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McGuinness, l’ex-commandant de l’IRA, qui veut être Président

mercredi, 26 octobre, 2011 - 16:40

Terroriste pour certains, héros pour d'autres, Martin McGuinness, candidat du Sinn Feìn et ancien commandant de l'IRA est candidat à la présidence de la République d'Irlande. Portrait. 

Son arrivée dans la course à la présidence de la République d'Irlande a bouleversé la campagne électorale. Le candidat Martin McGuinness ne laisse pas indifférent les Irlandais, bien au contraire. Il est admiré ou haï, mais son entrée en lice a déclenché un intérêt nouveau pour la campagne. Ancien membre actif de l'IRA (Irish Republican Army), puis négociateur de la paix, vingt ans plus tard, le paradoxe Martin McGuinness intrigue.

Exécutions et attentats

Pour beaucoup, il est encore trop tôt pour voir un personnage comme McGuinness prendre la présidence du pays. Les "troubles" et les actions meurtrières de l'IRA sont encore trop récents pour bon nombre d'Irlandais du Sud. Dans les rues de Dublin, certains estiment qu'il est impossible de voter pour lui du fait son passé.

Commandant de l'IRA à Derry, la ville du massacre du Bloody Sunday, il s'est ensuite progressivement éloigné de la lutte armée. Son véritable rôle pendant près de 30 ans au sein de l'IRA reste en grande partie secret. "Les gouvernements britannique, irlandais et américain ne se font pas d’illusions sur sa carrière de commandant de l’IRA: ils se doutent bien qu’il a dû approuver des centaines d’exécutions et d’attentats" écrit le quotidien londonien The Independent.

A l'inverse, son rôle dans le processus de paix est, lui, bien connu et mis en avant dans cette campagne. Au cœur des négociations avec le premier ministre britannique Tony Blair, et le leader des unionistes en Irlande du Nord, Ian Paisley, cet ancien ouvrier boucher a accepté de partager le pouvoir avec ses anciens ennemis pour garantir la paix dans la région en tant que vice-Premier ministre d'Irlande du Nord.

Paradoxalement les Irlandais du Nord ont eu moins de mal à passer à autre chose. Pour preuve, le passé de McGuinness n'a quasiment pas été mentionné durant les élections législatives qu'il y a remporté de nouveau il y a six mois dans sa circonscription.

"La guerre, le conflit, c'était affreux"

Pourtant dans cette campagne présidentielle, Martin McGuinness doit rendre des comptes lors de confrontations avec des familles de victimes de l'IRA, dans les débats avec les autres candidats, mais aussi dans les discours devant les sympathisants du parti.

J'aurais pu ne pas rejoindre l'IRA, rester chez moi en regardant mes amis, ma famille se faire massacrer. Mais j'aurais eu honte de moi, si je n'avais pas rejoint l'IRA. Je pense que nous avons eu raison de faire ce que l'on a fait. Je n'essaye absolument pas de glorifier cette époque. La guerre, le conflit, c'était affreux".

Un des autres candidats à la présidence, Gay Mitchell, membre du Fine Gael, un des partis au pouvoir, a d'ailleurs basé sa campagne sur le passé républicain et militant de McGuinness. Cela n'a pas eu les effets escomptés puisque Mitchell plafonne dans les sondages, bien en dessous de l'ancien chef de l'IRA.

"Un homme ordinaire à la vie extraordinaire"

Mais cette stratégie a assuré, malgré les efforts de Martin McGuinness, l'omniprésence du passé dans les débats. Pourtant cet homme politique charismatique et proche des quartiers populaires irlandais essaye de parler du futur.

Le président de la République doit avoir des capacités de leadership, et j'ai prouvé que je pouvais assurer ce rôle en m'associant à Ian Paisley et Peter Robinson, en amenant la paix, en parvenant à créer des emplois. Maintenant je veux soutenir les irlandais dans cette période de dépression économique".

Il se présente comme un homme simple, père, grand-père. En toutes circonstances, il affiche un calme quasi olympien, qui rend difficile de l'imaginer en ancien chef d'un groupe armé, mais son côté "comme tout le monde" plaît à une certaine catégorie de la population irlandaise, qui veut un président qui comprend leur quotidien. "Je suis un homme ordinaire, qui a eu une vie extraordinaire", plaisante-t-il lors de ses meetings, où il raconte, tout en gardant les secrets de son allégeance à l'IRA, sa vie devant une foule passionnée et conquise.

A la troisième place dans les sondages, Martin McGuinness ne remportera probablement pas la présidence du pays. Même si son score est plus qu'honorable, il reste une figure trop polémique. Mais c'est son parti, le Sinn Feìn, qui ressortira renforcé de cette campagne. Parti très implanté dans les quartiers populaires, le Sinn Feìn est désormais, selon un sondage, le deuxième parti le plus apprécié dans le pays, alors qu'il y a encore peu de temps, voter pour les "sinners" n'était pas politiquement correct. Aujourd'hui, ce parti transnational présent dans les deux Irlande et en Angleterre gagne partout du terrain.

Super-ambassadeur de l'Irlande

Le poste de président de la République n'est pas exécutif, c'est à dire que le futur occupant de la résidence présidentielle en plein Phoenix Park, au centre de Dublin, a un pouvoir symbolique. Le Président représente principalement l'Irlande à l'étranger. Un poste de super-ambassadeur important en période de crise. Les précédentes élections n'ont pas passionné les foules, mais celle-ci est différente. La perte de souveraineté économique durant la crise est toujours très mal vécue par les Irlandais, qui cherchent à compenser par cette élection.

Et les candidats sont nombreux à surfer sur la vague de la crise économique. McGuinness le premier, promet d'utiliser le salaire présidentiel pour donner symboliquement un emploi à six jeunes D'autres, comme Sean Gallagher, candidat dans le tiercé de tête, promettent de créer des emplois et de remettre l'Irlande sur de bons rails, même si dans les faits, le président, une fois élu, ne contrôle pas le poste d'aiguillage.

On connaitra le nom du successeur de l'actuelle présidente, Mary McAleese, vendredi. Mais quelle que soit l'issue, cette élection aura eu le mérite de confronter les irlandais à leur passé, et de réfléchir à leur avenir.


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