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Référendum grec: la question qui tue

mercredi, 2 novembre, 2011 - 13:55

"Voulez-vous que l'on vous pende ?" s'apprête-t-on à demander aux Grecs. C'est avant de les condamner à une austérité insupportable qu'on aurait du les consulter. L'Europe continue de marcher sur la tête.

Rebelotte. Encore une fois, le peuple est l'empêcheur de tourner en rond de l'Union européenne. Il y eut naguère les référendums danois, irlandais, néerlandais, français. Tous négatifs. Mais tous revotés ou contournés de manière à ce que triomphe la seule réponse autorisée aux questions sur l'Europe: "oui".

Cette fois, c'est au tour du peuple grec d'être invité à s'exprimer. Une invitation surprise qui a certes moins à voir avec les grandes exigences de la démocratie qu'avec la situation politique interne de George Papandréou. Une invitation jugée en tout cas scandaleuse par la plupart des dirigeants européens qui voient soudain remise en cause leur patiente édification d'un plan de sauvetage financier de la Grèce. Et une invitation catastrophique aux yeux des marchés financiers internationaux qui, hier, en Europe, en Amérique, en Asie, dévissaient de concert.

Il est vrai que l'opportunité de demander à un condamné à la pendaison: "voulez-vous que l'on vous pende ?", n'est pas évidente. C'est à peu près le fond de la question que l'on poserait aux Grecs: "Pour retrouver la voie des financements internationaux, êtes-vous d'accord pour la baisse des retraites, la hausse des impôts, la suspension des conventions collectives, la division par deux des indemnités de licenciement, l'allongement de la durée du travail, la mise à pied de 5% des fonctionnaires…."

Pendu ou écartelé ?

Donc, pour éviter une réponse obligatoirement négative, mieux vaut "compléter" la question: "voulez-vous que l'on vous pende ou que l'on vous écartèle ?". C'est la version Papandréou: "si vous ne faites pas le choix d'une politique audacieuse, le pays ira à la guerre civile" a déclaré hier le premier ministre grec. Ce qui n'est pas une perspective plaisante dans un pays ou la guerre civile a fait 150.000 victimes entre 1946 et 1949.

Autre possibilité, demander au condamné à mort : " Avez-vous confiance en la justice ?". Cela, c'est la version européenne puisque Nicolas Sarkozy et Angela Merkel exigent que la question posée soit "voulez-vous rester dans la zone euro ?" Réponse probable: "je voudrais bien mais c'est au dessus de mes moyens".

Bref, dans cette affaire, tout le monde se moque du peuple. Les politiciens grecs qui ont osé négocier avec leurs homologues européens des contreparties sociales qu'ils savaient inacceptables. Et cela d'autant plus qu'ils ne sont même pas capables de soumettre à l'impôt les privilégiés (les armateurs et l'Eglise orthodoxe sont exemptés).

Les dirigeants européens et les autorités de l'Union européenne pareillement. Est-ce raisonnable, est-ce même décent de consacrer des centaines de milliards d'euros au sauvetage financier de la Grèce sans assister sérieusement ce pays dans la redéfinition complète de son système économique, fiscal et social ? Quitte à, temporairement, garantir directement la sauvegarde du niveau de vie des populations concernées. Ne serait-ce pas cela, une vraie solidarité européenne ?

Qui doit consentir ?

Une phrase énoncée hier par le président français en dit long sur l'impasse dans laquelle se fourvoie l'Union:

La solidarité de tous les pays de la zone euro ne saurait s'exercer sans que chacun consente aux efforts nécessaires. 

Qui est ce "chacun" ? Le gouvernement grec, qui devrait appliquer son plan de rigueur sans demander rien à personne et en mettant au pas la rue qui se révolte ? Ou bien le peuple grec, qui devrait faire pénitence à cause de l'incurie de ses dirigeants ? Et comment le peuple grec pourrait consentir à quoi que ce soit, sans voter ?

Il est sans doute trop tard pour garder le soldat hellène sur le paquebot européen. Mais le naufrage est peut-être encore évitable si l'on accepte enfin de prendre en compte les intérêts des citoyens européens avant ceux de l'Europe et de ses gouvernements.
 




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