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Corruption: l’Allemagne a aussi les mains sales

jeudi, 27 octobre, 2011 - 14:09

Un ancien banquier accusé d'avoir touché des dizaines de millions d'euros en pots-de-vin de Bernie Eccelstone, le grand argentier de la Formule 1. Des dessous-de-table pour "faciliter" le "dialogue social" chez Volkswagen... Les affaires de corruption sont devenues monnaie courante outre-Rhin. Avant de donner des leçons de rigueur morale et budgétaire à l'Europe entière, l'Allemagne devrait balayer devant sa porte.

L'Allemagne, adepte des dessous de table. Cette affirmation peut paraître surprenante voire même calomnieuse. Et pourtant… La République fédérale n'est pas un parangon de vertu. Ennuyeux pour Berlin qui aime bien jouer les donneurs de leçons depuis quelques semaines. Avant de dénoncer les pratiques douteuses des entreprises grecques, italiennes ou espagnoles il aurait été de bon aloi de bien balayer les portes de grandes entreprises allemandes.

La République fédérale ne figure, en effet, qu’à la quinzième place du classement annuel des pays les moins corrompus au monde établi par Transparency International. La plus puissante économie de la zone euro est, certes, mieux placée que la Grande-Bretagne (20ème), la France (25ème), l’Espagne (30ème), le Portugal (32ème), l’Italie (67ème) ou la Grèce (78ème). Mais elle est devancée par pas moins de sept pays membres de l’Union européenne dont le Danemark (1er), la Finlande (4ème), la Suède (5ème) ou les Pays-Bas (7ème).

La F1 carbure aux pots-de-vins

La corruption semble toucher tous les secteurs de l’économie allemande. Le 24 octobre, le procès d’un ancien banquier accusé d’avoir reçu d’énormes dessous de table du grand manitou de la F1, Bernie Ecclestone, a débuté à Munich. Gerhard Gribkowsky, qui était à l’époque des faits qui lui sont reprochés, directeur des risques de la banque régionale allemande BayernLB, aurait accepté 44 millions de dollars de pots-de-vin pour vendre au fonds d'investissement britannique CVC les droits du sport automobile le plus populaire au monde.

Cette transaction était vitale pour "Bernie", car le fonds anglais lui promettait en contrepartie de lui laisser les commandes de la discipline. La corruption ne concerne pas que des banquiers véreux mais aussi les grands groupes, fleurons de l'économie allemande.

Faciliter les négociations avec les syndicats

Deutsche Telekom aurait ainsi "graissé la patte" de plusieurs fonctionnaires lors de l'ouverture du marché des télécommunications en Macédoine en 2005. Daimler a, quant à lui, payé 180 millions de dollars à la justice américaine pour mettre fin à une enquête fondée sur des accusations de corruption. Et Siemens a été contraint de verser en 2008 une amende de près d’un milliard d'euros pour avoir utilisé des caisses noires en Argentine, au Bangladesh, en Irak et au Venezuela.

Cet inventaire à la Prévert ne s’arrête pas là. L’ancien directeur du personnel de Volkswagen aurait ainsi fait un gros "cadeau" en espèces sonnantes et trébuchantes de près de 2,5 millions d'euros à Klaus Volkert, le représentant syndical du personnel, pour "accélérer" les négociations des accords collectifs. Le patron de la filiale allemande d'Aegis Media, Alexander Ruzicka, a pour sa part, détourné 32 millions d'euros de ristournes offertes à son employeur par les chaînes télévisées.

Et certains dirigeants d'IKEA Property, qui gère le parc immobilier du distributeur de meubles en Allemagne, ont été arrêtés pour avoir monnayé pendant 20 ans des contrats de construction contre des pots-de-vin se chiffrant en dizaines de millions d'euros. RWE ainsi que les filiales rhénanes de Faurecia et Philips ont, eux aussi, été soupçonnées de malversation.

Intermédiaires véreux

Le cas de Ferrostaal est encore plus grave. Le groupe allemand ne se serait pas contenté de payer des pots de vin pour ses propres affaires, mais il aurait également servi d’intermédiaire pour d’autres entreprises en échange d’une commission.

La compagnie aurait notamment versé 850 000 euros de dessous-de-table à "des décideurs de la marine colombienne et du ministère colombien de la défense" pour permettre à une entreprise du port de Brême de décrocher un contrat de 28 millions d’euros portant sur la construction d’un patrouilleur pour les garde-côtes. En échange de ses bons et loyaux services, Ferrostaal aurait obtenu une commission de 5%. Ces pratiques seraient monnaie courante en Allemagne.

Une lutte farouche et inefficace

Une étude du cabinet KPMG a montré que plus de la moitié des groupes basés en République fédérale dont les revenus annuels dépassent 500 millions d'euros ont été victimes de corruption ou d'une escroquerie ces trois dernières années. Et cette situation s’empire d’année en année.

Une autre étude de Transparency International publiée l’an dernier montre que 70% des patrons de sociétés allemandes interrogés estimaient que le niveau de corruption dans leur pays avait augmenté au cours des trois dernières années.

La Justice cherche à resserrer l’étau autour des tricheurs. Les cas d’infraction concernant le versement de dessous-de-table lors de transactions commerciales sont ainsi passés de 42 affaires passibles des peines les plus lourdes en 2004, à 124 en 2008.

Une commission d’enquête de l’OCDE a ainsi loué en mars ernier les efforts entrepris par les autorités fédérales pour lutter contre la corruption. Mais 76% des dirigeants interrogés par Transparency International jugent pourtant que les nouvelles mesures gouvernementales sont totalement inefficaces. Des bonnes intentions à la pratique, la route est longue.




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