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Il y a Indignés et indignés

vendredi, 14 octobre, 2011 - 14:31

Y a-t-il de bons et de mauvais indignés? Tous les motifs d'indignation sont-ils justes? L’indignation n’est pas l’apanage du mouvement du 15-M, qui a lancé le vent de contestation en Espagne, et il peut être difficile de faire le tri entre les authentiques "Indignados" et les autres. L'analyse de la correspondante de Myeurop à Madrid.

"Le Mouvement du 15-M est un mouvement de citoyens libres, pas un regroupement juridiquement constitué", expliquait, en substance, une porte-parole de Democracia Real Ya ! (DRY), l’un des groupes à l’origine des Indignados. C’était jeudi en conférence de presse, et la jeune femme déclinait par avance toute responsabilité du mouvement au cas ou des manifestants décideraient de camper sur la Puerta del Sol le 15 octobre – date de la Journée mondiale de l'indignation.

S’il n’y a pas de groupe juridiquement constitué, tout le monde peut finalement s’en réclamer. Comme ce jeune homme qui, en mai dernier, avait fait irruption au Parlement européen en réclamant une "démocratie réelle maintenant" mais qui, d’après DRY ne faisait pas partie du mouvement. Ou comme ces "éléments étrangers qui perturbent les activités du Mouvement 15-M à Bruxelles sans en être membres", selon une porte-parole de la marche à Bruxelles.

Le mouvement avait aussi dû se démarquer des incidents violents qui ont éclaté à Barcelone en juin dernier entre certains manifestants et forces de l’ordre, lors du débat sur le budget du Parlement régional.

"Indignés par la loi sur l’avortement"

Les manifestants du 15-M n'ont pas inventé l'indignation. "C’est la presse qui nous a collé ce qualificatif, pas nous ! Je pense que ‘quinze-mayistes’ aurait été plus adéquat", estime Carlos, porte-parole de DRY. Il est clair néanmoins que leur mouvement a mis le terme sur le devant de la scène: désormais, on "s’indigne" plus qu’on ne "s’insurge" par exemple. L’ouvrage de Stépahne Hessel, Indignez-vous ! (Indignaos ! dans sa version espagnole) avait auparavant ouvert la voie à l’intronisation du mot comme étendard de la contestation sociale.

Ainsi, les groupes anti-avortement qui ont planté leur tente en juillet dernier sur la Puerta del Sol, en face du dernier stand du mouvement 15-M, justifiaient leur présence sur la place madrilène par le fait qu’ils étaient "indignés par la loi sur l’avortement", selon les explications à MyEurop d’un de leurs représentants.

Après quelques tensions, les quelques membres du 15-M encore présents sur les lieux avaient alors rappelé que "la place est à tout le monde" et laissé à leurs affaires les activistes anti-IVG. Après tout, les motifs d'indignation sont variés. Sont-ils pour autant tous aussi valables? Sont-ils tous justes?

Tout le monde à sa place, sauf les racistes et les homophobes

Le fait est que l’indignation n’est pas l’apanage des progressistes du 15-M ou de la gauche – dont le 15-M ne se réclame d’ailleurs pas, puisque le mouvement est apolitique. D’ailleurs, Eric Aeschimann rappelait dans un article sur l’ouvrage de Stéphane Hessel publié dans Libération le 30 décembre 2010, qu’il

y eut une époque où les avant-gardes artistiques et les contestataires rêvaient de choquer le bourgeois: s’indigner était alors un réflexe de droite.

Le site internet Periodismo Real (Journalisme réel) analyse d’ailleurs la place des différents courants idéologiques dans le mouvement:

Y a-t-il des indignés de droite ? Bien sûr qu’il y en a, et nombreux, qui comptent du reste une longue trajectoire d’indignation. […] Il y a même des indignés d’extrême-droite, indignés par les immigrés qui peuplent notre pays. Mis à part ces derniers, dont il est clair que personne ne veut, le reste (des indignés de droite) aurait-il sa place dans un mouvement comme le nôtre, de large ampleur ? Bien sûr que oui.

Alors, comment différencier un indigné d’un Indigné? "Nous sommes des personnes qui nous réunissons pour travailler ensemble", rappelait jeudi Marta, la porte-parole de DRY. Travailler ensemble, selon les principes du mouvement, comme le pacifisme, la participation, la liberté d’expression.

Du moment qu’on n’est ni raciste, ni xénophobe ou homophobe, on a toute sa place dans DRY,

estime Carlos, qui rappelle que DRY n’est qu’une organisation parmi d’autres au sein du 15-M.




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