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Les Indignés de la City en odeur de sainteté à la cathédrale Saint-Paul

mercredi, 2 novembre, 2011 - 16:47

L'évêque de Londres, imité par la municipalité, ont décidé de mettre fin à la procédure d'expulsion des Indignés qui occupent le parvis de la cathédrale Saint-Paul, en plein cœur de la City, depuis deux semaines. L'archevêque de Canterbury, la plus haute autorité de l'Église anglicane s'est lui prononcé pour une taxe sur les transactions financières, une revendication des Indignés.

Les indignés britanniques ne seront pas expulsés des abords de la cathédrale Saint Paul. Pas tout de suite. Les responsables de ce haut-lieu de l’Église anglicane ont en effet annoncé le retrait de leur plainte contre l’installation des Indignés à proximité de leur enceinte. Dans la foulée, la City of London Corporation, propriétaire des terrains, a de son côté décidé "d’appuyer sur le bouton pause".

Les occupants des quelques deux cents tentes installées à proximité de la bourse anglaise dormiront donc tranquillement ces prochains jours.

"Que ferait Jésus?"

Ce retournement de situation a été provoqué par la démission de trois membres éminents. Le chancelier canon Giles Fraser, numéro 3 dans la hiérarchie de la cathédrale, a entamé le mouvement jeudi dernier après avoir expliqué que "l’église ne peut pas répondre aux manifestations pacifiques par de la violence". "J'aurais pu imaginer Jésus naissant dans le camp", assurait-il dans un entretien au quotidien The Guardian.

Accrochée non loin du parvis, un long panneau pose cette question: "Et que ferait Jésus ?" Les responsables de la cathédrale semblent avoir fait leur choix.

Démission du doyen de Saint-Paul

En dépit de la réouverture de la cathédrale – fermée pendant une semaine suite à la décision du chapitre de la cathédrale – le révérend Fraser Dyer démissionnait à son tour vendredi.

Je n’aime pas la perspective d’avoir à défendre la position de la cathédrale face aux inévitables questions que les visiteurs nous poseront ces prochaines semaines et prochains mois, particulièrement si les manifestants devaient être expulsés de force par la police à la demande du doyen et du chapitre.

Lundi, le doyen de la cathédrale rendait à son tour son tablier.

L’onde de choc ne se limite pourtant pas au personnel de la cathédrale. Sur son blog personnel, l’évêque de Buckingham Alan Wilson a indiqué après avoir visité le camp des Indignés vendredi

n’avoir aucune idée [de la raison pour laquelle] Saint Paul a fermé la semaine dernière.

Il s’interroge sur l'attitude des responsables de la cathédrale: "Peuvent-ils racheter leur sur-réaction hystérique ? (..) Veulent-ils un débat public ou nettoieront-ils le site aussi proprement et rapidement que possible, probablement au milieu de la nuit ?"

Le camp s'organise

En se promenant sur place, difficile en effet de ne pas se poser la même question. Les dizaines de tentes installées sur le flanc ouest de la cathédrale ne gênent nullement l’accès à l’édifice. Elles n’empêchent pas non plus son contournement. Alignées sur trois ou quatre rangées, collées les unes aux autres, elles laissent un vaste couloir destiné aux passants. Tout a visiblement été prévu pour limiter au maximum le désagrément des riverains.

Cette organisation se prolonge jusqu’à l’aménagement du quotidien des campeurs. Un panneau indique "13h, Assemblée générale ; 14h, Méditation dans la tente de la tranquillité ; 17h, réunion d’organisation ; 19h, Assemblée générale ; 20h30, film documentaire sur la Grèce".

"Les journées sont longues et si nous voulons tenir le coup longtemps, il faut occuper tout le monde", explique Jonathan, installé depuis quelques jours. "Surtout que nous devons nous coordonner un peu pour pouvoir présenter des revendications cohérentes."

Soutien populaire

Les conditions de vie des campeurs sont pour le moins spartiates. Si les horaires des repas sont affichés devant la cantine, deux panneaux indiquent en lettres capitales: "Nous avons besoin d’eau !" et "Nous cherchons des volontaires pour surveiller le local à nourriture la nuit".

"Ce n’est évidemment pas simple mais l’humeur est bonne", assure Luke, un ingénieur en année sabbatique qui est arrivé depuis le milieu de la semaine au square de Finsbury, le deuxième site occupé, à une dizaine de minutes à pied de Saint-Paul.

Surtout, nous recevons de nombreux soutiens de nos voisins et même de banquiers qui viennent nous voir après leur boulot. Et la municipalité a décidé de venir nous apporter des poubelles à partir de lundi ou mardi pour nous aider à recycler nos déchets…

"Nous, banquiers, ne sommes que les outils de leur politique"

Tous les banquiers qui frôlent sa tente ne soutiennent pourtant pas ces Indignés critiquant les "Hedge Funds qui se font du profit sur le dos de la Grèce", comme l’indique une pancarte. Si la plupart d’entre eux refusent de donner leur avis, ceux qui le font comme Robert ne sont pas tendres:

Ils simplifient tout et se trompent de cible: ce sont les politiciens qui ont forcé les banques à prêter à tour de bras, en gardant les taux d’intérêts bas et en réduisant les critères d’acceptation des crédits car ils voulaient que tout le monde devienne propriétaire. Nous, banquiers, ne sommes que les outils de leur politique.

La plus haute autorité de l'église anglicane, l'archevêque de Canterbury Rowan Williams a, de son côté, apporté son soutien à une taxe sur les transactions financières, une des mesures susceptibles de répondre aux demandes des "indignés" qui campent sur le parvis de la cathédrale.

Le pamphlet anti-libéral du Vatican

Dans un commentaire publié mercredi dans le Financial Times, l'archevêque estime que le campement des manifestants anticapitalistes "traduit l'exaspération généralisée (du public) à l'égard du monde de la finance" et "le sentiment, fondé ou non, que la société toute entière paye pour les erreurs et responsabilités des banquiers".

L'archevêque s'appuit sur un document du Vatican publié la semaine dernière qui recommande une stricte séparation des activités de détail et d'affaires des banques, une recapitalisation des banques et l'adoption de la "taxe Tobin" sur les transactions financières. Mais aussi la création d'une "autorité publique universelle" et d'une "banque centrale mondiale". Même les Indignés ne le propose pas encore…




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