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Berlusconi? Un « porno-clown » pour les militants de la Ligue

lundi, 7 novembre, 2011 - 12:37

Les militants de la Ligue du Nord n'en peuvent plus. Sur les réseaux sociaux, ils explosent : "la Ligue nous a trompé, elle avait promis d’éjecter les voleurs de Rome et à l’inverse, elle les sauve". Le traître, c'est leur leader, Umberto Bossi et son alliance avec Berlusconi.

"Ras le bol de Berlusconi le porno-clown!". Les militants leghistes laissent éclater leur colère sur les réseaux sociaux. L’alliance du PdL (Parti de la Liberté) de Berlusconi et de la Ligue Nord d’Umberto Bossi ne les convaint plus. Les critiques fusent contre le Senatur (Bossi), jusqu’ici chef incontesté et intouchable de la Ligue.

Le parti qui s’est toujours revendiqué "propre" a pourtant sauvé deux députés du PdL, proches de Berlusconi, impliqués dans des affaires de corruption. Un comble pour un mouvement qui voulait mettre à la porte "les voleurs de Rome". Après le sauvetage du parlementaire Marco Milanese, conseiller du ministre de l’économie Giulio Tremonti, les députés de la Ligue, ont, le 28 septembre dernier, voté, sur ordre d'Umberto Bossi, pour maintenir l’immunité parlementaire du député Saverio Romano, mis en cause pour association mafieuse.

Doigt d’honneur de Bossi

Mais la colère ne se limite pas aux militants. Elle gagne aussi les élus de la Ligue. Le très populaire maire de Verone, Flavio Tosi, est une des voix dissidentes. "Beaucoup de députés ont eu un haut-le-cœur au moment du vote", a-t-il révélé lors d’une émission de la radio nationale "Radio24". Un programme durant lequel il a également revendiqué la liberté de parole pour les dirigeants locaux, contestant une récente directive interne au parti leur interdisant de se prononcer sur les questions de politique nationale :

Ceux qui sont à Rome ont un rôle à jouer au Parlement, et il est clair que par fidélité au Cavaliere ils ne peuvent dire ce qu’ils pensent de lui. J’ai pour ma part la chance d’être maire, par conséquent j’exprime mon opinion comme je l’entends."

Une sortie qui a, bien entendu, déclenché la colère du chef. Devant des journalistes à la chambre des députés, le toujours très mesuré Bossi a brandi son majeur et répliqué :

Tosi est un con".

Pas de place à la contestation donc, et ce d’où qu’elle vienne. Le forum du site des Giovanni Padani (Jeunes leghistes) est fermé depuis cinq mois. Les auditeurs de "Radio Padana", la radio de la Ligue, sont désormais priés de ne pas aborder le sujet sur les ondes, sous peine de ne pas passer à l’antenne.

Le rêve déçu de sécession

Mais cela n’empêche pas la base de s’indigner et de s’interroger : pourquoi continuer à soutenir Berlusconi? Où est passée la revendication qui constitue la base même de leur engagement, à savoir la sécession avec le Mezzogiorno, le sud de l’Italie?

Ilvo Diamanti, professeur de sciences politiques à l’université d’Urbino et éditorialiste à La Repubblica, reconnaît qu’il faut pourtant se rendre à l’évidence: dans l’ordre actuel des choses, aucun fédéralisme ne peut voir le jour.

Entre les revendications de sécession des électeurs et les raisonnements gouvernementaux des leaders, la synthèse est impossible".

Mais pour défendre le principe de sécession et se réconcilier avec sa base militante et ses élus, Umberto Bossi doit rompre avec Berlusconi. Et ainsi encourir le risque de retomber lors des prochaines élections législatives de 2013 au même niveau qu’en 1999, à peine plus de 3%.

En outre, ni Umberto Bossi ni Roberto Maroni – le n°2 du parti et ministre de l’Intérieur – n’ont le pouvoir de convaincre les ministres et conseillers leghistes d’abandonner leurs postes privilégiés. Sans compter que les conséquences locales d’une fracture nationale seraient elles aussi désastreuses.

PdL et Ligue Nord gouvernent, en effet, main dans la main dans de nombreuses villes, communes et régions. A la fois parti de gouvernement et parti d’opposition, la Ligue du Nord est contrainte à un numéro permanent d’équilibrisme devenu intenable.


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