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Contrats pour la reconstruction en Libye: l’autre guerre

lundi, 31 octobre, 2011 - 17:41

Une nouvelle guerre bat son plein en Libye, celle des contrats. Enjeu: jusqu’à 200 milliards de dollars et du pétrole. La France, mais aussi l’Allemagne forte d'un plan d'action très précis, sont sur les rangs. Mais la Chine n'a pas dit son dernier mot.

Comme souvent lors d’une intervention armée extérieure, deux camps se sont affrontés sur la scène internationale: celui du statu-quo et celui du changement. La Libye n’a pas fait pas exception à la règle : d’un côté, le bloc constitué par la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, de l’autre celui de l’Algérie, de la Chine et de la Russie.

L’Allemagne, après une période de flottement s’est finalement rangée du côté français. A l’heure de la reconstruction du pays, après six mois d’affrontements et de bombardements, le premier camp semble mieux placé pour "venir en aide" à la nouvelle Libye.

Si la course aux contrats ne date pas d’hier, elle se  déroule désormais au grand jour, même si les entreprises concernées restent discrètes. La retenue a prévalu tant que les combats faisaient encore rage en Tripolitaine, fief historique du dictateur libyen désormais mort et enterré dans le désert.

Machine à exporter

Mais sans attendre la fin de Kadhafi, le Medef International, a rassemblé début septembre 400 chefs d’entreprises françaises – dont Total, EDF, Alstom ou Alcatel-Lucent pour ne citer que les plus gros – à Paris pour étudier un plan d’action pour la reconstruction de la Libye et rencontrer les responsables du Conseil National de Transition (CNT), qui jugent l’aide internationale indispensable. Le 12 octobre dernier, ce fut au tour de 80 chefs d’entreprises de se déplacer à Tripoli, accompagnés du Secrétaire d’Etat au Commerce Extérieur, Pierre Lellouche.

Les atermoiements politiques ont d'abord rendu compliqué le positionnement de la machine à exporter allemande. En effet, le ministre des Affaires Etrangères, Guido Westerwelle, s’était d’abord tenu à la politique habituelle, "pacifiste et non-interventionniste", si chère aux citoyens allemands.

Après s’être finalement abstenue lors du vote de la résolution 1973, scellant l’intervention armée de l’OTAN, aux côtés des 4 BRIC (Brésil, Russie, Chine, Inde), l’Allemagne a décidé de rallier le camp de la France en reconnaissant le 12 mai le CNT comme "représentant légitime du peuple Libyen".

300 millions l'intervention, 144 milliards la reconstruction

Mis en parallèle, le coût officiel de la guerre – 300 millions d’euros, d’après le gouvernement français – et les "opportunités liées à la reconstruction de la Libye", estimées à 200 milliards de dollars (ou 144 milliards d’euros) par Thierry Courtaigne, président du Medef International, peuvent laisser songeurs. Surtout que la France, comme la Grande-Bretagne et les USA, semblent tenir la corde pour les contrats à venir…

La France bénéficie d'un climat de sympathie (…) Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement vu ce que le président de la République a fait, mais il est clair que le marché n'est pas à prendre mais à gagner"

déclarait M. Courtaigne, le 7 septembre dernier.

Des déclarations qui font écho à celles tenues par Mustapha Abdeljalil, chef du CNT, selon lesquelles  la France, l’Italie et le Qatar, premiers à avoir reconnus la légitimité du Conseil, seraient favorisés dans les futures relations avec un gouvernement créé par les rebelles.

Politiques français et allemands se défendent pourtant d’avoir eu, à priori, des visées opportunistes:

Nous sommes prêts à aider la nouvelle Libye, si elle le souhaite. Nous sommes prêt à assister et non pas à intervenir. L’Allemagne pense qu’il est crucial que la Libye reste maîtresse de sa reconstruction économique et politique"

déclarait, la main sur le cœur, Guido Westerwelle, le 29 septembre dernier.

Plan de reconquête allemand

Car l’Allemagne ne compte pas rester en retrait non plus. Dans une interview au quotidien économique Handelsblatt (23 septembre), le ministre de l’Economie allemand, Phillip Rösler (des libéraux du FDP) a dévoilé un plan d’action en dix points.

Rösler prévoit, entre autres, de recourir à des instruments de garanties financières, connues en Allemagne sous le nom de "Hermesdeckungen", permettant d’assurer l’investissement de ses entreprises et à l'Etat de garantir une partie des contrats d’exportations signés par les firmes allemandes dans la région. Il prévoit de focaliser l’aide allemande à la reconstruction dans les secteurs de l’énergie, du transport, des infrastructures et des machines, où l’Allemagne est traditionnellement présente en Libye.

Une position saluée par le CNT qui affirme lors du sommet organisé par l’organisation patronale Afrikaverein fin septembre, que l’Allemagne, en dépit de son retard, a désormais les cartes en main pour participer à la reconstruction du pays.

Un pétrole de qualité tout proche de l’Europe

Le secteur le plus en vue dans cette perspective est évidement le pétrole. Après l’épisode Irakien, la suspicion est de mise et la question provoque la gêne des multinationales pétrolières qui ne veulent avancer aucuns objectifs chiffrés en termes de parts de marchés.

Lea qualité du pétrole extrait en Libye – quatrième producteur africain – est l'une des meilleures au monde et présente l’avantage d’être proche de l’Europe. Avant le début de la guerre civile, la Libye produisait 1,6 million de barils de pétrole (elle a même atteint 3,2 millions avant les embargos occidentaux), contre 350 000 au 21 octobre. 79% de la production Libyenne est exportée vers l’Europe.

Les principaux protagonistes du marché sont dans l’ordre: ENI (Italie), Wintershall (filiale de l’allemand BASF), CNPC (Chine), Total et Repsol (Espagne). Aujourd’hui, la bataille fait rage au sein de la National Oil Corporation (NOC), pour savoir qui succèdera au Dictateur. L’issue de cette bataille des chefs pourraient être lourde de conséquences et la donne actuelle profondément changée. Affaire à suivre…

L’Allemagne milite, par ailleurs, pour que le Conseil des Nations-Unies autorise le dégel des avoirs de Kadhafi à l’étranger, une mesure réclamée avec insistance par le CNT, alors que la plus grande partie des avoirs sont encore gelés dans les grandes banques aux quatre coins du monde. D’après le Washington Post, le montant total atteindrait également 200 milliards de dollars.




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