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Pour les Grecs, le référendum « c’est trop tard »

mercredi, 2 novembre, 2011 - 00:35

"C'est trop tard, il fallait demander notre avis avant" affirment les Grecs en réponse à la proposition de referendum sur le plan de sauvetage européen. Ceci d'autant plus que le chantage de George Papandreou qui menace le pays d'une "guerre civile" apparait comme une ultime humiliation. 

La Grèce vient de vivre une des journées les plus éprouvantes de l’après dictature. L’annonce ex abrupto lundi soir de la tenue d’un référendum par le premier ministre grec a fait dégringoler tout l’édifice patiemment élaboré durant toute la semaine au niveau européen. Les 27 avaient réussi à concocter un énième plan de sauvetage du pays, en allégeant cette fois-ci la dette grecque de 50%.  Et patatras, le château de cartes s’est écroulé…

Qu’est ce qui a poussé Georges Papandréou à ce volte-face?

Depuis de nombreux mois, la colère gronde. Il y a eu d’abord la  mobilisation impressionnante  lors de la grève nationale du 19 octobre, avec plus d’un demi-million de manifestants dans tout le pays. Mais au lendemain de l’accord européen de jeudi dernier, un évènement passé inaperçu des médias étrangers, a montré que plus aucune autorité de l'Etat n’est respectée.

Lors de la fête nationale de résistance au fascisme, une foule hostile a empêché dans toutes les villes grecques les traditionnelles parades militaires. Et les participants dans les défilés "civils" ont ostensiblement manifesté leur colère : les élèves des établissements scolaires ont tourné le dos en passant devant les tribunes officielles et les groupes de philharmonique avaient attaché des rubans noirs à leur instrument de musique, en signe de deuil.

Le président de la République? "un traître !"

Injure suprême, le Président de la République, pourtant ancien résistant, a été molesté et qualifié de traître.

C’est ainsi que le sentiment très fort d’humiliation, face à la perte de souveraineté nationale incluse dans la contrepartie de l’accord européen par la mise en place de contrôleurs étrangers pour toutes les affaires de l’Etat, s’est exprimé. Le sondage, donnant seulement 12% des Grecs considérant cet accord comme positif, entérine le schisme existant désormais entre le gouvernement grec et son opinion publique.

Mais comme le note avec un humour grinçant, l’éditorialiste Evi Paraskevopoulou, ce n’est qu’après deux années de rigueur absolue qui laisse la population grecque sur le carreau, que Georges Papandréou  se rappelle que ce peuple existe. Ce "retournement démocratique" a surpris tout le monde, aussi bien en Grèce que dans le reste de l’Europe.

Très solennellement, le premier ministre affirme avoir voulu redonner les rênes au peuple, tout en le menaçant :

C’est vous  qui allez  décider de l’avenir du pays. Vous allez choisir si vous voulez que la Grèce reste dans l’euro ou retourne à la drachme. Mais je vous avertis, si vous ne  faites pas le  choix d’une  politique audacieuse, le pays ira à la guerre civile"

Un quasi chantage, sans qu’on sache vraiment sur quoi portera la question posée: sur les 500 pages de l’accord passé la semaine passée avec l’UE, sur la validation de la politique de rigueur, sur un oui à l’euro ou à l’Europe ? 

Des élections anticipées, et alors?

Mais, ce qui a sûrement été le plus déterminant pour la décision du premier ministre grec, c’est l’explosion à vitesse exponentielle de sa propre majorité, celle-là même qui avait voté, bon gré mal gré, tous les plans de rigueur successifs sans protester. Ce mardi après-midi, un par un, des députés du PASOK ont pris publiquement la parole pour exprimer leur opposition à cette décision de référendum. L’une des députés socialistes les plus respectés, l’ancienne ministre Vasso Papandreou (sans aucun lien de famille) a sur un ton grave exigé un gouvernement d’union nationale et des élections anticipées, face au risque de faillite immédiate du pays.

Les Grecs de la rue, eux, réagissaient de façon plus fataliste à l’annonce de ce référendum:  

C’est trop tard désormais. Il fallait nous demander notre avis avant".

Et même des élections législatives anticipées, si Papandréou n'obtient pas la confiance d'une majorité de députés vendredi prochain, ne changeront pas grand-chose: droite ou gauche au pouvoir, ce n'est vraiment plus le problème aujourd'hui. Les Grecs ne croient plus une seconde que les conservateurs de la Nouvelle Démocratie pourront sauver leur pays. Pas plus que les socialistes du Pasok.

La démocratie grecque, berceau de la démocratie européenne, est gravement malade et personne ne sait pour combien de temps. Attention danger. Un changement complet de l'état-major de l'Armée, prévu, mais qui vient d'être annoncé en pleine crise politique, n'est pas, a priori, de nature à réduire l'inquiétude.




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