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Les Italiens préfèrent les « bonnes » étrangères corvéables à merci

mercredi, 2 novembre, 2011 - 13:42

Elles sont Philippines, Roumaines, Ukrainiennes ou Latino-Américaines. Ce sont les "badantes", des "bonnes à tout faire" travaillant pour un salaire dérisoire, au mieux déclarées à mi-temps. Elles seraient un million et demi en Italie. Témoignages.

Deuxième volet de notre série sur l'exploitation économique des êtres humains.

Ce n’est pas la case de l’oncle Tom, mais presque. Du moins dans l’imaginaire des Italiens qui brossent un portrait-robot de la domestique idéale. Agée d’une quarantaine d’années, elle doit accepter de travailler au moins 10 heures par jour sans horaires fixes et se plier aux règles comme aux habitudes de la maison.

La cuisine, le ménage, le repassage, le nettoyage, la couture, la garde des enfants, des chats et des poissons rouges font partie de ses spécialités. Entre deux machines à laver, elle doit faire les courses et courir à la Poste payer les notes d’électricité et de téléphone. Et si la "badante" – version transalpine de "la bonne" – sait jouer à l’infirmière pour s’occuper de papy, c’est encore mieux ! Tout cela pour un salaire inférieur à celui d’un ouvrier, soit 700 euros par mois.

Triste reflet d’une Italie qui fout le camp, tel est le portrait-type des employés domestiques étrangers publié par l’Institut de recherche économiques et sociales Fondazione Leone Moressa.

Un million et demi de domestiques

L’armée des aides ménagères originaires pour la plupart des Philippines, de l’ex-bloc soviétique ou de l’Amérique du Sud, compte aujourd’hui, 871 000 soldats hébergés et déclarés par leurs employeurs. Mais une autre enquête effectuée par l’institut de recherche Censis qui tient compte des "irréguliers", estime à un million et demi le nombre de domestiques employés en 2010 par les familles italiennes.

Toujours coté chiffres, les cotisations prélevées sur les salaires des aides ménagères déclarées, font tomber 700 millions d’euros par an dans l’escarcelle de l’Inps, l’institut national de la prévoyance sociale.

Au départ, nous avons décidé de ne pas payer les cotisations sociales de notre bonne. Mais les lois de plus en plus sévères sur l’immigration nous ont fait réfléchir. Du coup, on la paye un peu moins pour compenser les charges sur son salaire, 

confie Laura.

Propriétaire d’un centre de kinésithérapie, mariée et mère de deux enfants de dix et douze ans, cette Romaine à la quarantaine bien tassée et très pétillante, emploie une personne originaire d’Amérique Latine depuis 4 ans.

Après avoir été lâché par la précédente, nous avons eu beaucoup de mal à retrouver quelqu’un. Pourtant, nous offrons le gîte et le couvert et, franchement, des conditions de travail pas mauvaises, 

s’étonne, le plus naturellement du monde, Laura.

Elle oublie de mentionner les horaires de travail à rallonge, les jours de sortie qui sautent pour surveiller les enfants et les mois d’août à garder le chien, le chat…

Les couvents, "la meilleure agence pour l’emploi"

Du coté des "badantes", le son de cloche est bien différent.

Avec la crise, les choses se sont compliqués. On nous demande de faire plus pour moins d’argent,

avoue Mariana.

Cette Ukrainienne âgée de trente-cinq ans a quitté son pays il y a dix ans. Employée par une famille aisée, Marianna est en situation régulière. Elle a sa carte de séjour et ses cotisations sont versées tous les mois. Sauf que depuis quelques temps, sa patronne l'a mise au pied du mur: au choix, un licenciement ou une réduction du nombre d’heures déclarées (une partie du salaire étant alors payé au noir). Mariana n’a pas hésité très longtemps.

Retrouver du travail alors qu’il y a tellement de gens et même des Italiens sur le carreau ? Je ne pouvais pas courir ce risque. 

C’est le cas d’Oswaldo qui s’est occupé pendant une dizaine d’années d’un vieux monsieur. Lorsqu’il est mort, le fils a immédiatement licencié Oswaldo. Ce Sud-Américain d’une cinquantaine d’années s’est retrouvé à la rue. Pendant quatre mois, Oswaldo a frappé à toutes les portes des couvents, "la meilleure agence pour l’emploi", dit-il en souriant.

Puis il a trouvé un vieux général en retraite, un peu malade et un peu seul. Au final, les choses se sont plutôt bien passées. Le général paie les cotisations de son domestique rubis sur l’ongle.

Temps plein, jour et nuit

Selon les données officielles, moins de six "badantes" sur dix ont un contrat de travail. Les autres sont payées au noir parfois totalement, parfois en partie. Comme Roxana, une Roumaine à la trentaine fatiguée. Elle s’occupe d’une dame qui vient de souffler sa quatre-vingt-neuvième bougie.

Nourrie et logée, la jeune femme touche 850 euros par mois. C'est au dessus de la moyenne. Officiellement, elle ne travaille que vingt heures par semaine à mi-temps ; en réalité elle fait un plein temps non-stop puisqu'elle s'occupe jour et nuit de la vieille dame. "Si je comptais mes heures, c'est une misère mais je n’ai pas le choix ".




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