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Le FMI et le G20 condamnent Berlusconi

vendredi, 4 novembre, 2011 - 18:44

L'Italie est placée sous tutelle du FMI. Christine Lagarde pourrait avoir porté le coup de grâce à Silvio Berlusconi en soulignant son absence de "crédibilité". A Rome les rumeurs de son départ imminent se précisent.

Silvio Berlusconi a confirmé que son pays était désormais mis sous contrôle étroit et régulier du Fonds monétaire international:

Le Fonds monétaire international sera un organisme de certification que nous utiliserons pour expliquer les résultats que nous aurons obtenus. Le Fmi nous avait offert de l’argent mais nous avons refusé. En revanche, l’Italie, en accord avec le chef de l’Etat Giorgio Napolitano, a demandé que le Fonds puisse certifier publiquement tous les trois mois, l'état d'avancement de nos réformes".

A l'issue de la réunion du G20 à Cannes, le chef du gouvernement italien a ainsi essayé de jeter de l’eau sur le feu. Dans la foulée, le Cavaliere a réaffirmé la solidité de sa majorité. Il a aussi déclaré que la loi de stabilité sera ratifiée, comme prévu, mardi prochain par le parlement et que la question de confiance qui sera posée aux députés passera comme une lettre à la poste.

Mais la messe n’est pas dite. Alors que le milliardaire tentait de convaincre les membres du G20 que l’Italie n’est pas le mauvais élève décrit par les marchés, à Rome, la situation devenait explosive. Six députés du Pdl, le parti de Silvio Berlusconi, sont entrés en dissidence dans une lettre ouverte au chef du gouvernement.

L'étau se resserre

Quelques heures plus tard, deux autres députés claquaient la porte et rejoignaient l’opposition. De plus, deux élus du parti "Peuple et territoire" qui gravite dans la galaxie berlusconienne, ont laissé entendre qu’ils pourraient voter "non" lors de la motion de confiance prévue mardi prochain.

Au Sénat, enfin, Carlo Vizzini, président de la Commission Affaires constitutionnelles élu sous le drapeau du Pdl, a, lui aussi, claqué la porte. Du coup, l’étau se resserre autour du chef qui refuse envers et contre tout, de jeter l’éponge. Berlusconi compte, comme toujours, contacter les députés à la veille du vote pour monnayer leur soutien. Mais sa marge de manœuvre est étroite, Silvio Berlusconi ayant épuisé sa réserve de promotions dans les ministères durant le dernier vote de confiance.

Calculette en main, dans l'opposition, les centristes et les démocrates comptent leurs troupes. Ce matin, l’écart était faible. Pour avoir la majorité absolue, le gouvernement doit obtenir 316 voix. Hors, en l’état actuel, l’exécutif ne peut compter que sur 314 députés après la défection des deux parlementaires berlusconiens. Et d’ici mardi, d’autres députés pourraient prendre le chemin de l’exil en s’appuyant sur les décisions adoptées durant le G20, à savoir la mise sous tutelle du FMI de l’Italie.

Car cette mise sous tutelle qui traduit le manque de confiance des partenaires européens, américains comme des marchés et des investisseurs envers l’Italie est devenu l’élément qui pourrait faire passer à la trappe le chef du gouvernement italien. Christine Lagarde, la nouvelle patronne du FMI a été on ne peut plus claire en soulignant à Cannes "le manque de crédibilité" des mesures annoncées par Berlusconi pour réduire l'endettement de son pays.

Quant à la bourse de Milan, elle a recommencé sa plongée sous-marine lorsque les marchés ont appris que les inspecteurs du FMI et de l’Union européenne suivront de près la mise en œuvre des engagements pris le 27 octobre à Bruxelles, au sommet de l'Eurogroupe, en matière de retraites, de marché du travail et de réformes structurelles.

Court-circuit fatal ?

Vincenzo Visco, ancien ministre des Finances du gouvernement Prodi, use de métaphores très électriques:

Pour les marchés, la perte de crédibilité de l’Italie est liée à la situation politique actuelle donc au problème posé par Silvio Berlusconi. Pour nos partenaires, il y a eu un court-circuit entre la situation politique et la situation économique et les deux fils sont, depuis, soudés. Ces deux aspects de la crise sont désormais indissociables" 

"Avant l’été, l’Italie le taux des obligations du Trésor italien était de 0,7% inférieurs à ceux de l’Espagne. Aujourd’hui, il est de 0,5% supérieur. C'est le résultat des erreurs commises durant l’été par le gouvernement Berlusconi. Un départ anticipé du Cavaliere ne résoudrait pas la situation mais il contribuerait à l’améliorer" analyse pour sa part l’économiste Tito Boerio.

"Tout va bien, les hôtels sont pleins"

Face à ces déclarations qui traduisent la pensée des marchés, des partenaires de l’Union européenne et aussi des Américains (selon la presse italienne, Berlusconi serait déjà une affaire classée pour Washington qui attendrait sa chute avec impatience), l’accusé se défend bec et ongles.

"Tout va bien en Italie, durant la Toussaint les hôtels étaient pleins comme les restaurants à Rome et Milan",

affirme Silvio Berlusconi. Tout en ajoutant que:

L’appauvrissement des ménages dérive du taux de change imposé par le gouvernement de centre-gauche en 1999 à la veille du passage à l’euro qui a pénalisé l’Italie".

Mais le milliardaire oublie de préciser que son gouvernement qui a présenté deux plans d’austérité depuis le mois de juillet, plus la lettre d’engagements souscrite envers Bruxelles il y a deux semaines, n’a pas été capable d’appuyer sur les bons boutons pour les mettre en œuvre les mesures.

Dés lors, l'Italie va-t-elle être mangée à la sauce grecque?

On ne peut comparer l’Italie à la Grèce car les conditions et les fondamentaux sont différents. L’Italie est la troisième puissance industrielle européenne. C’est un pays riche. En revanche, nous traversons une période de récession importante, la plus forte depuis la fin de la guerre. Et nous sommes pénalisés par les intérêts de notre dette. Nos points faibles sont le chômage au niveau des jeunes, la précarité et la fiscalité. En période de crise, tous les pays, toutes les économies sont à risque et pas seulement la péninsule",

tempère Vincenzo Visco.

Des "inspecteurs" du FMI seront prochainement à Rome. Reste à savoir si, d'ici là, Silvio Berlusconi n'aura pas mis la clef sous le paillasson.




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