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Etudiants étrangers: La France renvoie, l’Allemagne accueille

vendredi, 28 octobre, 2011 - 17:07

La France a décidé de limiter le nombre d'étudiants étrangers et leur interdire de rester en France quand ils sont diplômés. Une aubaine pour l’Allemagne qui doit faire face à sa pénurie de main d’œuvre qualifiée. Résultat immédiat: diplômes français en poche, ces étudiants sont particulièrement bienvenus outre-Rhin. 

Malgré un demi siècle d’union, le couple franco-allemand n’est décidément plus sur la même longueur d’onde. Même s'il faut bien admettre que les situations sont diamétralement opposées, la question de l’immigration de travail est un nouvel exemple de politiques économiques divergentes.

La polémique née en France après les nouvelles orientations de politique migratoire en avril dernier a rapidement été vue comme une opportunité en Allemagne pour attirer une main d’œuvre qualifiée qui se fait de plus en plus rare. Le 29 septembre a été voté au Bundestag une "loi de reconnaissance des diplômes et des qualifications" obtenus à l’étranger. Tout étudiant extra-communautaire peut désormais faire valoir ses acquis et compétences sous un délai de 3 mois à travers une procédure simplifiée.

Cette loi montre l’impulsion majeure en faveur de l’intégration, un puissant renforcement de la cohésion sociale et un signe de bienvenue sans ambiguïté à destination des migrants, 

s’est félicitée Maria Böhmer, ministre déléguée à la Migration, aux Réfugiés et à l’Intégration. La ministre ne cache pas satisfaction : "Même des pays très ouverts à l’immigration comme les États-Unis et le Canada ne disposent pas d’une législation sur la reconnaissance des diplômes étrangers"

Une aubaine pour Berlin

En Allemagne, les étudiants étrangers non-européens peuvent, en effet, obtenir du Bureau de l’Immigration (Ausländerbehörde) un titre de séjour d’une durée d’un an après leurs études, période pendant laquelle ils peuvent rechercher un emploi. L’étudiant devra cependant prouver qu’il dispose des ressources financières suffisantes durant la période de recherche d’emploi. En dehors de cette prolongation d’une année, le jeune diplômé non-européen est autorisé à rester sur le territoire allemand 90 jours supplémentaires sans visa de travail.

Des moyens humains ont également été prévus: des associations comme l’AGEF (Arbeitsgruppe Entwicklung und Fachkräfte), regroupant des experts de la migration et de la coopération, accompagnent les jeunes étudiants étrangers dans leur démarches administratives et leur insertion professionnelle.

Derrière ce dispositif se cache pourtant un pragmatisme de circonstance : l’Allemagne souffre d'un manque criant de main d’œuvre qualifiée et hautement qualifiée (cf. Notre article sur la pénurie d'ingénieurs en Allemagne). Dans un rapport de l’OCDE paru en septembre, la part des travailleurs hautement qualifiés a augmenté en Allemagne durant les dernières décennies, mais beaucoup moins que dans les autres pays industrialisés.

Récemment, Brigitte Ederer, membre du comité de direction de Siemens, estimait ainsi à 14.000 le manque en employeurs qualifiés d’ici à 2020 pour le conglomérat allemand… Aujourd’hui, la priorité est donnée aux ingénieurs (notamment la mécanique automobile et l’informatique) et aux médecins, mais en tout ce sont quelques 300.000 étudiants qui sont potentiellement concernés par la nouvelle loi Allemande.

Schizophrénie française

A l'inverse, en France, le ministre de l’Intérieur a choisi de restreindre les métiers concernés par l’immigration "choisie", arguant d’un taux de chômage en France exceptionnellement élevé (9,7% pour la France métropolitaine, Insee août 2011). Claude Guéant, qui a toujours fait de la lutte contre l’immigration clandestine une priorité, souhaite désormais réduire l’immigration légale (immigration "de travail", étudiants, regroupement familial et réfugiés politiques).

Résultat, les titres de séjours pour les ressortissants étrangers et les permis de travail subissent cette année un coup d’arrêt brutal. Les étudiants étrangers se défendent pourtant de prendre le travail des Français.

Non, ce n’est pas vrai, nous ne prenons pas les emplois des Français. Faire croire cela, c’est faire de la démagogie. Nous ne pouvons postuler aux postes que si ceux-ci ne sont pas pourvus. Et si l'on est recruté dans une entreprise, c’est que l’entreprise a des besoins et que nous répondons à ceux-ci,

martèle Nabil Sebti, porte-parole du Collectif du 31 mai, diplômé d’HEC et désormais illégal en France.

Même au sein de l'UMP, le virage adopté par la France ne fait pas l’unanimité. Si la nouvelle orientation aurait pu se justifier au lendemain de la campagne présidentielle du candidat Sarkozy en 2007 – avec comme thème phare la lutte contre l’immigration – les revirements successifs de ces dernières années laissent perplexes.

Les étudiants étrangers concernés sont, eux, amers et soulignent qu’ils ont été "trompés" par un pays qui les a acceptés comme étudiants, leur laissant miroiter une carrière en France avant de les refuser au moment du changement de statut d’étudiant à travailleur.




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