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Berlusconi peaufine sa lettre

mercredi, 26 octobre, 2011 - 14:33

Mis sous pression dimanche par ses partenaires européens, Silvio Berlusconi doit présenter ce soir les nouveaux engagements de l'Italie pour réduire sa dette et relancer la croissance. En dépit d'un accord arraché in extremis à ses alliés de la Ligue du Nord pour une amorce de réforme des retraites, le document n'est pas à la hauteur des enjeux. 

A quatre heures du sommet extraordinaire qui réunira en fin d'après-midi les dirigeants de la zone euro, le gouvernement Berlusconi peaufinait encore le programme d’économie réclamé dimanche dernier par ses partenaires européens pour réduire l’endettement de la péninsule.

La petite lettre que Berlusconi déposera à Bruxelles ce soir à besoin d’une petite mise au point et de quelques retouches,

a déclaré Gianni Letta, l’éminence grise du Cavaliere à l’heure du déjeuner. En fait, le brouillon de la lettre aurait été expédié à la commission européenne, qui aurait inséré quelques corrections.

Selon la presse italienne, le président de la république, Giorgio Napolitano aurait jugé même "insuffisante" l'ébauche de la lettre.

Accord a minima sur les retraites

L'exercice est acrobatique: Silvio Berlusconi doit rassurer l’Union européenne sans rompre avec la Ligue du nord, son principal allié, qui brandit l’arme de la crise depuis deux jours pour faire monter les enchères et renforcer son poids au sein de l’exécutif. Il pourrait perdre sur les deux tableaux.

D'après les quotidiens transalpins La Stampa et La Repubblica, le Cavaliere aurait accepté de nouvelles élections en mars 2012 en échange du soutien de son allié à ses mesures d'austérité.

Après deux jours et deux nuits de pourparlers exténuants, la Ligue du Nord et le milliardaire ont trouvé un semblant d’accord. Il prévoit le relèvement progressif de l'âge de départ en retraites de 65 à 67 ans. Une concession de la part de la Ligue qui ne change pas grand-chose dans la mesure où des réformes adoptées ces dernières années prévoient déjà d'atteindre 67 ans en 2026.

La Ligue du Nord n'a, par contre, rien cédé sur les "pensions d’ancienneté", qui permettent aux salariés de partir à 60 ans dès lors qu'ils ont cotisé 36 ans et à tout âge à partir de 40 ans de cotisation. Le Cavaliere avait pourtant promis à ses partenaires européens de faire disparaitre ce dispositif pour uniformiser le système italien.

Autre échec, les "retraites baby" qui ont permis à toute une génération de salariés de quitter leur emploi à 40 ou 50 ans en ayant parfois cotisé pendant seulement 15 ans. Le gouvernement Berlusconi voudrait introduire une taxe de 10% sur ces pensions qui coutent au total 9,5 milliards d’euros par an à l’État italien. Mais le chef de la Ligue du Nord Umberto Bossi traine les pieds. Rien d'étonnant quand on sait que son épouse est partie en retraite en 1992… à l’age de 37 ans !

Des mesures déjà annoncées et jamais mises en oeuvre

Pour le reste, la lettre "d’intentions" remise à la commission européenne a été saupoudrée de mesures déjà envisagées dans les plans d’austérité précédents – et qui n'ont toujours pas été adoptées en raison des divisions au sein de la majorité.

A commencer par un gel des embauches et des salaires dans l’administration publique mais aussi la libéralisation des services publics offerts par les collectivités locales (eau, gaz, ramassage des ordures)ou encore la vente d’une partie du patrimoine public. Un paragraphe concerne également les infrastructure avec la reprise de quelques Grands Travaux pour attirer les capitaux étrangers.

Ce document ne devrait guère calmer les partenaires européens qui craignent que l'Italie ne soit la prochaine victime de la crise de la dette et emporte la zone euro dans sa chute. Mais, ils n’ont pas l’intention de rompre avec l’Italie. Pour palier le manque de promesses concrètes, l’UE demandera surement à l’exécutif de Berlusconi de lui donner des garanties de bonne foi en indiquant par exemple des dates précises pour l’application de chaque mesure. Manière de gagner du temps et de ne pas (trop) affoler les marchés. Jusqu'à quand?

Sur le pied de guerre

Il semble en effet improbable que l’Europe décide de trop accentuer la pression sur la péninsule. Durant les derniers jours, l’adoption de mesures de rétorsions a été évoqué, par le biais de la Banque Centrale européenne (BCE) qui gèlerait provisoirement ses achat d’obligations italiennes. Mais cette arme à double tranchant pourrait avoir des retombées sur toute la zone euro en accentuant la faiblesse de Rome face aux marchés.

Tandis que Silvio Berlusconi vient de prendre le chemin de Bruxelles, à Rome le ton monte. Au parlement comme au sénat, les députés qui n’ont pas apprécié de ne pas avoir lu la lettre concernant l’avenir du pays, sont sur le pied de guerre. Plusieurs députés en sont même venus aux main lors de la session parlementaire de ce mercredi après-midi.




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