente un nouveau quitte ou double en posant la question de confiance pour son gouvernement. Le vote pourrait avoir lieu jeudi ou vendredi. En début de semaine, le Parlement a refusé de voter, à une voix près, une loi visant à formaliser les dépenses de l'Etat en 2010. Depuis, l’opposition réclame une nouvelle fois la démission du "Cavaliere".

Surtout, manquait à l'appel le vote de Giulio Tremonti, le ministre de l'Economie qu'un différend oppose au président du Conseil autour du choix du futur gouverneur de la Banque d'Italie et, plus largement, de la gestion de la crise économique. Ces passes d'armes sont l'une des raisons invoquées la semaine dernière par l'agence de notation Moody's pour dégrader de trois crans la note italienne.




Mots clés
, , , , , , ,
Pays