Connexion

Syndicate content

Les indignés de Berlin sous la protection de l’église

jeudi, 10 novembre, 2011 - 14:07

Fatigués de se faire arracher leurs tentes par la police, les indignés berlinois ont fini par se tourner vers une église protestante. Fidèle à sa tradition d’accueil des groupes contestataires, cette dernière leur a permis de s’installer sur son terrain. 

Les abords de l’église paroissiale dans la Klosterstrasse, en plein cœur de Berlin, ont un air de camping sauvage. Quelques tentes éparses, des banderoles colorées, un feu qui crépite… Depuis presque deux semaines une vingtaine d’indignés berlinois ont trouvé refuge sur ce terrain.

"Nous avons d’abord essayé de nous installer près du Reichstag, mais la police nous a évacués", explique Daniel, 33 ans. Même réaction des autorités face aux tentes plantées près de l’immense centre O2 ou sur l’Alexanderplatz. "Demander à l’église nous semblait donc la seule solution", continue l’étudiant à dreadlocks.

C’est une longue tradition dans l’Eglise protestante allemande d’accueillir des gens qui ne trouvent pas leur place ailleurs ; de leur offrir un espace où ils peuvent s’exprimer",

explique Anna Poeschel, la porte-parole de la paroisse.

En Allemagne de l’Est, sous le régime communiste, les églises protestantes servaient en effet de refuge à différents mouvements contestataires, comme les premiers écologistes ou les punks.

Certaines ont même organisé des concerts de musique punk dans leur enceinte. Imaginez un guitariste sur un autel et une chanteuse dans la chaire… Assez atypique, mais nécessaire à l’époque. La musique de ces jeunes rebelles était trop dérangeante pour le gouvernement qui l'interdisait dans les espaces publics.

Les chrétiens partagent les revendications des indignés

"De plus, en tant que chrétiens, nous partageons le souhait des indignés d’une plus grande égalité et de davantage de justice pour les citoyens", continue Anna Poeschel. Du coup, la paroisse a autorisé les activistes à rester aussi longtemps qu’ils le souhaiteraient. "Tant que nous nous supportons bien", précise tout de même la porte-parole en souriant.

Jusqu’à maintenant, la cohabitation semble se dérouler à merveille. "Ils nous ont fait don d’un peu d’argent pour l’électricité, et ils nous ont même aidé à déblayer les feuilles du cimetière adjacent", se réjouit Anna Poeschel. Même satisfaction du côté des campeurs: "Le pasteur est venu nous voir une fois. C’est un homme charmant, assure Alexander, artiste engagé de 42 ans. Il a même parlé du mouvement de façon très positive dans un de ses prêches."

Du coup, les militants ont pu s’installer dans leur petite routine sur ce terrain. Mais attention, il ne s’agit pas que de boire du café au coin du feu. "Nous avons une tente de conférence où se retrouvent différents groupes de travail et nous avons prévu un point internet avec des ordinateurs, précise Daniel. Nous préparons aussi les prochaines manifestations en faisant des banderoles et des flyers."

Et avec deux marches de prévues rien que pour ce weekend, les journées des indignés sont bien remplies. De plus, ils se rendent chaque jour à l’assemblée générale du mouvement devant le Reichstag. "Chacun peut y parler, y exposer ses projets. Et après nous invitons les autres militants au camp pour leur offrir un repas chaud."

Et un peu de chaleur est loin d’être un luxe en ce moment dans la capitale berlinoise. Les températures commencent doucement à se rapprocher de zéro.

"Nous voulons camper jusqu’à l’été prochain !"

De quoi décourager les moins téméraires de séjourner sous une tente. Mais cela ne fait pas peur aux indignés. "Nous comptons bien camper jusqu’à l’été prochain. Jusqu’à ce que quelque chose change !", assure Daniel. "Et le froid ne fait que renforcer nos revendications. Cela montre que nous sommes vraiment motivés !", ajoute son ami Maik.

Pourtant quelques uns semblent être sur le départ. Un peu frileux ? "Non, ils vont s’installer près du Reichstag. Nous avons eu l’autorisation de camper pendant un mois sur un site où il y avait avant un bar de plage", explique Daniel. En effet, dès le matin, une cinquantaine d’indignés ont planté leurs tentes près de la rivière, dans le quartier du gouvernement. Et la police ne peut rien faire. C’est un terrain privé, et la propriétaire a donné son accord.

C’est parfait comme endroit. C’est symboliquement plus fort qu’ici, car nous serons près du parlement et de la chancellerie. Et surtout nous serons plus visibles, car il y a plus de passage.

Mais ils n’abandonnent pas le terrain de l’église pour autant. "Ici nous sommes sûrs de pouvoir rester longtemps. Il ne faut pas lâcher une chance pareille !", s’exclame Daniel. Sans compter que squatter un terrain religieux les a bien aidés à se faire entendre. Une telle image, cela attire forcément les médias.

Même le quotidien anglais The Guardian est venu faire un reportage ici, explique Anna Poeschel. Je pense que l’engagement de l’Eglise en faveur des indignés à vraiment valorisé le mouvement.


Crédits photos : Déborah Berlioz




Mots clés
, , , , , , ,
Pays