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Miguel, prof à Lisbonne, motivé mais indigné

Marie-Line Darcy

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08.11.2011 | 13:45

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Miguel a le regard tranquille des gens bien dans leur peau. A 33 ans, ce jeune prof l’est par passion, par conviction. Contractuel, il ne peut exercer sa vocation qu'en pointillé: trois fois deux mois l’an dernier, et jamais dans la même école.

Troisième volet de notre série de portraits consacrée aux enseignants en Europe à l'heure de l'austérité.

Miguel Reis a "embrassé" la profession d’enseignant. "Je me sens bien à l’école. Ça fonctionne très bien avec les élèves, c’est vraiment ce que veux faire", confie le jeune homme de 33 ans. Miguel n’est prof que depuis deux ans. Prof est un bien grand mot. Car s’il a le diplôme requis pour enseigner, obtenu après sa formation en deux ans, il n’a pas d’autre statut que celui de contractuel.

A chaque rentrée, le jeune prof de philo doit se soumettre à un "concours". Une sélection un peu particulière qui s’adresse aux professeurs non cadres de la fonction publique, et donc sans droit aux avantages dont bénéficient leurs homologues fonctionnaires, à savoir l’avancement, la progression de salaire et la garantie de l’attribution d’un poste.

7 000 collègues profs sur le carreau

Lorsqu’il travaille, Miguel perçoit 1 100 euros net par mois sur 14 mois en tant qu’enseignant débutant. C’est plutôt un bon revenu au Portugal. Mais le fameux concours concerne l’ensemble du territoire: l’an dernier pour se rendre dans l’un des établissements où il a enseigné, Miguel a dépensé 300 euros par mois dans les transports, sans aucune aide de l’état.

Miguel n’a pu exercer sa profession qu’en pointillé: trois fois deux mois l’an dernier, et jamais dans la même école. "Vous pensez que c’est possible de retenir 100 noms et 100 visages en 40 jours ? A peine le temps de s’y retrouver que c’est fini", explique avec flegme le jeune prof. Miguel n’est pas un remplaçant: il peut avec de la chance obtenir un contrat d’une année dans un lycée, et en poussant le pion de la chance un peu plus loin, voir son contrat renouvelé les années suivantes. Mais à chaque rentrée pour les contractuels, c’est un coup de poker.

L’année scolaire en cours ? C’est raté pour Miguel. Comme pour 7 000 de ses collègues restés sur le carreau d’une rentrée austère, soumise au grand chambardement de la fonction publique. Miguel, qui milite depuis longtemps au "Bloco de Esquerda"- l’extrême gauche -, a mobilisé ses amis pour faire connaitre la précarité des enseignants et le danger qui pèse sur l’éducation nationale Portugaise.

Chômeur à temps partiel

Miguel est en fait un chômeur. Grâce à des petits boulots variés, le dernier en date dans une bibliothèque, il bénéficie des allocations pour demandeurs d’emplois. Ses indemnités sont suspendues à chaque fois qu’il décroche un poste temporaire dans un lycée, puis appliquées à nouveau.

"Je touche 900 euros par mois de chômage, et avec les interruptions, je peux encore en bénéficier un an. A la rentrée 2012, ce sera encore plus difficile: on nous annonce la suppression de 20 000 postes de contractuels", reconnait-il avec tristesse.

Miguel Reis vit à Benfica en proche banlieue de Lisbonne, dans un appartement dont sa mère a hérité et dont elle lui laisse l’usufruit. En contrepartie, Miguel l’aide à payer son loyer. Sa compagne est infirmière, depuis dix ans. Salaire ? 800 euros par mois.

Les progressions sont bloquées, les salaires aussi. L’an prochain, on nous supprime les primes de vacances et de Noël (l’équivalent des 13 et 14eme mois). Nous on va perdre au bas mot 3 000 euros de revenus, c’est beaucoup".

Les profs occupent le Palais

Finis les restaurants, et les sorties en général. Entre deux supermarchés de proximité, Miguel et son amie ont choisi le moins cher. Les soirées se passent entre amis, autour de jeux de société remis à la mode.

Nous n’avions pas encore prévu d’avoir des enfants, mais dans ces conditions nous ne savons pas si cela est même envisageable".

"J’ai conscience que nous appartenons à une classe un peu privilégiée, en raison de nos centres d’intérêts, poursuit Miguel. Et surtout parce que nous sommes des activistes, engagés politiquement dans la lutte pour défendre l’enseignement de qualité. La crise a bon dos. C’est le futur d’une génération qui est en jeu", s’indigne avec douceur le jeune prof.

Miguel et ses copains profs ont occupé deux jours durant en octobre le Palácio das Laranjeiras, qui abrite le ministère de l’Éducation. Dans un pays où ce genre d’actions est plutôt rare, l’occupation a permis aux enseignants d’être reçus par le Secrétaire d’État.

Mais le rouleau compresseur de l’austérité ne s’est pas arrêté pour autant. Miguel vient de décrocher un poste: pour un mois à une quarantaine de kilomètres de chez lui. Il sait que ses chances d’exercer durablement ce métier d’enseignement, qu’il a choisi et qu’il aime, sont désormais très minces. Il n’espère qu’une chose: la prise de conscience généralisée des Portugais sur une situation qui s’aggrave.





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