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A quoi joue l’Allemagne ?

mercredi, 26 octobre, 2011 - 09:55

Angela Merkel a mis du temps avant de reconnaitre l'ampleur de la crise et le nécessité de sauver la Grèce et l'euro - dans l'intérêt de l'Allemagne. Si Berlin a désormais les cartes en main, la Chancelière avance au coup par coup. Sans enthousiasme ni soutien ferme de sa majorité, mais avec une obsession : faire payer les mauvais élèves et ne plus remettre au pot. D'abord, limiter la casse. Le "saut fédéral" attendra.

Mais que veut l’Allemagne ? Vu de France, la position de Berlin face à la crise européenne semble pour le moins floue, pour ne pas dire incompréhensible. Au sein même du parti chrétien-démocrate (CDU) d’Angela Merkel, certains politiciens ne cachent plus leur euroscepticisme alors que d’autres, telle que la ministre du Travail et des Affaires sociales Ursula von der Lyden, parlent tout haut de la création des "États-Unis d'Europe", une idée lancée par Winston Churchill en.. 1946.

Dans un entretien accordé au Monde, l’ancien chancelier, Gerhard Schröder, souhaite

ériger un véritable gouvernement économique au sein de la zone euro. Ces transferts de souveraineté nationale doivent s’accompagner de nouveaux pouvoirs pour le Parlement européen et d’une coordination accrue des politiques économiques avec un rôle central joué par la Commission Européenne.

Mais si l’Allemagne semble en pointe pour demander une réformes des traités, ses dirigeants repoussent toutes les mesures visant à transférer vers Bruxelles une partie de ses pouvoirs. Ambiguë, vous avez dit ambiguë ?

Ne pas mettre la charue avant les boeufs

Pour comprendre la position de Berlin, un petit rappel historique est nécessaire… Angela Merkel a tout d’abord mis beaucoup de temps à comprendre que la crise actuelle risquait de réellement mettre en péril l’avenir de l’euro et de l’Union européenne. Pendant longtemps, la chef du gouvernement fédéral a cru pouvoir régler tous les problèmes en accordant quelques prêts aux banques et aux pays les plus endettés.

Tout récemment, elle a réalisé que l’abysse n’était pas loin et que l’UE allait devoir avaler une pilule bien plus amère que prévu afin d’éviter la chute. Mais en Allemagne, les gens n’aiment pas mettre la charrue avant les bœufs. Certes, le modèle européen n’est pas idéal et des réformes devront être lancées pour le réformer. Mais avant de commencer une révolution institutionnelle, Berlin veut éteindre le feu qui couve.

Alors oui, de nouvelles aides devront être accordées aux banques bien trop prêteuses et aux pays du "club Med" bien trop cigales et pas assez fourmis. Mais sous certaines conditions… La mentalité rhénane l’exige.

Les établissements financiers devront donc annuler une partie des dettes des nations les plus touchées et ces dernières devront se serrer la ceinture de manière drastique. Et pas question de fragiliser la banque centrale européenne dans ce processus. La BCE est en effet considérée en Allemagne comme le garant de la stabilité de l’euro et comme le dernier rempart au retour de l’hyper inflation qui continue de paniquer nos voisins.

Absence de relève politique

Berlin veut aussi s’assurer que cette nouvelle aide sera la dernière. Pas question de remettre au pot deux ou trois fois par an comme c’est le cas actuellement. Une fois que l’écurie européenne aura retrouvé un semblant d’ordre, la république fédérale pourra alors s’intéresser à réformer ses institutions. Mais là encore, la marge de manœuvre d’Angela Merkel est très étroite.

Au sein même de sa coalition, les avis divergent sur les mesures à prendre et l’opposition va tout faire pour l’empêcher de devenir le "sauveur de l’Europe" à deux ans des prochaines élections législatives. La Chancelière ne peut de surcroît prendre aucune décision seule depuis que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe lui a ordonné d’obtenir l'approbation de la commission budgétaire du Parlement avant de pouvoir débloquer toute nouvelle garantie dans le cadre du Fonds européen de stabilité financière (EFSF).

En acceptant de confier plus de pouvoirs à Bruxelles, la doctoresse en physique sait enfin qu’elle devra obtenir l’aval de ses concitoyens ce qui est loin d’être acquis. L’opinion publique ne semble en effet plus faire confiance à sa classe politique. Aucun leader charismatique n’apparaît sur les devant de la scène. La stature d’Helmut Kohl avait imposé la réunification, le bagout et le "sourire Colgate" de Gerhard Schröder avait fait voter des réformes économiques radicales et ambitieuses…

Personne à Berlin ne semble aujourd’hui avoir la carrure pour encourager les électeurs à soutenir une réforme des institutions européennes.




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