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Silvio Berlusconi, vainqueur humilié, reste en sursis

mardi, 8 novembre, 2011 - 16:46

Silvio Berlusconi a sauvé sa tête au prix d'une sévère humiliation infligée par les députés de son propre parti. Il a perdu sa majorité absolue et ne doit sa survie temporaire que grâce à l'abstention de l'opposition. 

"Le gouvernement n'a pas la majorité dans cette assemblée", a constaté Pierluigi Bersani, le chef du Parti démocrate (PD), principal parti d'opposition. Silvio Berlusconi a pourtant remporté ce mardi, avec 308 votes sur les 630 à la Chambre des députés, le vote sur l'approbation des comptes publics. Mais il n'a effectivement plus de majorité absolue (316 voix).

Les principaux partis de l'opposition italienne avaient annoncé avant ce vote qu'ils s'abstiendraient. En votant contre, le fonctionnement de l'Etat était bloqué et l'opposition a préféré temporiser dans l'attente d'un prochain vote de confiance qui sera fatal pour le Cavaliere qui ne dispose désormais, au mieux que de 308 voix sur 630.

L'humiliation est totale pour Berlusconi qui est désavoué par ses propres troupes.

"Un pas de coté"

De plus, en se décidant, enfin, à lui demander de démisionner, quelques heures avant le vote qui s'annonçait décisif pour le chef du gouvernement, Umberto Bossi, le leader de la Ligue du Nord, allié indispensable pour le Cavaliere, lui a porté le coup de grâce. Cela lui permet, espère-t-il, de se racheter une conduite auprès de la base de son parti.

"Nous lui avons demandé de faire un pas de côté", a expliqué Bossi. Il estimait toutefois, avant le vote, que les comptes publics 2010 de l’Etat italien seraient avalisés par les députés sans coup férir et sans nouvelles élections législatives.

Umberto Bossi avait, dans cette hypothèse, clairement fait savoir que son parti soutiendrait la formation d’un nouveau gouvernement avec Angelino Alfano, ministre de la Justice, considéré comme le dauphin de Berlusconi à sa tête. Encore faut-il que Berlusconi accepte de passer la main.

Bossi l'équilibriste

Ce petit meurtre entre amis de la majorité berlusconienne n'est pas de nature à calmer les militants de la ligue? C'est peu probable, tant est lourd leur contentieux avec le gouvernement.

Le parti qui s’est toujours revendiqué "propre" a pourtant sauvé deux députés du PdL, proches de Berlusconi, impliqués dans des affaires de corruption. Un comble pour un mouvement qui voulait mettre à la porte "les voleurs de Rome". Après le sauvetage du parlementaire Marco Milanese, conseiller du ministre de l’économie Giulio Tremonti, les députés de la Ligue, ont, le 28 septembre dernier, voté, sur ordre d'Umberto Bossi, pour maintenir l’immunité parlementaire du député Saverio Romano, mis en cause pour association mafieuse.

Mais la colère ne se limite pas aux militants. Elle gagne aussi les élus de la Ligue. Le très populaire maire de Verone, Flavio Tosi, est une des voix dissidentes. "Beaucoup de députés ont eu un haut-le-cœur au moment du vote", a-t-il révélé lors d’une émission de la radio nationale "Radio24".

Un programme durant lequel il a également revendiqué la liberté de parole pour les dirigeants locaux, contestant une récente directive interne au parti leur interdisant de se prononcer sur les questions de politique nationale : "Ceux qui sont à Rome ont un rôle à jouer au Parlement, et il est clair que par fidélité au Cavaliere, ils ne peuvent dire ce qu’ils pensent de lui. J’ai pour ma part la chance d’être maire, par conséquent j’exprime mon opinion comme je l’entends."

Mais pour se réconcilier avec sa base militante et ses élus, Umberto Bossi et les députés de la Ligue doivent rompre avec Berlusconi en ne votant pas la confiance. Et ainsi encourir le risque de retomber lors des prochaines élections législatives de 2013 au même niveau qu’en 1999, à peine plus de 3%.

En outre, ni Umberto Bossi ni Roberto Maroni – le n°2 du parti et ministre de l’Intérieur – n’ont le pouvoir de convaincre les ministres et conseillers leghistes d’abandonner leurs postes privilégiés. Sans compter que les conséquences locales d’une fracture nationale seraient elles aussi désastreuses.

PdL et Ligue Nord gouvernent, en effet, main dans la main dans de nombreuses villes, communes et régions. A la fois parti de gouvernement et parti d’opposition, la Ligue du Nord est contrainte à un numéro permanent d’équilibrisme devenu intenable.




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